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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

histoire géo einstein

"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 11:54
Des cartes pour comprendre le monde...
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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 18:23

Introduction

Né dans les années 1980, le téléphone mobile a connu une diffusion très rapide. Aujourd’hui, pour une population mondiale de 7 milliards de personnes, on compte plus de 5,3 milliards d’abonnés au téléphone mobile. Ce produit d’abord réservé aux populations du nord, a séduit ensuite massivement les populations du Sud. C’est pouquoi, on peut se demander en quoi, le téléphone mobile est représentatif du fonctionnement de la mondialisation. En effet, le téléphone est régi par les règles de la concurrence internationale. Les FTN qui le fabriquent exploitent les potentialités de tous les territoires. Il permet aussi de saisir les tensions entre les trois piliers du développement durable.

1- Un produit qui s’inscrit dans la mondialisation

1.1 L’histoire du téléphone mobile

Le téléphone mobile n’est pas une invention en soi. C’est un objet né de l’association de plusieurs technologies. Son invention est attribuée à Martin Cooper, directeur de la recherche-développement chez Motorola. Il passe en 1973 le premier appel sur un téléphone mobile. L’usage commercial commence au Japon en 1979 avec la première génération de téléphones (la « 1G »). En 1981, les pays nordiques adoptent la 1G. En 1983, le premier réseau est lancé à Chicago. En 1991, l’entreprise Nokia lance la « 2G » en Finlande. La petite entreprise de bois, née au XIXe siècle sur la rivière Nokiavirta, devient alors un géant technologique. Les appareils se miniaturisent, ils gagnent en autonomie. Les « smartphones » apparaissent. En 2001, la « 3G » est lancée au Japon. Actuellement la « 4G » est testée en Europe et au Japon.

1.2 Une diffusion rapide

La téléphonie mobile a connu la plus forte diffusion qu’un produit ait pu connaître dans l’histoire de l’humanité. Entre 1988 et 2003, un quart de l’humanité s’équipe d’un téléphone mobile. Puis le mouvement s’accélère. En 7 ans (2004-2011), 50 % des humains (3,8 milliards de personnes) se dotent d’un téléphone mobile. En 2007-08, le nombre de lignes de téléphones fixes augmente de 6 millions (+0,5 %). En revanche, durant ces deux ans, le nombre d’abonnés au téléphone mobile s’accroît de 635 M de personnes (+18 %). En 2010, 300 M d’abonnements ont été vendus dans la seule Chine. 1.3 La variété des usages Le téléphone mobile est un produit universel. Aucun territoire ne lui échappe. Au nord, il est même devenu un produit polyvalent. Des Etats ont développé le « e-gouvernement » pour réduire les dépenses publiques et améliorer la rapidité des services publics (payer une contravention, déposer une plainte. . .). La téléphonie mobile supplante la téléphonie fixe et les réseaux internet classiques. Les infrastructures (les antennes) sont plus légères et moins coûteuses que les installations classiques ; elles sont aussi plus faciles à réparer en cas de catastrophe naturelle. Aujourd’hui, les taux de croissance sont spectaculaires dans les pays du Sud. En Afrique, le mobile est un facteur de développement. Depuis 2002, la croissance annuelle du nombre d’abonnés y est supérieure à 50 %. Pourtant, le continent souffre de nombreux handicaps. Il est difficile de recharger son téléphone quand l’électricité n’est pas partout disponible. Il n’est pas aisé d’envoyer des SMS quand on est analphabète et d’acheter des minutes avec des salaires de l’ordre de 1 à 2 euros par jour. Les nomades utilisent le téléphone pour négocier avec les sédentaires le passage de leurs troupeaux. Les agriculteurs et les communautés rurales ainsi désenclavées peuvent s’informer sur les cours mondiaux des produits agricoles. Les pêcheurs sénégalais utilisent le téléphone comme un GPS de fortune pour s’orienter.

2- Les acteurs du marché du téléphone mobile

2.1 Un marché dominé par le Nord et les pays émergents

L’Union Internationale des Télécommunications (UIT) qui régule le marché est installée à Genève (Suisse). Les principales FTN qui fabriquent les téléphones sont situées dans un petit nombre de pays : aux Etats-Unis (Apple, Motorola, RIM), en Europe (Vodafone, Sony-Ericsson, Nokia), en Asie (les coréens Samsung et LG). Les FTN recherchent des relais de croissance dans les pays émergents. Or dans ces pays, de nouveaux (et redoutables) concurrents apparaissent : en Chine (China Mobile, Huawei, ZTE. . .), au Mexique (America Movil). Ces nouveaux venus disposent d’un important marché local souvent très protégé et ils exportent aussi bien vers le Sud que vers la Triade. Ils consacrent d’importantes sommes d’argent à la R&D. Le marché de la téléphonie évolue à une très grande vitesse. Une entreprise en pointe peut perdre rapidement sa suprématie si elle n’investit pas assez ou si elle rate un virage technologique. C’est le cas de Nokia concurrencée sur le haut de gamme par Apple et Samsung et par les chinois pour les terminaux à bas coût.

2.2 Les stratégies des FTN

Les FTN utilisent la mondialisation pour maximiser leurs profits. L’entreprise Apple fondée par Steve Jobs constitue l’exemple le plus parlant de la mondialisation de cette activité. En 2007, la marque à la pomme lance le premier « IPhone ». Les différentes phases de la fabrication sont assurées par des acteurs différents situés sur des continents différents. L’entreprise Apple n’assure que certaines tâches : la conception, le marketing, la communication externe. La fabrication des composants est assurée par des soustraitants installés aux EU, en Allemagne, au Japon et en Corée du Sud. LG fournit les écrans tactiles « rétina », Sony les appareils photos et Samsung les batteries. Toutes ces pièces sont acheminées vers la Chine où le Taïwanais Foxconn assure le montage des objets dans d’immenses usines. Apple a développé une stratégie très particulière. Il a créé des boutiques (les « Applestores ») et chaque lancement de produit devient un show pour créer une frénésie dans le public. En Octobre 2011, 4 millions d’« Iphones 4S » ont été ainsi vendus en 3 jours.

2.3 L’action des Etats

De nombreux Etats soutiennent le développement des réseaux mobiles car le mobile est moins cher à installer que la téléphonie fixe. Le téléphone permet à des villages enclavés de faire venir des services de secours ou d’enclencher une dynamique de développement. La Mauritanie s’est lancée avec des partenaires privés dans la réalisation d’un réseau GSM. L’Etat a dépensé 25 M de $ pour se connecter au câble sous-marin. Il envisage de développer la fibre optique sur tout le territoire.

3- Téléphonie mobile et développement durable

3.1 La « fracture numérique »

Tous les pays ne sont pas égaux dans l’accès à la téléphonie mobile. Les pays riches ont des territoires totalement couverts par les différents opérateurs. Dans les pays émergents, les Etats investissent massivement pour connecter tous les territoires. Cependant, au niveau mondial, il existe une fracture numérique. Les pays pauvres n’ont pas toujours les moyens de financer les énormes investissements nécessaires. Leurs populations connaissent donc une « exclusion » numé- rique. Enfin, le prix d’un abonnement reste prohibitif si on le rapporte au salaire local. (D’ailleurs certains opérateurs installés à Paris proposent à leurs clients de payer en France les forfaits de la famille restée au pays natal). Les pays du Sud par la voix d’Abdoulaye Wade ont demandé l’instauration d’une taxe sur les populations des pays riches pour résorber la fracture numérique. En 2005, l’ONU a organisé à Tunis un Sommet Mondial de la Société de l’Information (SMSI). En 2006, Doha (Qatar) a accueilli la Conférence Mondiale des Télécommunications.

3.2 Les atteintes au droit du travail

Les sorties des appareils Apple donnent lieu à des scènes de liesse dans les magasins. Les milliers de journalistes accrédités multiplient les articles flatteurs et élogieux. En revanche, rares sont les enquêtes sur les conditions de travail des ouvriers des usines de téléphones mobiles. En 2010, des ouvriers chinois de Foxconn, pour dénoncer leurs conditions de travail (pressions, injures répétées...), sont montés sur le toit de leur usine et se sont jetés dans le vide. De nombreux fans des produits d’Apple, ont alors appris que le salaire des ouvriers passait dans le paiement du badge, du logement, de la nourriture et qu’ils devaient accepter de faire de très nombreuses heures supplémentaires pour pouvoir aider leurs familles restées au village. Les abonnés au téléphone mobile ne doivent pas non plus oublier que le cours des métaux rares a flambé et que des régions entières (Congo-Zaïre) connaissent des violences de la part de bandes criminelles qui veulent capter cette manne.

3.3 Un faible recyclage

Les téléphones ont une durée de vie de plus en plus limitée. Leur sophistication croissante les rend toujours plus fragiles. D’autre part, en raison des progrès techniques constants, ils sont rapidement obsolètes. Les téléphones inutilisés s’entassent dans les tiroirs. Un recyclage systématique aurait l’avantage de permettre une exploitation raisonnable des ressources naturelles et de limiter les gaspillages.

Conclusion

Le téléphone portable est actuellement le produit technologique le plus échangé au monde. Il a contribué à réduire la pauvreté et la détresse humaines. Avec l’augmentation de sa puissance, il est appelé à devenir un véritable ordinateur. Il a contribué à créer le « village global » dans lequel nous vivons. Ce succès économique et technologique a aussi son revers : il montre aussi que la mondialisation aggrave les inégalités, ponctionne les ressources naturelles et dégrade parfois l’environnement.

JACQUES EL ALAMI

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 07:20

 

En 508 avant J-C, Clisthène établit à Athènes un système de gouvernement démocratique où un nombre beaucoup plus important de citoyens peut désormais participer directement à la vie politique de la cité. Quels principes ont permis à cette démocratie de s'affirmer et de durer deux siècles ? Était-elle pleinement satisfaisante ?

 

Le système politique athénien repose sur quelques principes fondateurs essentiels permettant des prises de décisions collectives, la cohésion de la cité et sa défense.

Le premier réside dans l'égalité de tous les citoyens face à la loi, c'est à dire l'isonomie. Qu'ils soient issus de riches familles ou pas, les citoyens devront se soumettre aux mêmes règles - décidées par le vote - et auront théoriquement les mêmes chances de participer à la vie politique. Pour rendre possible ce principe Clisthène fit disparaître les patronymes ancestraux au profit des patronymes liés au lieu de vie essentiel, le dème. Il était ainsi plus difficile de différencier les origines sociales. Ce principe d'égalité s'applique notamment dans le tirage au sort qui concerne par exemple certaines magistratures ou la boulé, conseil de 500 citoyens, chargé de préparer les lois et de surveiller le travail des archontes, ou dans le temps de parole à l'assemblée mesuré par le clepsydre. Le système athénien repose sur le respect du choix de la majorité, d'où l'usage du vote tant dans le domaine législatif à l'écclesia que judiciaire, car les citoyens étaient amenés à voter sur la culpabilité d'accusés au tribunal de l'héliée. Pour permettre aux plus modestes de participer aux séances de ce de ce dernier Périclès instaure le  misthos (indemnité versée aux citoyens pauvres pour qu'ils puissent délaisser leurs activités professionnelles). A partir de - 400 il concernera aussi la participation à l'ecclesia. L'équité n'est donc pas que théorique.

Pour garantir la cohésion de la cité d'autres principes majeurs sont défendus. D'abord le fait que les plus riches soient tenus de dépenser une partie de leur fortune personnelle pour financer des projets communs (liturgie) ou des banquets, la participation de tous aux grandes fêtes religieuses notamment les Panathénées en l'honneur de la déesse Athéna. Plus important encore, chaque citoyen est tenu de défendre sa cité si celle-ci est en danger. Sacrifier éventuellement sa vie est un devoir civique qui justifie l'obtention de droits politiques. Ainsi l'acquisition de la citoyenneté se réalise suite à l'éphébie, service militaire de deux ans permettant de former les futurs soldats, et chaque citoyen est tenu de s'équiper militairement par ses propres moyens. Les plus aisés sont des cavaliers, les plus pauvres servent en tant que rameurs dans la flotte, la plupart restent des fantassins lourdement armés nommés hoplites. Enfin le devoir d'exemplarité est au cœur de la citoyenneté athénienne. Cela a pour conséquence la possibilité de la perdre (l'atimie) en cas de faute grave ou d'être ostracisé, c'est à dire exilé, si l'on est soupçonné de vouloir porter atteinte aux institutions démocratiques ou de trahir sa cité.

 

Ces principes correspondant clairement à une démocratie directe n'excluent pas des faiblesses voire des défauts dans le système.

Premièrement, la citoyenneté qui implique des droits politiques importants restera très circonscrite aux Vè et IVè siècles. En effet, les femmes mais aussi les métèques, ou étrangers et bien sûr les esclaves en sont exclus. Ainsi 15% seulement de la population accède à la citoyenneté. Il est très rare qu'un étranger puisse obtenir le précieux statut même s'il a rendu de grands services à la cité. D'autre part il faut être soi-même fils de deux parents athéniens citoyens pour le devenir.

En outre, si théoriquement tous les citoyens peuvent accéder aux plus hautes charges et peser sur les destin de leur cité, dans les faits il s'avère que ce sont presque toujours les hommes issus des plus riches et vieilles familles aristocratiques d'Athènes qui monopolisent le pouvoir. Périclès en est l'illustration, ayant été élu une trentaine de fois à la plus haute charge, celle de stratège. Ayant reçus une meilleure éducation, disposant donc de capacités oratoires et rhétoriques ainsi que d'une fortune leur permettant d'acheter des fidélités et des votes, ils détiennent de fait entre leurs mains le destin de la cité surtout au Vème siècle. 

Le fonctionnement de la démocratie athénienne conduit irrémédiablement à des dérives bien connues et critiquées surtout à la fin du Vème siècle et au IVème siècle tant par des philosophes (Platon) que des auteurs de théâtre (Euripide, Aristophane): les discours démagogiques visant à flatter les électeurs pour être élu ou réélu ou le glissement vers une forme de ploutocratie où l'argent devient un moyen sinon de corruption du moins d'achat des votes. On voit donc l'égalité  entre citoyens n'empêche pas en réalité Athènes de connaître une certaine confiscation du pouvoir par les plus favorisés, qu'ils soient aristocrates et/ou fortunés.

 

La cité d'Athènes a appliqué dès le Vème siècle avant J-C les principes fondamentaux de tout système démocratique où chaque citoyen peut exercer des responsabilités politiques et ainsi participer directement aux décisions engageant le destin de sa patrie. La démocratie athénienne ne fut toutefois pas exempte de défauts qui ont été l'objet d'âpres débats entre athéniens; les dérives démagogiques ou ploutocratiques ont ainsi contribué a affaiblir la foi de certains athéniens - le célèbre philosophe Platon par exemple - en leur régime fondé sur l'égalité.

 

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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 19:29
Faire table rase du passé ?

 

La Table rase cartésienne est peut-être le plus fort mensonge philosophique de tous les temps. C'est en tout cas celui dont l'application pèse le plus de fortement sur le nôtre. L'idée de «faire table rase», de repartir à "zéro" constituent constituent toujours une tentation séduisante. Mais c'est précisement l'entreprise impossible: impossible sinon dans une  vue de l'esprit tout arbitraire, ne tenant aucun compte des réalités concrètes. Parce que tout ce qui est vie est transmis.

On ne part jamais de zéro. Freud le démontrerait au besoin. Ou encore, en termes simples, ce texte de la Genèse montre qui nous montre chaque fruit «portant sa semence» - ce qui niait d'avance toute génération spontanée. Il est saisissant de penser que chaque fois qu'elle a été transposée dans les faits, la tentation de "repartir de zéro" s'est soldée par la mort, par de multiples morts et destructions, et cela dans tous les domaines.0

Pour avoir voulu faire "Table rase", combien de fois aura-t-on stupidement détruit ce qui aurait pu être un point d'appui, pierre d'attente? Mais il sera peut-être donné à notre époque de redécouvrir l'importance de la tradition, qui est un donné vivant, susceptible comme toute vie de croître, d'acquérir, de s'enrichir de nouveaux apports. On ne pourra le faire qu'en redécouvrant l'importance de l'Histoire, qui est la recherche du vécu, ce vécu à partir duquel menons notre propre vie. Il en est de l'histoire comme des strates archéologiques: il y a toujours la couche sous-jacente, et lorsqu'on arrive au sol vierge, l'archéologue cède la main au géologue qui nous retrace, lui, l'histoire de ce sol .

Régine Pernoud, Pour en finir Avec le moyen âge, 1979

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 10:39

Introduction

En 1998, le procès de Maurice Papon défraya la chronique et fut l'occasion de vifs débats entre intellectuels. Cet événement permit un nouveau coup de projecteur sur les "années noires" vécues par la France, celles de l'occupation et du Régime de Vichy de 1940 à 1944. 

Le document présenté ici est un extrait (...) qui permet de réfléchir sur les enjeux des questions mémorielles. La mémoire, souvent suspecte aux yeux des historiens, entretient généralement des relations ambiguës avec le pouvoir politique et médiatique qui peuvent être tentés de l'instrumentaliser.

Afin de comprendre les enjeux de ce procès, il conviendra dans un premier temps de montrer que la mémoire française de la seconde mondiale a profondément évolué depuis plusieurs décennies, puis d'éclairer le cœur du débat en présentant les dérives possibles liées à la mémoire, parfois hypermnésique quant à certains thèmes.

1ère partie

 Du Résistancialisme à l'éclatement des mémoires

A- Causes et effets du mythe d'une France intégralement résistante

- L'alibi de l'épuration officielle et sauvage = le problème des "collabos" a été réglé.

- Reconstruire une unité nationale (lois d'amnistie de 1951-1953 / Thèse du Glaive et du Bouclier de R. Aron dans son "Histoire de Vichy" en 1954)

- Le "champ" résistancialiste (mémoriaux, musées, cinéma etc.)

B- L'émergence de la mémoire juive du génocide

- Procès Eichmann

- Le rôle essentiel de Paxton ("La France de Vichy" 1973) = Révolution paxtonienne

- Procès (Touvier / Barbie) et médiatisations diverses (cinéma). 

- Le tournant politique : Chirac et le discours de juillet 1995 / le devoir de mémoire

Transition: c'est parce que la mémoire juive du génocide et son lien avéré avec le Régime de Vichy a de plus en plus été mise en lumière que des procès vont "redevenir" légitimes aux yeux de l'opinion publique

2ème partie

 Les relations complexes entre justice, mémoire et histoire: un débat ouvert

A- Papon, un fonctionnaire de Vichy en accusation

- Rôle établi de Papon durant la guerre

- L'attente du public: solder une "seconde épuration"

B- Un procès justifié par le crime contre l'humanité

C- Les objections déontologiques des intellectuels

- Un distance temporelle trop grande pour évaluer en détail les responsabilités de l'accusé

- Papon bouc-émissaire selon Lanzmann (réalisateur de "Shoah" en 1985): "difficile de juger un seul homme pour tout un système (...) de lui en faire porter le poids" ou selon P. Thibaud qui déclare: "c'est le procès d'un régime, voire d'une époque".

- L'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité mise en doute.

Conclusion

Le devoir de mémoire revendiqué par de nombreuses associations et relayé par les pouvoirs publics conditionne pour une large part le regard de l'opinion publique sur son passé.

Toutefois, la construction de la mémoire, par sa tendance à abolir la distance passé-présent et donc à créer une identification entre les vivants et les morts demeure un sujet de débats.

Le cas du procès Papon fut l'occasion de montrer les limites et dérives possibles du champ mémoriel lorsqu'il tend à s'immiscer dans  le domaine judiciaire.En effet la mémoire, sans s'opposer aux travaux rigoureux des historiens, prend appui sur des considérations morales autant qu'affectives qui constituent autant de pièges pour une justice impartiale.

Si l'historien n'a pas à juger le passé (son rôle consistant à le comprendre), doit-on demander au juge de le faire ?

 

 

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 08:03
Les critiques de la démocratie athénienne

Le travail:

Sur votre cahier tâchez de présenter les principales critiques qui sont faîtes de la démocratie athénienne

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 17:19

paradoxe-francais

Un paradoxe français (Albin Michel 2008) de Simon Epstein, historien français qui réside à Jérusalem, bouscule nombre d’idées reçues et de clichés sur les années 1920,1930 et 1940, qui pèsent fortement sur les grands débats de société contemporains. L’auteur s’appuie sur des centaines de parcours individuels qu’il analyse sans parti pris tout en dénonçant les manipulations de l’histoire officielle depuis 1945.

Il montre, au rebours de croyances largement répandues, comment une partie de la gauche antiraciste des années 1920 et 1930, mobilisée autour de la LICA[1],  s’est massivement ralliée au pacifisme en 1938, avant de rejoindre le régime de Vichy ou les mouvements ultra collaborationnistes. A l’inverse, il souligne que la droite républicaine mais aussi  les partis « nationaux » – Camelots du roi ou Jeunesse patriotes – ont joué un rôle décisif  dans l’essor de la Résistance française à ses débuts.

I/ Exemples de personnalités du régime de Vichy venues de la gauche antiraciste

René Belin, numéro 2 de la CGT déclare à la revue anti-raciste « Droit de vivre » en juin 1939: « La classe ouvrière est profondément anti-raciste. Je suis entièrement d’accord avec l’action de la LICA ». Cela ne l’empêche pas de devenir ministre de la production industrielle et du travail du maréchal Pétain et de figurer parmi les signataires du statut des Juifs du 8 octobre 1940.

Gaston Bergery, membre du parti radical, écrit en 1936 « Le racisme et l’antisémitisme sont contraires à l’idée de Nation… C’est la diversion, le recherche du bouc émissaire, et c’est là une opération abominable ». Cependant, il vote les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940, devient un militant actif de la Révolution nationale et de la collaboration, avant d’être nommé ambassadeur du maréchal à Moscou puis à Ankara.

Georges Bonnet, député radical-socialiste, ministre des affaires étrangères en 1938 et 1939, président d’honneur du « Deuxième congrès international du rassemblement mondial contre le racisme » déclare en 1938 « La France doit donner l’hospitalité à tous ceux dont la vie est menacée ». Pourtant, lui aussi devient un notable de Vichy et approuve la rencontre de Montoire entre Pétain et Hitler dont il salue le « caractère historique » car « marquant le début d’une organisation nouvelle de l’Europe dans laquelle la France et l’Allemagne, chacune avec son génie, doivent tenir une place… »

Gratien Candace, député de gauche de la Guadeloupe proclame en janvier 1939 que « le racisme est la plus grande honte politique et sociale du XX ème siècle ». Lui aussi vote les pleins pouvoir au régime du maréchal Pétain et entre dans le « Conseil national » de Vichy.Charles Pivert, militant à la SFIO déclare lors d’un congrès de la LICA que « le fascisme comme le racisme, est un état de régression sociale ». Pourtant, il adhère sons l’occupation à une organisation collaborationniste « France-Europe » et écrit dans la revue « Germinal ». Eugène Frot, député socialiste, plusieurs fois ministre, est membre d’honneur « du centre de liaison des comités pour le statut des immigrés » (lié à la LICA). Il vote pour Pétain en juillet 1940, intègre le Conseil national de Vichy et « l’amicale lavaliste ».

II/ Intellectuels, écrivains, journalistes

L’auteur cite divers intellectuels et écrivains, connus pour leur engagement  humaniste et antiraciste, dans les années 1920-1930 qui se sont ralliés au régime de Vichy, par pacifisme, et ont soutenu, à des degré divers, le principe de collaboration : Georges Blondel, René Laforgue, Marcelle Capy, Jean Cocteau, Jean Giono, Maurice Rostand, Marcel Aymé,  Pierre Benoit, Jacques de Lacretelle, Marcel Jouhandeau, André Thérive.

Les journalistes sont nombreux à avoir ainsi basculé de la défense des bons sentiments humanitaires et anti-racistes à un soutien inconditionnel du régime du maréchal Pétain :Emile Roche et Pierre Dominique (« La République »), Robert de Beauplan, Stéphane Lauzanne (rédacteur en chef du Matin), Léon Bailby (Le Jour), Alain Laubreaux (l’Oeuvre,  journal de gauche avant l’occupation). Certains vont même prendre des positions pro-allemandes : Pierre-Antoine Cousteau (rédacteur en chef de Paris-Soir) ; Jean Luchaire (patron des Nouveaux Temps), homme de gauche dans les années 1920 et 1930, devenu hitlérien après l’occupation.

 

III/ Personnalités de l’ultra-collaboration

Deux sont particulièrement célèbres :

Marcel Déat, député SFIO, crée l’Union socialiste républicaine en 1935 et soutien le Front populaire, membre du comité de vigilance antifasciste, chantre de l’antiracisme dans les années 1920 et 1930 : « Il n’y a pas de pays qui soit plus réfractaire que la France à la notion de race, elle qui est l’admirable résultante historique de mélanges constants et de métissages indéfinis »… Les bons sentiments de Marcel Déat le conduisent au pacifisme (« Mourir pour Dantzig, non !), puis le transforment en partisan fanatique de la collaboration avec le Reich hitlérien.

Jacques Doriot dirige les Jeunesses communistes à partir de 1923, maire de Saint Denis en 1931, haut responsable du PCF, il crée sont parti populaire français en 1936. Dans les années 1920, il est l’avocat passionné de l’antimilitarisme et de l’anticolonialisme. Contrairement au reste du Parti communiste, il est proche de la LICA, condamne avec véhémence le racisme et l’antisémitisme. A partir de 1940, il prône l’intégration de la France dans l’Europe nationale socialiste, crée la légion française des volontaires qui combat en Russie aux côtés de la Wehrmacht.

L’auteur ne se limite pas à ces deux noms et présente le parcours de nombreuses personnalités, plusieurs centaines, venues de la gauche,  dans les années 1920-1930  le plus souvent socialistes ou communistes, qui ont ainsi basculé du culte des bons sentiments humanistes à l’engagement ultra-collaborationniste, par exemple  : Marc Augier(mouvement des auberges de jeunesse), Jean-Marie Marcel Capron (maire d’Alforville, PC), Jean-Marie Clamamus (maire de Bobigny, PC), Paul Perrin (député SFIO de la Seine), André Grisoni (radical-socialiste, maire de Courbevoie), Maurice Levillain (président du conseil général de la Seine – SFIO), Barthélémy Montagnon, Paul Rives (SFIO), René Château (député radical-socialiste, membre de la ligue des droits de l’homme), Claude Jamet (proche des communistes et des socialistes), Camille Planche (SFIO), Léon Emery (ligue des droits de l’homme, comité de vigilance anti-fasciste), George Dumoulin (CGT, SFIO), Maurice Ivan Sicard (venu de l’extrême gauche anti-fasciste), Pierre Thurotte (SFIO), Pierre Bonardi (LICA), Adrien Marquet (SFIO, maire de Bordeaux), etc.

IV/ Les origines nationalistes d’une partie de la Résistance

L’auteur pourfend la vision classique de la Résistance (supposée surtout de gauche) et démontre qu’elle trouve en grande partie ses origines dans la droite française, la droite républicaine mais aussi dans les mouvements nationalistes comme les Camelots du Roi, les Jeunesses Patriotes, dont de nombreux militants ont refusé de suivre Maurras lorsque celui-ci a approuvé l’accord de Munich, l’armistice et la Collaboration. Parmi ces initiateurs de la Résistance française se trouvent notamment D’Estienne d’Orves, Rémy, Pierre Fourcaud, Maurice Duclos, André Dewavrin, Loustanau-Lacau, Marie-Madeleine Fourcade, Colonel Groussard, Pierre Nord, le Colonel arnould, Henri Frenay, Pierre de Benouville,  Charles Vallin, les frères François et Henri d’Astier de la Vigerie, etc.

*                                              *                                              *

Ce livre de Simon Epstein renverse un pilier idéologique de la pensée dominante depuis 1945 . Il montre l’ambivalence de certains sentiments humanitaires affichés et souligne à quel point les professions de foi humanistes et la bonne conscience anti-racistes ne conduisent pas forcément au choix du courage et de la générosité. Voilà pourquoi cet ouvrage audacieux, dérangeant, a été reçu dans le silence et l’indifférence.

Maxime TANDONNET

[1] Ligue internationale contre l’antisémitisme, ancêtre de la LICRA

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 11:02

Le citoyen athénien participe activement à la défense de sa cité. Il est prêt à mourir pour défendre ses compatriotes, mais aussi sa culture (ses temples, ses Dieux) et sa liberté conquise par le système démocratique. On parle de citoyen-soldat, car le rôle politique est indissociable de la fonction combattante qui implique donc, éventuellement, le sacrifice suprême.

Le serment des éphèbes montre à quel point le sens de l’honneur, la fidélité, le courage, le respect des traditions et la solidarité sont au cœur de la fonction de citoyen-soldat. Ces valeurs inculquées par l’éducation (voir TP sur l'éducation) depuis l’enfance sont essentielles pour le fonctionnement politique de la cité. 
Ainsi, les citoyens doivent réaliser leur service militaire (éphébie) et s’équiper à leurs frais. Les plus riches forment la cavalerie, les plus pauvres sont rameurs (thètes) puis éventuellement, à partir de la fin du Vè s., peltastes (combattants à l’équipement léger), les citoyens aux revenus moyens constituent la phalange. Celle-ci rassemble des hoplites lourdement armés (lance, glaive, bouclier, armure) en formation serrée. Ce mode de combat, apparu au VIIe s., repose sur une forte discipline et une grande cohésion puisque chaque soldat est responsable, avec son bouclier, de la protection de son concitoyen de gauche. Il renforce le sentiment d’égalité et participe donc de l’esprit civique.

Ce modèle du citoyen-soldat tend toutefois à disparaître à la fin du IVe s. sous l’impulsion du roi Philippe de Macédoine qui bouleverse les codes guerriers lors de ses campagnes qui aboutiront à la conquête de la plupart des cités de Grèce continentale. L’apparition de mercenaires c’est-à-dire de soldats rémunérés pour combattre, change complètement la perspective :  la guerre devient surtout l’affaire de professionnels et non d’individus désintéressés qui défendaient gratuitement leur cité, en invoquant un sens de l'honneur.

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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 08:13

Ces peurs ne sont que l'autre face d'un mensonge qui fut propagé par ignorance, pour les uns, et par intérêt pour les autres. Non, la globalisation ou la mondialisation ne fut pas, ne fut jamais « heureuse ». Le mythe du « doux commerce » venant se substituer aux conflits guerriers a été trop propagé pour ne pas laisser quelques traces... Mais à la vérité ce n'est qu'un mythe. Toujours, le navire de guerre a précédé le navire marchand. Les puissances dominantes ont en permanence usé de leur force pour s'ouvrir des marchés et modifier comme il leur convenait les termes de l'échange.

La mondialisation que nous avons connue depuis près de 40 ans a résulté de la combinaison de la globalisation financière qui s'est mise en place avec le détricotage des accords de Bretton Woods en 1973, et de la globalisation marchande, qui s'est incarnée dans le libre-échange. A chacune de leurs étapes, ces dernières ont imposé leur lots de violences et de guerre.

Nous en voyons aujourd'hui le résultat: une marche généralisée à la régression, tant économique que sociale, qui frappe d'abord les pays dits « riches » mais qui n'épargne pas ceux que l'on désigne comme des pays « émergents ». Elle conduit à une surexploitation des ressources naturelles plongeant plus d'un milliard et demi d'être humains dans des crises écologiques qui vont chaque jour empirant. Elle a provoqué la destruction du lien social dans un grand nombre de pays et confronté là aussi des masses innombrables au spectre de la guerre de tous contre tous, au choc d'un individualisme forcené qui laisse présager d'autres régressions, bien pires encore. De cette mondialisation, il a résulté des changements majeurs, rarement positifs, d'une telle ampleur que cela a conduit à la fétichiser. De phénomène historique, elle est apparue sous la plume de ses défenseurs comme un être doté de conscience et d'omniscience, capable de réaliser le bonheur de tous. Quel mensonge et quelle dérision ! On nous a fait oublier que, produit de l'action humaine, elle était condamnée à connaître le sort es autres produits de l'action humaine, et donc à disparaîre. On a voulu la comparer à une force transcendante pour mieux masquer les intérêts qu'elle a servis. En ceci il faut voir une capitulation de la pensée.

Jacques Sapir, La démondialisation, 2012, Ed. Seuil

 

 

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 09:02

Les chiffres parlent: si dans les années 1960, les africains qualifiés, universitaires ou cadres étaient moins de 2000 à émigrer chaque année, ce chiffre a triplé entre 1975 et 1984, puis décuplé à la fin des années 1980, pour atteindre aujourd'hui le chiffre énorme de 20000 départs annuels. L'Afrique de vide ainsi de ses cerveaux ! Dans ce monde compétition, que deviendront nnos nations africaines dépourvues de cadres d'administration ou d'affaires, d'enseignants, d'ingénieurs, de chercheurs, alors que celles des autres continents investissent précisément dans le facteur humain ? D'autant que cette « fuite des cerveaux » profite en fin de compte aux pays développés, à tel point que le président de la Commission de l'Union africain, Alpha Oumar Konaré, va jusqu'à qualifier le phénomène de traite des cerveaux »

 

Anicet Georges Dologuélé, ancien premier ministre centrafricain, Jeune Afrique, 25 décembre 2005, p51

 

Dans les faits, il apparaît que la migration estudiantine peut aussi être une stratégie délibérée pour les candidats à l'émigration. En effet, qu'il s'agisse des EU, de la France ou de l'Allemagne, les conditions d'obtention d'un visa pour un étudiant sont en général moins restrictives que celle que doit remplir un Africain déjà diplômé (…) Au terme de son cursus, les pays d'accueil accordent d'ailleurs habituellement un délai de plusieurs mois aux diplômés pour trouver un emploi correspondant à leur formation et prolonger aini, cette fois-ci dans la vie active, leur séjour. Si les Etats voient d'un bon oeil l'arrivée des étudiants étrangers, ils ne sont pas les seuls. Les universités, elles aussi, apprécient la venue de ces populations. La raison est simple: elles reprsentent souvent une source de financement très intéressante pour leur budget

Revue Jeune Afrique, 24 octobre 2010, page 165

 

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