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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

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"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 10:58

« Le rapide développement de l’industrie anglaise n’aurait pas été possible si l’Angleterre n’avait disposé d’une réserve : la population nombreuse et misérable de l’Irlande. Chez eux, les Irlandais n’avaient rien à perdre, en Angleterre ils avaient beaucoup à gagner ; et depuis qu’on a su en Irlande que sur la rive est du canal St George tout homme robuste pouvait trouver un travail assuré et de bons salaires, des bandes d’Irlandais l’ont franchi chaque année. On estime qu’un bon million d’Irlandais ont ainsi immigré jusqu’ici et que maintenant encore, il y a 50,000 immigrants par an ; presque tous envahissent les contrées industrielles et en particulier les grandes villes, y constituant la plus basse classe de la population. Il y a 120,000 Irlandais pauvres à Londres, 40,000 à Manchester, 34,000 à Liverpool, 24,000 à Bristol, 40,000 à Glasgow, et 29,000 à Edimbourg. Ces gens, qui ont grandi presque sans connaître les bienfaits de la civilisation, habitués dès leur jeune âge aux privations de toutes sortes, grossiers, buveurs, insoucieux de l’avenir, arrivent ainsi, apportant leurs mœurs brutales dans une classe de la population qui a, pour dire vrai, peu d’inclination pour la culture et la moralité.
[...]

« Ces travailleurs irlandais qui, pour 4 pence font la traversée, serrés souvent comme du bétail sur le pont du navire, s’installent partout. 
Les pires demeures sont assez bonnes pour eux ; leurs vêtements les préoccupent peu, tant qu’un seul fil les maintient ; ils ignorent l’usage des chaussures ; leur nourriture consiste uniquement en pommes de terre, ce qu’ils gagnent en plus, ils le boivent ; pourquoi de tels êtres auraient-ils besoin d’un fort salaire ? 
Les pires quartiers de toutes les grandes villes sont peuplés d’Irlandais ; partout où un quartier se signale particulièrement par sa saleté et son délabrement, on peut s’attendre à apercevoir en majorité ces visages celtiques qui, au premier coup d’œil se distinguent des physionomies saxonnes des indigènes, et à entendre cet accent irlandais chantant et aspiré que l’Irlandais authentique ne perd jamais. Il m’est arrivé d’enten­dre parler le celto-irlandais dans les quartiers les plus populeux de Manchester. 
La plupart des familles qui habitent des sous-sols sont presque partout d’origine irlandaise. Bref, comme le dit le Dr Kay, les Irlandais ont découvert ce qu’est le minimum des besoins vitaux et ils l’apprennent maintenant aux Anglais. Ils ont importé en outre l’alcoolisme et la saleté. Cette malpropreté qui chez eux, à la campagne, où la population est disséminée, n’a pas de trop graves conséquences mais qui est devenue chez les Irlandais une seconde nature, est véritablement une tare effrayante et dangereuse dans les grandes villes par suite de la con­cen­tration urbaine. 
[....]

« Et quand à la saleté, à l’inconfort des maisons, impossible de s’en faire une idée. L’Irlandais n’est pas habitué aux meubles ; un tas de paille, quelques chiffons absolument inutilisables comme vêtements et voilà pour sa couche. 
... Dans son pays, dans sa cabane de torchis, une seule pièce suffisait à tous les usages domestiques ; en Angleterre, la famille n’a pas non plus besoin de plus d’une pièce. Ainsi cet entassement de plusieurs personnes dans une seule pièce, maintenant si répandu, a été introduit principalement par l’immigration irlandaise. 
Et comme il faut bien que ce pauvre diable ait au moins un plaisir, et que la société l’exclut de tous les autres, il s’en va au cabaret, boire de l’eau-de-vie. L’eau-de-vie est pour l’Irlandais, la seule chose qui donne son sens à la vie – l’eau-de-vie et bien sûr aussi son tempérament insouciant et jovial : voilà pourquoi il s’adon­ne à l’eau-de-vie jusqu’à l’ivresse la plus brutale. Le caractère méridional, frivole de l’Irlandais, sa grossièreté qui le place à un niveau à peine supérieur à celui du sauvage, son mépris de tous les plaisirs plus humains, qu’il est incapable de goûter en raison même de sa grossièreté, sa saleté et sa pauvreté, autant de raisons qui favorisent l’alcoolisme – la tentation est trop forte, il ne peut résister et tout l’argent qu’il gagne passe dans son gosier. 
Comment pourrait-il en être autrement ? Comment la société qui le met dans une situation telle qu’il deviendra presque nécessairement un buveur, qui le laisse s’abrutir et ne se préoccupe nullement de lui – comment peut-elle ensuite l’accuser, lorsqu’il devient effectivement un ivrogne ? 
[....]

« C’est contre un concurrent de ce genre que doit lutter le travailleur anglais, contre un concurrent occupant le barreau de l’échelle le plus bas qui puisse exister dans un pays civilisé et qui, précisément pour cette raison, se contente d’un salaire inférieur à celui de n’importe quel autre travailleur. 
C’est pourquoi le salaire du travailleur anglais, dans tous les secteurs où l’Irlandais peut le concurrencer, ne fait que baisser constamment et il ne saurait en être autre­ment, comme le dit Carlyle. Or, ces secteurs sont très nombreux. Tous ceux qui n’exi­gent que peu ou pas d’habileté s’offrent aux Irlandais. Certes, pour les travaux exigeant un long apprentissage ou une activité durable et régulière, l’Irlandais débauché, versatile et bu­veur est très insuffisant. Pour devenir ouvrier-mécanicien, pour devenir ouvrier d’usine, il lui faudrait d’abord adopter la civilisation et les mœurs anglaises, bref, devenir d’abord objectivement anglais.

« Mais partout où il s’agit d’un travail simple, moins précis, qui requiert davantage de vigueur que d’adresse, l’Irlandais est tout aussi bon que l’Anglais. Et c’est pourquoi tous ces métiers sont envahis par les Irlandais ; les tisserands manuels, aide-maçons, porte-faix, “tâcherons”, etc... comptent une foule d’Irlandais ; et l’invasion de cette nation a contribué, pour beaucoup, dans ces professions, à abaisser le salaire et avec lui la classe ouvrière elle-même. 
Et même si les Irlandais qui ont envahi les autres branches ont dû se civiliser, il leur est resté encore assez de marques de leur ancien mode de vie pour exercer sur leurs camara­des de travail anglais, une influence dégradante – sans parler de l’influence du milieu irlandais lui-même. Car si l’on considère que dans chaque grande ville, un cinquième ou un quart des ouvriers sont Irlandais ou enfants d’Irlandais élevés dans la saleté irlandaise, on ne s’étonnera pas que dans l’existence de toute la classe ouvrière, dans ses mœurs, son niveau intellectuel et moral, ses caractères généraux, se retrouve une bonne part de ce qui fait le fond de la nature de l’Irlandais, et l’on concevra que la situation révoltante des travailleurs anglais, résultat de l’industrie moderne et de ses conséquences immédiates, ait pu être encore avilie. »

La Situation de la classe laborieuse en Angleterre, Friedrich Engels,1845
L’immigration irlandaise en Angleterre analysée par F. Engels

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Published by Profhistgéo - dans DEBATS HISTORIQUES
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