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Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 13:00

 

Consigne:  Que nous apprend ce document sur le rôle que veulent jouer les Etats-Unis dans le monde de l'après guerre froide ?

 

INTRODUCTION

Le discours prononcé par le président américain George Bush le 6 mars 1991 au congrès s'est inscrit dans un contexte très particulier qui lui donne une dimension historique majeure : il fait à la fois écho à la seconde guerre du Golfe ainsi qu'à la fin de la guerre froide avec la dislocation en cours de l'URSS.

Les paroles prononcées par le président américain permettent de cerner les grandes lignes de la stratégie géopolitique des E-U dans un monde libéré de la rivalité Est-Ouest mais néanmoins encore susceptible de s'embraser, particulièrement au Moyen-Orient dont la situation reste préoccupante. 

Nous tâcherons dans un premier temps de décrypter le contexte du discours de G. Bush, nous analyserons ensuite sa volonté de nouvel ordre mondial en montrant que l'idéalisme apparent peut cacher des intérêts nationaux et à certains égards un double discours.

 

1-Mars 1991 : un contexte favorable aux Etats-Unis

A- Les E-U récents vainqueurs de la guerre froide

- Avec l'effondrement de l'Union soviétique, les E-U demeurent la seule superpuissance de la planète. Ils disposent de tous les attributs de la puissance : hard power (économie, politique et diplomatie, militaire) et soft power (cinéma, mode de vie « american way of life », nouvelles technologies)

- Cette position de prééminence des E-U, liée à une victoire autant symbolique que matérielle sur le communisme, octroie aux yeux des dirigeants américains des responsabilités particulières à leur pays.

B- La crise au Moyen-Orient (1990-1991)

- En 1990 Sadam Hussein président d'un Irak ruiné par 8 ans de guerre avec l'Iran décide d'envahir le Koweit, très riche en pétrole. Au moment où Bush prononce son discours, une coalition internationale rassemblant de nombreux pays du monde a permis de libérer le petit État du golfe qui pour le Président américain a été clairement la victime d'une agression (pour un regard plus nuancé voir la remarque finale).

- Lors du conflit (seconde guerre du Golfe) les E-U ont assuré l'essentiel de l'effort de guerre (ce qui leur vaudra le surnom de « gendarmes du monde » ) avec le déploiement de plus de 300000 hommes pour "l'opération tempête du désert". Pour George Bush ce premier « épisode » marquant de l'ère post guerre froide doit conduire les E-U à réaffirmer clairement leur positionnement géopolitique régional mais aussi global.

 

2- Les EU défenseurs d'un nouvel ordre mondial

A- Une puissance à la pointe du combat pour le droit international

- Le socle idéologique = la paix, les droits de l'homme et la liberté que les E-U entendent défendre (« y travaillera sans relâche ») pour changer le monde. (« un monde dans lequel la liberté et les droits de l'homme sont respectés par toutes les nations »).

- Notons que cet objectif sous-entend que les E-U sont eux-mêmes exemplaires dans le respect de ces valeurs. Or dans les décennies qui ont précédé la fin de la guerre froide ce pays a été durement critiqué pour certaines de ses actions à l'étranger (guerre au Vietnam et l’utilisation d'armes de destruction massive comme « l'agent orange ») ou pour une citoyenneté à deux vitesses entre les blancs et les noirs. Enfin, les E-U ont souvent été prêts à sacrifier la défense des valeurs humanistes pour répondre à des nécessités stratégiques. Ainsi ont-ils très bien « toléré » les violations de droits  humains dans les dictatures qu'ils ont contribué à établir (Chili de Pinochet par ex. dans les années 1970) ou chez des alliés clés comme l'Arabie Saoudite.

- La défense du droit international que promeut Bush passe par les institutions de l'ONU (« un monde où les nations unies ») et donc un travail collectif : « pas de réponse de la seule Amérique ». Ici le président américain affirme le choix du multilatéralisme où les différents États membres sont respectés. Il n'y a pas d'optimisme béat du Président Bush conscient que seul le droit peut limiter le « côté le plus sombre de la nature humaine »

B- Une région particulièrement sensible : le Moyen-Orient.

- Si Bush insiste sur la question du Moyen-Orient c'est que cette région du monde est en proie à de nombreux conflits depuis 1945 et qu'elle vient d'être le théâtre d'une crise grave. Or la région est stratégiquement très importante à cause de la présence massive d'hydrocarbures. Bush montre bien le lien existant entre la stabilité au Moyen-Orient et les « intérêts vitaux » des E-U, c'est à dire leur sécurité énergétique. L'approvisionnement en hydrocarbures est en effet indispensable à ce pays à un moment où il n'est pas autosuffisant en pétrole. La vision idéaliste se mêle donc aussi à un pragmatisme assumé.

- Pour parvenir à cet objectif de stabilisation du Moyen-Orient, plusieurs conditions sont nécessaires selon le président Bush :

  • lutter contrer la prolifération des armes de destruction massive (nucléaires et chimiques) qui représentent une menace pour la paix dans la région. Le cas de l'Irak est très épineux d'où sa surveillance étroite et le fait qu' il sera bientôt considéré comme "rogue state" ("Etat voyou") par l'administration américaine.
  • travailler au développement économique des pays en difficulté.
  • en filigrane est abordée la question des tensions entre Israël et les pays arabes qui minent les chances de paix dans la région. Cela débouchera sur les accords d'Oslo en 1993 où les E-U seront les médiateurs principaux entre Israël et l'OLP de Y. Arafat.

 

CONCLUSION

La fin de la guerre froide doit donc marquer pour Bush un retour à l'esprit de 1945. Les E-U entendent participer activement et dans un soucis de multilatéralisme à la défense du droit international qui seul peut permettre selon leur président de limiter les risques de conflits destructeurs et les violations des droits humains; droits dont nous avons vu qu'ils sont parfois pragmatiquement voire cyniquement défendus par la superpuissance.

Les mots de George Bush traduisent en réalité un optimisme modéré tant les problèmes notamment au Proche et Moyen-Orient sont nombreux.

Annonciateur d'une décennie où les E-U connaîtront un rayonnement maximal sur la scène politique internationale où ils s'affirmeront comme le centre de gravité de la diplomatie mondiale, le discours est prophétique quant aux destins croisés du Moyen-Orient et des EU. En effet, les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés à New-York par des islamistes remettront en cause le multilatéralisme, conduisant à une déstabilisation accrue du Moyen-Orient.

 

REMARQUE IMPORTANTE:

La question de l'invasion du Koweit par l'Irak en 1990 est bien plus complexe qu'il n'y paraît. En effet à bien des égards les E-U et le Koweit ont "tout fait" (refus d'annulation de dette, augmentation de la production de pétrole qui fait chuter les cours, signaux envoyés par les américains pour laisser entendre qu'ils n'interviendront pas en cas d'invasion) pour pousser S. Hussein à la faute au moment où l'agonie de l'URSS (soutien traditionnel de l'Irak) leur laissait le champ libre...

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