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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

"On se fait généralement du progrès une idée fort élémentaire"

 

Régine Pernoud (1909-1998), historienne

"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

22 novembre 2021 1 22 /11 /novembre /2021 22:11

"Comment le peuple allemand en est-il venu à détester les Juifs au point d'entreprendre, dans la joie et en toute bonne conscience, leur extermination systématique ?" Cette question de Pierre Sorlin sera aussi la nôtre. [...] Impossible de ne pas se demander si la solution finale des nazis est l'aboutissement logique de l'antisémitisme germanique traditionnel.

L'histoire de l'Europe chrétienne est aussi celle de son antijudaïsme.[…] Les historiens depuis quelques années se demandent si l'extermination physique et systématique des Juifs par les nazis résulte d'un plan préétabli et réalisé pas à pas ou si elle est l'aboutissement d'une série de décisions sectorielles et de circonstances, sur le fond d'une intention globale, mais imprécise. Le rapport entre la Solution finale et l'antisémitisme allemand s'inscrit dans une alternative comparable. Pour certains auteurs, le chemin est direct qui conduit de Luther à Hitler. Pour d'autres en revanche l'explication du génocide doit être cherchée dans un ensemble de circonstances historiques qui dépassent le cadre particulier de l'antijudaïsme et de l'antisémitisme allemands. [...]

 

Si comme l'affirme Saül Friedländer, "la persécution et l'extermination des Juifs par les nazis relèvent avant tout de la psychopathologie collective", quelle part revient, dans l'explication, aux mentalités traditionnelles et quelle autre aux délires de la société contemporaine ?

Arrivés en terre germanique, selon les archéologues, avec les légions romaines, les Juifs s'installent principalement en Rhénanie. Ils ne quitteront plus ces régions jusqu'au XXe siècle. La continuité est donc la première marque des rapports entre Juifs et allemands, à la différence de ce qui s'est passé en Europe, où, à plus d'une reprise, les communautés israélites seront brutalement expulsées, voire dépouillées et malmenées par les souverains, comme en Angleterre à la fin du XIIIe , en France au début et à la fin du XIVe, et en Espagne un siècle plus tard. [...] Mais les divers États et villes germaniques procèdent également à des renvois massifs. [...] Protégée théoriquement par les empereurs, selon une tradition qui remonte aux carolingiens, la minorité israélite n'est donc pas à l'abri de la persécution dans l'Allemagne médiévale. [...]

La présence permanente de judaïsme en Allemagne ne s'accompagne pas seulement de violences persistantes. Plus impressionnant peut-être est le progrès continu de la ségrégation. Dès le début, l'attachement des Juifs à leur culte, à leur communauté et à leur conviction d'être le peuple élu a valu un traitement à part que l'on peut comparer à celui que le Moyen-Âge réserve à tous les groupes étrangers. Mais les juifs ne sont pas des étrangers comme les autres. Peuple déicide et peuple de Dieu, ils sont pour l’Église et pour les chrétiens un objet de scandale et d'interrogation. Si l'antijudaïsme médiéval est incompréhensible hors de son contexte religieux, il ne s'explique pas non plus sans référence sociologique, puisque les Juifs survivent aux marges de la société. Écartés du système féodal, exclus de la propriété du sol et des corporations, ils ne peuvent exercer que des occupations marginales, voire illicites: le commerce d'abord [...] puis le prêt sur gage, l'usure, la vente à tempérament. Ces activités sont tout à la fois condamnées par l’Église, méprisées par la population et indispensables à la société. Tolérés puisque utiles, mais soupçonnés et haïs, parce que marginaux, les Juifs nouent avec leur environnement des relations d'une extrême ambiguïté.

[...] A l'abri dans leurs ghettos, les Juifs vivent dans une communauté qui a l'apparence d'une entité nationale, mais n'est ni souveraine, ni libre. [...] Et sitôt qu'ils le quittent, ils sont soumis à un ensemble de vexations, de discriminations et d'interdits dont on a pu dresser une étonnante comparaison avec les mesures de quarantaine prises par les nazis entre 1933 et 1942. Dans ce sens, la législation raciale du IIIe Reich et la réouverture des ghettos à l'Est ramènent effectivement le nazisme aux sources médiévales de l'antisémitisme allemand.

 

1-L'imagerie démoniaque de l'antijudaïsme médiéval

Mais l'apport essentiel du M-Age se situe probablement ailleurs. Car aussi paradoxal que cela paraisse il y a plus d'un rapport entre "l'horreur sacrée" éprouvée par les chrétiens du M-A et le mythe moderne du Juif corrupteur du sang germanique. [...] L'antisémitisme médiéval [...] a tiré de sa résistance - du juif - à la conversion, de ses activités marginales, de sa double personnalité au-dedans et au-dehors du ghetto, toute une imagerie démoniaque de meurtres rituels, de perversions sexuelles, de puissance maléfique et de complot universel que l'on retrouve à toutes les époques dans le stéréotype du Juif [...] de plus en plus considéré comme un ennemi.

[...]

L'antisémitisme médiéval est battu en brèche par les Lumières. Les hommes de l'Aufklärung (Lumières), à dire vrai, n'éprouvent pour le judaïsme pas plus de sympathie que les Encyclopédistes français. Ils voient en lui la source de l'aliénation religieuse dont ils entendent débarrasser l'humanité. Et s'ils souhaitent l'émancipation des Juifs, c'est parfois dans l'espoir de voir disparaître le judaïsme.

 

2- Une nation et son ennemi: le Juif

En Allemagne, l'antisémitisme apparaît sur la scène politique presque en même temps que le terme lui-même, dans les années 1880. Deux faits significatifs en témoignent. […] Demande par pétition de l'arrêt de l'immigration juive et l'exclusion des israélites de la fonction publique. [...] Et des succès électoraux relatifs de partis et mouvements se réclamant entièrement ou accessoirement de l'antisémitisme. Toutefois la pétition restera sans suite. [...]

Au regard de l'avenir, l'essentiel tient dans la constitution d'une vision du monde qui renouvelle profondément l'antisémitisme traditionnel, tout en renforçant et en laïcisant le stéréotype de l'ennemi Juif. Des journalistes et des publicistes ne se contentent pas de considérer les Juifs comme des étrangers, ni de voir en eux les principaux responsables des malheurs du temps (débâcle bancaire de 1873 par exemple). La destinée manifeste qu'ils assignent à la supériorité germanique, ne saurait se réaliser dans une Allemagne enjuivée. Avec une telle perspective, le lien n'allait pas tarder à se créer entre le nationalisme pangermanique, l'antisémitisme, la doctrine raciale et le darwinisme social. C'est chose faite, ou presque, dès 1880 avec l'ouvrage d'Eugen Dühring ("La question juive comme question de race de mœurs et de culture"). Dès avant la fin du siècle, l'antisémitisme racial, qui permet d'établir de façon "scientifique" l'infériorité et la nocivité juives, est ainsi établi en tant que doctrine.

Il pénètre de puissantes organisations corporatives ou patriotiques telle la Ligue germanique et il circule sous forme de brochures et de journaux populaires. [...]

 

L'Union sacrée de la Première guerre mondiale mais plus encore la République proclamée en 1918 parachèvent leur intégration. (...) Un grand industriel Juif, Walter Rathenau, est même nommé ministre des Réparations, puis des Affaires étrangères. Il occupe donc les postes les plus sensibles pour le sentiment national et l'honneur du pays, alors que le Reich affronte la difficile exécution du traité de Versailles. Sa nomination a provoqué un choc. Son assassinat en 1922, est un symbole. La perspective de voir le Juif sortir du ghetto provoque un renouveau d'antisémitisme. La République n'est-elle pas née de la défaite ? Et celle-ci n'est-elle pas le fruit de la révolution ? Et la révolution n'est-elle pas l'affaire des Juifs, si nombreux dans l'extrême gauche ? Émotionnellement et doctrinalement l'antisémitisme racial, dont on a vu qu'il a déjà bien infiltré la droite patriotique et conservatrice sous le régime impérial, investit la totalité des mouvements et des partis hostiles à la révolution, à la République ou tout simplement aux partis démocratiques. Tous les maux du présent, du Diktat de Versailles à la grande dépression des années trente, en passant par l'hyperinflation de 1923 trouvent une explication dans le complot de la juiverie internationale, si clairement dévoilé par les Protocoles des Sages de Sion. Ce faux antisémite ne décrit-il pas, en effet, la conspiration des Juifs pour s'emparer du contrôle du monde ? Une fois de plus, le stéréotype  du Juif, ennemi, paria, bacille, fonctionne comme la figure du mal absolu, la représentation concrète de la menace mortelle qui pèse sur la race nordique. Et, cette fois le Juif ne peut plus espérer échapper à sa condition, puisqu'il s'agit non plus de foi, de baptême, donc de conversion , mais de race, scientifiquement définie, et des lois éternelles de la nature.

Encore faut-il, pour imposer l'évidence de l'histoire, trouver les mots qui pénètrent au plus profond du désespoir et de la haine collective. Seul un homme au psychisme profondément perturbé semble capable d'entre ainsi en phase avec son époque.Il sera alors, comme Hitler aimait à le dire de lui-même dans les années avant la prise de pouvoir, le tambour de la révolution nationale.

"La nation allemande, écrit Jacques Madaule, est donc poussée à l'antisémitisme par une sorte de dynamique propre qui ne se retrouve pas au même degré ailleurs".

L'antisémitisme allemand ouvre la voie à la solution finale. Non seulement par sa virulence, mais par sa durée historique et, à l'époque contemporaine, par sa diffusion dans toute la société. Encore fallait-il, pour passer à l'acte, du moins dans le cas des individus qui ne souffraient pas d'une névrose antijuive, que le mythe racial se révèle plus fort que les normes du comportement social individuel traditionnel. La profondeur de la crise morale et nationaliste traversée après 1918 par l'Allemagne l'a permis.

Favez Jean-Claude, L'Allemagne de Hitler par la revue Histoire, Ed Seuil Histoire, 1991

 

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10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 09:32

Comparaison du calendrier du Rustican (1459) et de Piero de Crescenzi (1304-1306)

A- Calendrier du Rustican


annee

 

B-Extraits du calendrier de Crescenzi, agronome de Bologne (Italie)

Janvier: "on peut très bien couper les arbres  pour les bâtiments. Et l'on peut aussi se procurer du fumier nouveau et porter le fumier ancien aux hamps et aux vignes; semer fèves, ciceroles et vesces. Si les champs ne sont pas mous, on peut aussi faire les premiers labours.(...) Encore pendant ce mois, fait-on les poteries usuelles et les charettes et tout ce qui se fait dans les maisons durant le temps mort. On peut également acheter tous les animaux domestiques, capturer les animaux sauvages; et transporter les abeilles d'un endroit à l'autre."

Février: "On peut porter le fumier aux champs et y semer les fèves (...) sarcler le blé, le seigle et l'épeautre, drainer toutes ces terres et brûler les chaumes. (...) On taille également très bien la vigne. (...) Il est également possible d'élaguer les arbres (...) planter des variétés de légumes et herbes: ail, arroche, anis, aneth, céleri, absinthe, citronelle, oignon, basilic, chou, fenouil, réglisse, laitue, poireau, perseil, épinards, échalottes. Les herbes médicinales peuvent être plantées ce mois-là dans les jardins et ailleurs.(...)"

Mars: " au mois de mars on travaille très bien le sol des champs. On sème aussi l'avoine, les pois chiches et le chanvre dans les régions chaudes et les fèves dans les régions tempérées et froides. On sème aussi le sorgho, le millet et les haricots.  (...) Durant ce mois, on peut planter, transplanter et bêcher les arbres (...) . On y travaille aussi les jardins; on leur donne du fumier et on y sèmes toutes les graines inqidiquées au mois de février.  A la fin du mois on sème les concombres et les citrouilles, les melons, la sauge.(...)"

Avril: "On laboure les champs gras et les champs humides. On sème également les pois chiches dans les contrées froides  et, dans les contrées tempérées, le chanvre et le sorgho. (...) Il faut également protéger des bêtes les petits plants d'arbres. Dans les champs déjà labourés il faut veiller aux pigeons parce qu'ils trouvent peu de choses à becqueter dans les champs. (...) Il faut aussi nettoyer les ruches, tuer les gros papillons qui abondent, lorsque la guimauve fleurit. Ce moi-ci encore, on peut comme aux mois d'été, prendre fauves, oiseaux et poissons."

Mai:" On laboure les champs gras (...) les champs asséchés peuvent être labourés une seconde fois. (...) toutes les semences sont proches de la floraison: elles ne doivent plus être touchées par le cultivateur. (...) On peut greffer les pêcher, le citronnier et le figuier dans les contrées chaudes. Au même moment on laboure les parties des champs destinées à recevoir les semences ou les plantes de l'automne."

Juin: "Il faut mettre l'aire en état (...) à ce moment là on peut semer le millet et le panic. En premier lieu on moissonne l'orge. Ensuite vers la fin du mois on moissonne le blé dans les contrées chaudes, et on la commence dans les contrées tempérées. (...) Nous faucherons le foin pour la nourriture du bétail. C'est durant ce mois, également, que l'on doit récolter les légumes, et déraciner les fèves (...). On castre aussi les veaux, et l'on fait le fromage, et l'on tond les moutons dans les contéres froides. On ôte les gaufres, si elles ont beaucoup de miel, et l'on fait la cire." 

Juillet: "On doit labourer les champs cultivés pour la seconde fois, et l'on finit la récolte du grain et des légumes dans les régions tempérées. (...) Vers la fin du mois on sème les raves et les navets. (...) il faut cueillir les amandes, soumettre les vaches au taureaux, et semblablement les brebis aux béliers. On fauche les prés, là où l'herbe n'est pas encore arrivée à maturité.

Août: "Il faut labourer les champs pour les troisième fois. Au début du mois, et même avant, on arrache le lin et le chanvre (...). C'est encore vers la fin du mois que l'on cueille le sorgho, qui est alors mûr. On recueille et fait sécher les figues. (...) Dans de nombreuses contrées chaudes, vers la fin du mois, on commence à préparer la vendange. 

Septembre: " On peut labourer les champs gras et ceux qui, d'habitude, retiennent longtemps l'humidité. (...), Dans les régions chaudes on sème à ce moment-là le lin. (...) A la fin du mois dans les contrées tempérées on fait la vendange et tout ce qui en dépend. (...) On cueille également les fruits des arbres, dont la maturité apparaît alors. (...) Ce moi-ci on peut faire les nouveaux prés, en extirpant d'abord les racines, les ronces, les troncs, les arbres, l'herbe abondante et dure. (...) Ce moi-là on chasse les vieilles abeilles et on fait le meil et la cire.

Octobre: "On peut faire les puits, creuser les fossés et porter le fumier dans les champs. Dans les contéres tempérées on peut semer le blé, l'orge, l'épeautre, le lin. (...) Dans les régions chaudes on plante les cerisiers, les pommiers, les poiriers et tous les autres arbres qui ne craignent pas le froid. (...) On sème aussi dans les jardins l'ail, l'anet, les épinards, la guinmauve, les oignons, la menthe, le thym, l'origan (...). On enlève également aux abeilles le miel en excédent avec les gaufres et toute la cire corrompue."

Novembre: " Au début du mois de novembre dans les contrées chaudes, on sème convenablement le blé, l'orge et le seigle. Et vers la fin du mois, on sème la fève dans les chaumes non labourés.  Le lin et la lentille se sèment ce mois.  (...) Dans les contrées froides, il convient de bêcher les vignes nouvelles (...) et de fumer les terres maigres. Durant ce temps et par la suite, jusqu'au moment où la terre gèle, on doit prendre un soin particulier à la vieille vigne (...). Ce mois-là encore on met les béliers avec les brebis, et les boucs avec les chèvres, afin que les petits, nés au printemps, puissent se nourrir. Ce mois-là encore, on prend les fauves, les oiseaux et les poissons avec des artifices divers.

Décembre: "On peut semer les fèves (...) et couper les bois pour les maisons, et pour tous les autres travaux (...) et les haies vertes  pour le bois de chauffage, et les perches et les bâtons pour les vignes.  (...)  On peut prendre les bêtes sauvages - surtout par temps de neige -  avec les chiens et les oiseaux, avec des rapaces domestiqués avec des divers filets et avec de la glu.

Piero de Crescenzi (1233-1320)

 

Travail à réaliser

Donner un nom à chaque activité  du calendrier (doc A) et en ajouter une de votre choix à partir du doc B pour chaque mois.

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8 janvier 2021 5 08 /01 /janvier /2021 15:50

Le sacrement du baptême, miniature XIIe siècle

L'intégration d'un nouveau né à la communauté des fidèles passe par le baptême. Ce sacrement qui efface le péché originel a donc une fonction sociale. En cas d'urgence, les laïcs, hommes et femmes, doivent l'administrer eux-mêmes. (…)

Autre rite de passage auquel préside le curé, le mariage doit désormais se dérouler publiquement. Les empêchements entraînés par la parenté canonique (réduits par Latran IV de 7 à 4 degrés) relèvent désormais de l'officialité. Partout les célébrations clandestines sont condamnées, sous peine d'amende pour le célébrant. Il appartient également au curé de publier les sentences d'excommunication dont les évêques usent et abusent. De simples prêtres vont jusqu'à prendre l'initiative de telles sanctions. L'abus des excommunications (souvent pour dettes) explique qu'elles ne frappent outre-mesure les destinataires qui font même de l'obstruction. (…) L'obligation pour les paroissiens d'assister aux offices ne se limite pas à la messe du dimanche. Elle s'étend aux jours fériés (de 50 à 60 selon les diocèses). Le contrôle du clergé s'étend désormais à la pratique des sacrements imposée par le canon de Latran IV: « tout fidèle parvenu à l'âge de discrétion doit confesser ses pêchés au moins une fois l'an à son curé, accomplir la pénitence qui lui est imposée, recevoir au moins à Pâques, le sacrement de l'eucharistie ». L'idée que les sacrements sont des remèdes et celui qui les administre un médecin fait figure de lieu commun que diffusent les prédicateurs.

La confession, tout en évitant l'enfer au pénitent, assure l'emprise du curé sur ses paroissiens. A partir de 8 ans, ceux-ci doivent avouer leurs fautes au moins une fois par an. (…) Il n'est pas encore question de confessionnal, mais les prêtres doivent disposer d'un endroit « où les gens puissent les voir l'étole au cou ». Également sous l'influence du concile de Latran IV, la généralisation de la communion pascale a pour corollaire le développement d'un respect quasi-superstitieux pour le Saint Sacrement.

B. Merdrignac, la Vie religieuse en France au Moyen-Âge, Synthèse-Histoire, 1994

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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 19:35

virginia"Franklin Roosevelt a-t-il manipulé l'opinion lors du raid japonais sur Pearl Harbour ? Cette accusation est loin d'être invraissemblable. 

L'opinion américaine est encore plus hostile à l'entrée en guerre en 1940 qu'en 1917. Le non-remboursement des dettes de guerre par les alliés européens avait renforcé le courant isolationniste qui s'était exprimé par le refus du Sénat américain de signer le traité de Versailles négocié par Wilson. (...) Le 26 novembre 1941, Cordell Hull déclare qu'il se "lave les mains" de l'issue des négociations nippo-américaines. Elles ne peuvent aboutir et les américains le savent. Si les responsables mentent par omission au public, c'est qu'ils attendent la faute ultime de l'ennemi, celle qui permettra de faire entrer leur pays dans la guerre.

Ils sont au courant des préparatifs japonais, ayant décrypté le code secret nippon Magic. On peut se demander alors si l'étude des télégrammes japonais n'avait rien appris à la marine américaine sur la concentration opérée par l'amiral Yamamoto à partir de janvier 1941. A cette date, précisément, la flotte de guerre américaine vient d'être transférée de la base de San Diego en Californie à Pearl Harbour. Joseph Crew, l'ambassadeur des Etats-Unis à Tokyo, a fait savoir à Washington que les japonais "préparaient un projet fantastique" sur Pearl Harbour. Les équipes de renseignement ont décodé les messages de l'état-major japonais demandant au consulat du Japon dans les îles Hawaï de fournir tous les renseignements possibles sur la base de Pearl Harbour. Pour des raisons inexplicables, la décodeuse de la base est déplacée, remplacée par un appareil anglais moins fiable, comme si les renseignements concernant Pearl Harbour n'intéressaient pas l'état-major américain. Il s'attend plutôt à une attaque sur Guam ou les Philippines. Quand les chefs américains de la base de Pearl Harbour, W.C Short et H.E Kimmel, reçoivent un télégramme de "menace de guerre", ils constatent que les porte-avions ont été retirées prestement. Le Saratoga fait route vers la Californie, le Lexington vers Midway, l'Enterprise vers l'île de Wake. Les cuirassés et les navires restés sur place ne sont pas d'un intérêt vital pour la riposte américaine. On a pu penser qu'on les avait laissés à Pearl Harbour pour y servir d'appât. Au reste, sur les 18 bâtiments touchés par les torpilles japonaises, la plupart reprendront du service dans les mois suivants. La flotte américaine n'avait donc pas subi un désastre irréparable. Ses porte-avions géants étaient indemnes ainsi que ses sous-marins.

Roosevelt a-t-il menti ? A-t-il fait délibérément le sacrifice de 2500 G.I et marins tués à Pearl Harbour pour obtenir l'adhésion de tout son peuple à l'entrée massive et immédiate dans la guerre mondiale ? Le pacifisme restait jusqu'au bout très fort dans l'opinion publique américaine. (...) Le 6 décembre 1941, quand le Japon est déjà, selon ses services de renseignements, au bord de la guerre, le président Roosevelt prend l'initiative d'envoyer un message officiel à l'empereur Hiro-Hito pour lui demander de renouer les négociations. Il sait parfaitement grâce à ses décodeurs que l'ambassadeur Nomura doit avertir le gouvernement des Etats-Unis de l'attaque fixée, exactement à 13 heures, le 7 décembre, vingt minutes avant l'heure H. Il avait pour tâche de remettre un mémorandum dont les services américains avaient déjà décodé 13 points sur 14 dès le 6 décembre. 

Le 7 décembre au matin était décodé le 14è point: c'était l'ultimatum. Le général Marshall envoyait aussitôt des télégrammes à toutes les bases américaines de Hawaï, de Panama et des Philippines. Le message arrivait trop tard au commandement de Pearl Harbour. Les vagues d'avions bombardiers avaient déjà frappé. Pourquoi la base de Pearl Harbour n'a-t-elle pas été aussitôt prévenue, aussi vite que les autres ? (...)Le Japon avait réussi à surprendre les américains, non sur le jour de leur attaque, mais bien sur le lieu.(...)

 Que le raid contre Pearl Harbour fût ou non une surprise pour l'état-major politique et militaire (Roosevelt, Marshall, MacArthur), il avait permis de dénoncer "l'infâmie" d'un ennemi qui avait tiré sur des cibles désarmées, sans déclaration de guerre."

Pierre Miquel, Les mensonges de l'histoire, 2008

 

Pour un article plus détaillé voir là: http://polemique.roman-livre.com/veritable-histoire-de-pearl-harbour/

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 16:59

75%, c'est désormais la part des français qui considèrent qu'il y a trop d'immigrés , 60% pensant qu'on « ne se sent plus chez soi comme avant en France »

Cette enquête intitulée « fractures françaises » parue en avril 2014, ne fait que confirmer une tendance mesurée par les sondages depuis des années. Ipsos met ainsi en évidence une évolution profonde de la société sur les thématiques identitaires: repli et crispation identitaire, exacerbation de la défiance.. Les résultats confirment l'hostilité parfois massive à l'égard des étrangers:66% des français sont ainsi d'accord avec l'idée selon laquelle il y a trop d'étrangers en France, 47% pensent que pour réduire le nombre de chômeurs il faut réduire le nombre d'immigrés. Le rejet de l'Islam est majoritaire: 63% des français considèrent que cette religion n'est pas compatible avec les valeurs de la société française. (46% à gauche 72% à l'UMP). L'évolution concerne une majorité de citoyens quelle que soit leur couleur politique (…)

Cette évolution sociétale est-elle spécifique à l'Héxagone ?

Une autre enquête de l'institut IPSOS en juin 2011 permet de prendre du recul et d'observer ces tendances à l'échelle mondiale. L'étude menée dans 23 pays du monde montre que si 54 % des français pensent qu'il y a trop d'immigrés, ce pourcentage correspond à la moyenne des pays interrogés. Le pourcentage est beaucoup plus élevé pour les britanniques (77%), , les belges (72%), les italiens et les espagnols (67%), les russes (77%), les argentins (61%), les indiens (59%) ou les américains (60%)... et singulièrement bas pour le Japon (30%) où les flux migratoires sont très faibles. (...) Difficile au vu de ces résultats de soutenir que le rejet de l'immigration exprimerait donc la peur d'une Europe blanche, chrétienne, vieillissante face à une immigration extra-européenne, musulmane et jeune. Processus universel, la peur de l'immigration concerne tous les individus quelle que soit leur origine ou leur culture.

En 2014 une enquête consacrée aux musulmans de région parisienne montre à bien des égards que la perception de l'immigration n'est pas très différente quelle que soit l'origine des français concernés. Ainsi, si 82% des musulmans franciliens interrogés sont favorables au droit de vote des étrangers ils sont la moitié à juger « qu'il y a trop d'immigrés » (5 points de plus que la moyenne francilienne), et 52% à considérer que l'on « ne se sent plus chez soi comme avant » (11 points de plus que la moyenne francilienne).

C. Guilluy, La France périphérique, Champs Essai,2014

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 08:20

 

En 508 avant J-C, Clisthène établit à Athènes un système de gouvernement démocratique où un nombre beaucoup plus important de citoyens peut désormais participer directement à la vie politique de la cité. Quels principes ont permis à cette démocratie de s'affirmer et de durer deux siècles ? Était-elle pleinement satisfaisante ?

 

Le système politique athénien repose sur quelques principes fondateurs essentiels permettant des prises de décisions collectives, la cohésion de la cité et sa défense.

Le premier réside dans l'égalité de tous les citoyens face à la loi, c'est à dire l'isonomie. Qu'ils soient issus de riches familles ou pas, les citoyens devront se soumettre aux mêmes règles - décidées par le vote - et auront théoriquement les mêmes chances de participer à la vie politique. Pour rendre possible ce principe Clisthène fit disparaître les patronymes ancestraux au profit des patronymes liés au lieu de vie essentiel, le dème. Il était ainsi plus difficile de différencier les origines sociales. Ce principe d'égalité s'applique notamment dans le tirage au sort qui concerne par exemple certaines magistratures ou la boulé, conseil de 500 citoyens, chargé de préparer les lois et de surveiller le travail des archontes, ou dans le temps de parole à l'assemblée mesuré par le clepsydre. Le système athénien repose sur le respect du choix de la majorité, d'où l'usage du vote tant dans le domaine législatif à l'écclesia que judiciaire, car les citoyens étaient amenés à voter sur la culpabilité d'accusés au tribunal de l'héliée. Pour permettre aux plus modestes de participer aux séances de ce de ce dernier Périclès instaure le  misthos (indemnité versée aux citoyens pauvres pour qu'ils puissent délaisser leurs activités professionnelles). A partir de - 400 il concernera aussi la participation à l'ecclesia. L'équité n'est donc pas que théorique.

Pour garantir la cohésion de la cité d'autres principes majeurs sont défendus. D'abord le fait que les plus riches soient tenus de dépenser une partie de leur fortune personnelle pour financer des projets communs (liturgie) ou des banquets, la participation de tous aux grandes fêtes religieuses notamment les Panathénées en l'honneur de la déesse Athéna. Plus important encore, chaque citoyen est tenu de défendre sa cité si celle-ci est en danger. Sacrifier éventuellement sa vie est un devoir civique qui justifie l'obtention de droits politiques. Ainsi l'acquisition de la citoyenneté se réalise suite à l'éphébie, service militaire de deux ans permettant de former les futurs soldats, et chaque citoyen est tenu de s'équiper militairement par ses propres moyens. Les plus aisés sont des cavaliers, les plus pauvres servent en tant que rameurs dans la flotte, la plupart restent des fantassins lourdement armés nommés hoplites. Enfin le devoir d'exemplarité est au cœur de la citoyenneté athénienne. Cela a pour conséquence la possibilité de la perdre (l'atimie) en cas de faute grave ou d'être ostracisé, c'est à dire exilé, si l'on est soupçonné de vouloir porter atteinte aux institutions démocratiques ou de trahir sa cité.

 

Ces principes correspondant clairement à une démocratie directe n'excluent pas des faiblesses voire des défauts dans le système.

Premièrement, la citoyenneté qui implique des droits politiques importants restera très circonscrite aux Vè et IVè siècles. En effet, les femmes mais aussi les métèques, ou étrangers et bien sûr les esclaves en sont exclus. Ainsi 15% seulement de la population accède à la citoyenneté. Il est très rare qu'un étranger puisse obtenir le précieux statut même s'il a rendu de grands services à la cité. D'autre part il faut être soi-même fils de deux parents athéniens citoyens pour le devenir.

En outre, si théoriquement tous les citoyens peuvent accéder aux plus hautes charges et peser sur les destin de leur cité, dans les faits il s'avère que ce sont presque toujours les hommes issus des plus riches et vieilles familles aristocratiques d'Athènes qui monopolisent le pouvoir. Périclès en est l'illustration, ayant été élu une trentaine de fois à la plus haute charge, celle de stratège. Ayant reçus une meilleure éducation, disposant donc de capacités oratoires et rhétoriques ainsi que d'une fortune leur permettant d'acheter des fidélités et des votes, ils détiennent de fait entre leurs mains le destin de la cité surtout au Vème siècle. 

Le fonctionnement de la démocratie athénienne conduit irrémédiablement à des dérives bien connues et critiquées surtout à la fin du Vème siècle et au IVème siècle tant par des philosophes (Platon) que des auteurs de théâtre (Euripide, Aristophane): les discours démagogiques visant à flatter les électeurs pour être élu ou réélu ou le glissement vers une forme de ploutocratie où l'argent devient un moyen sinon de corruption du moins d'achat des votes. On voit donc que l'égalité  entre citoyens n'empêche pas en réalité Athènes de connaître une certaine confiscation du pouvoir par les plus favorisés, qu'ils soient aristocrates et/ou fortunés.

 

La cité d'Athènes a appliqué dès le Vème siècle avant J-C les principes fondamentaux d'une démocrate directe où chaque citoyen peut exercer des responsabilités politiques engageant le destin de sa patrie. La démocratie athénienne ne fut toutefois pas exempte de défauts qui ont été l'objet d'âpres débats entre athéniens; les dérives démagogiques ou ploutocratiques ont ainsi contribué a affaiblir la foi de certains athéniens - le célèbre philosophe Platon par exemple - en leur régime fondé sur l'égalité.

 

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23 novembre 2020 1 23 /11 /novembre /2020 20:24

"Une nation absorbée par l'économie, loin de décourager le fanatisme et la violence les provoque.
Parce qu'un désert moral appelle des consolations du côté de l'extrême. Une société sans rite et sans credo, ne propose en guise d'accomplissement que la course au fric et le chacun pour soi: c'est tout cadeau pour l'obscurantisme et le fanatisme." 

Régis Debray

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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 16:53

On a appelé Optimum médiéval une période globalement chaude comparée à celles qui l'ont précédé et suivie, identifiée en Europe, et donc l'acmé se situe aux alentours de l'an mil. (...)

Il n'y avait bien sûr à l'époque aucun relevé thermométrique. Par contre, la documentation historique permet de dégager une quantité d'informations importante, comme les descriptions du temps qu'il faisait, ses effets, les types de cultures, les dates des moissons, avec de plus, une couverture des territoires assez fine. C'est ainsi que l'on a pour habitude de souligner que le vignoble européen s'est étendu à l'époque de "500 km au-delà de sa limite septentrionale actuelle": la vigne est alors cultivée dans des régions d'Europe qui ne le connaissaient pas auparavant, comme la Belgique dès le IXème siècle, l'Angleterre, l'Allemagne, vant d'en dispraître largement, en subsistant parfois dans certains lieux plus favorables que d'autres. (...) Ainsi, (...) la culture des oliviers s'est étendue vers le nord dans la vallée du Rhône parce qu'il y a avait un marché qui se développait.

graphique900-2000

 

(...) L'existence d'un Petit âge de glace est elle aussi bien documentée en Europe, tant dans les archives historiques que par l'étude des paléoenvironnements. L'un des faits les plus marquants, qui lui a valu son nom, est la progression des glaciers qui ont crû en taille et en volume, jusqu'à sérieusement menacer des villages des vallées alpines (...)

Ces deux évènements sont extrêmement bien documentés pour l'Europe, où ils ont d'abord été identifés. L'enjeu est de savoir s'ils n'ont été que des phénomènes régionaux ou si leur ampleur est mondiale.(...)

Tout se passe comme si les paléoclimatologues influents et reconnus cherchaient à tout prix à minorer voire à faire dispraître l'Optimum médiéval, en le cantonnant à l'Europe et en niant son caractère global, et à faire de l'évolution récente du climat, en l'occurrence des températures, un évènement encore jamais vu depuis, avance-t-on parfois, dix millénaires. Si tel est le cas, la concentration atmosphérique en CO2 ayant été elle aussi, nous dit-on, d'une grande stabilité avant l'augmentation commencée à la révolution industrielle, la corrélation entre température et CO2 est excellente sur tout le dernier millénaire et même au-delà. Mais si au contraire la température moyenne globale a connu d'importantes fluctuations, avec un Optimum médiéval et un Petit âge de glace d'extension mondiale, alors la corrélation devient difficile à soutenir et la relation de cause à effet entre activités humaines et réchauffement récent beaucoup moins évidente.

Car si la température a pu fluctuer de manière assez importante à CO2 constant, à cause d'un ou plusieurs autres facteurs, alors il pourrait en être de même actuellement, ce qu'on observe depuis 150 ans relevant, dans ce cas, de la variabilité naturelle du climat.

Hacène Arezki, Climat mensonges et propagande, Editions T. Souccar, 2013

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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 21:55

Le graphique ci-dessus, publié dans le rapport des Nations Unies, « Le coût humain des catastrophes », montre la baisse des catastrophes par type au cours de ce siècle.

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 22:11

L’énumération qui suit est extraite d’un article publié par Direction de la Météorologie Nationale sous le titre :

« Les grands étés en France : 1135-1800 ».

1704 Sécheresse et chaleurs remarquables dans le Midi et dans l’Ouest. Dans la Beauce, de nombreux moissonneurs meurent frappés d’insolation.

1705. — Un été caniculaire en France. À Paris, les 39 degrés sont atteints durant plusieurs jours tandis que dans le sud du royaume la chaleur est telle que « les thermomètres de Cassini et de la Hire sont brisés par la dilatation du liquide ». Dans le Midi, une « chaleur intolérable » ; à Montpellier, le 30 juillet, la chaleur égalait celle qui sort du four d’une verrerie et on faisait cuire des œufs au soleil ». Il y eut entre 200 000 et 500 000 décès causés par l’infection de l’eau.

1707. — Les chaleurs sont si fortes dans l’Ouest « au temps des faucheries de foin que non seulement des personnes en meurent mais même des bêtes ». Le 19 juillet, « le coche de Paris à Orléans, c’est-à-dire ceux qui étaient dans le coche, qui partirent ce matin-là d’Etampes, comptèrent quatorze chevaux morts de chaleur sur le pavé jusqu’à Orléans ».

1712. — Eté très chaud à Paris. Chaleurs et grande sécheresse dans le Midi.

1718 et 1719. — Deux étés caniculaires se succèdent. Une forme de climat saharien s’abat sur la région parisienne et les témoins rapportent même l’invasion de nuées de sauterelles en provenance d’Afrique du Nord qui ravagèrent les cultures jusqu’en Normandie. Ces deux étés caniculaires firent 700 000 morts, dont 450 000 pour la seule année 1719. Les victimes sont essentiellement des bébés et des enfants, atteints de dysenterie véhiculée par l’infection des eaux devenues trop basses.

1723. — Sécheresse générale d’une durée de trois mois, qui provoque une grave disette de fourrage.

1726, 1729 et 1731. — Années généralement sèches dans toute la France, y compris le Midi. En 1731, il ne tombe à Paris que 1 millimètre d’eau en mars et 6 millimètres en avril et pour obtenir la pluie nécessaire on découvre au début de mai la châsse de sainte Geneviève; au mois de novembre de cette année le niveau de la Seine est de 13 centimètres plus bas qu’il ne l’était en 1719.

1736. — Grande sécheresse en Normandie : elle dure jusqu’à la Toussaint et rend impossibles pendant tout le mois d’octobre les semailles de blé.
1741. — L’Archevêque de Paris prescrit des prières publiques et des processions pour obtenir la fin de la sécheresse qui sévit sur la région parisienne et dans le Centre.

1742 et 1743. — Sécheresse en Bretagne et dans le bassin de la Seine : en 1743 cette sécheresse s’étend à une grande partie de l’Europe occidentale.

1751. — Dans le Sud-Ouest « après un printemps dérangé et pluvieux il vint une sécheresse extraordinaire avec grandes chaleurs qui firent périr la récolte. Les herbages manquèrent. Ce fut une année des plus critiques et des plus disetteuses. »

1757 et 1759. — Etés chauds et secs dans le Nord et l’Est. En Normandie, les mois de juin et juillet.1757 et ceux de juillet et août 1759 sont particulièrement chauds et secs. A Paris, on note des températures de 37° 5 les 14 et 20 juillet 1757.

1767. — Les eaux de la Seine sont de 27centimètres plus basses qu’en 1719.

1772. — Dans le Midi, « les maïs furent semés et récoltés sans pluie, ce qui donne à la sécheresse une durée d’environ six mois ». A Paris, la température atteint 36° dès le mois de juin.

1778. — A Paris, la Seine est de 8 centimètres plus basse qu’elle ne l’était en 1719.

1784. — Dans le Bourbonnais « sécheresse continuelle en sorte que tous les étangs, les sources et la plupart des puits étaient taries et que l’on ne pouvait moudre qu’à bras ».

1785.Grande sécheresse dans toute la France. A Paris, le total de l’eau tombée du 1er mars au 31 mai n’atteint que 21 millimètres. Dans de nombreux diocèses, les évêques prescrivent des prières publiques pour demander de la pluie.

1788. — Sécheresse dans le Sud-ouest. Lors de sa séance du 14 mai 1788, le conseil de ville de Montauban décide d’écrire à l’évêque pour lui demander d’ordonner des prières publiques « afin d’obtenir du ciel la cessation de l’affreuse sécheresse qui règne depuis longtemps et expose les fruits de la terre aux plus grands dangers ».

1790. — L’été et l’automne sont tellement secs dans la moitié nord qu’en de nombreuses régions les vignes ne donnent presque rien

1793. — Dans le Loiret, chaleurs excessives de la fin de juin à la fin d’août : « les légumes séchaient sur leurs tiges, les fruits se consumaient sur les arbres, la viande se décomposait en moins d’une heure». En Champagne, chaleur et sécheresse caractérisent les mois de juillet à octobre. A Paris, on enregistre 38° 4 le 8 juillet 1793 et pendant toute cette année on ne recueille que 331 millimètres de pluie.

 

Résumé d’un article intitulé « Sécheresses et canicules avant le global Warming – 1500-1950 », (Editions Hermann) écrit par l’historien du climat Emmanuel GARNIER (Institut Universitaire de France – Centre de Recherche d’histoire quantitative. UMR – CNRS Université de Caen).

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