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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

"On se fait généralement du progrès une idée fort élémentaire"

 

Régine Pernoud (1909-1998), historienne

"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 12:11

 

La mondialisation permet de créer davantage de richesses mais renforce les inégalités tant du point de vue spatial, puisque l’accentuation de la rugosité de l’espace s’observe à toutes les échelles - planétaire, régionale, nationale, locale - que sur le plan social : l’écart entre ceux qui peuvent saisir les opportunités offertes par la mondialisation et ceux qui ne trouvent pas leur place, ceux qui tirent profit de l'espace et ceux qui le subissent. Un cinquième de l’humanité seulement consomme (et produit) les quatre cinquièmes des richesses mondiales.

A- Critique du modèle libéral et de la croissance

- Depuis le début des années 90 et la fin de la guerre froide qui marque un moment clé, antimondialistes et altermondialistes, (souvent par le biais d'ONG de syndicats ou d'associations) parfois présents dans certains partis politiques (plutôt les partis dits « d'extrême-gauche ») dénoncent les excès de la mondialisation se traduisant par toute une série de problèmes aggravés qu'incarnent particulièrement les FTN:

- accroissement des inégalités sociales:

     - montée du chômage et/ou de la précarisation dans certains territoires. Des FTN sont très critiquées pour leur non respect des droits élémentaires des travailleurs (salaires, conditions d'emploi Ex: Foxconn en Chine) ; craignant de perdre des parts de marché elles mènent une guerre de l'image pour séduire les consommateurs.

     - part croissante de la richesse redistribuée aux acteurs financiers (actionnaires par le biais de dividendes) au détriment des travailleurs dont les salaires stagnent (capitalisme financier >capitalisme industriel) à cause des politiques de dérégulation et/ou de taux d'imposition dérisoires des grands groupes. L'association ATTAC par exemple propose des alternatives au modèle de développement dominant (instauration de la taxe Tobin pour aider au développement)

La pression médiatique des altermondialistes conduit à un début de mutation des comportements : l'économie sociale et solidaire compte 2 millions d'emplois en France, le microcrédit permet à plus de 200 millions de personnes pauvres dans le monde de réaliser leur projet de création d'entreprise. Le commerce équitable accroît les revenus de 2 millions de paysans des PVD (20% du café en GB).

- une pression environnementale inquiétante (épuisement des ressources – déforestation - , pollutions diverses, concurrence / eau potable dans le cas de Coca-Cola en Inde) Le règne du libre-échange et la baisse des coûts de transports conduisent à produire au loin ce que l'on pourrait fabriquer au plus près. Certains prônent le retour du commerce de proximité, la recherche de la qualité des produits notamment alimentaires (avec la remise en question de l'agriculture intensive) même s'ils sont un peu plus chers, plaident en faveur du développement des industries du recyclage, des énergies renouvelables ou des modes de transport moins énergivores (covoiturage)

- une uniformisation culturelle (world music / world food/ Hollywood) synonyme d'américanisation, que certains nomment « mac donaldisation » ou « disneylandisation » - très bien incarnée dans le téléphone mobile - et qui entraînerait une « apocalypse des traditions » selon les termes de Jean-Pierre Warnier. Mais ce processus a des effets paradoxaux. Selon le philosophe Debray on assiste à un retour en force des archaïsmes et traditions pour combler le vide d’appartenance crée par une "culture mondialisée" qui réduit de plus en plus le citoyen à une consommateur.

B- L'ambiguité croissante des frontières et de leur rôle

- Paradoxalement la mondialisation accompagne une “balkanisation” du monde et donc une multiplication des frontières étatiques (50 Etats en 1945, 195 aujourd'hui). Mais si les frontières sont plus nombreuses elles sont plus poreuses à cause du libre-échange et de la dérégulation financière.

- Ainsi les frontières deviennent davantage des interfaces (smart border entre E.-U. Et Canada) d'un point de vue économique tout en restant des régulateurs de flux migratoires dans la plupart des pays (Etats-Unis vis-à-vis du Mexique, Afrique du Sud / ses voisins du Nord , Israël et territoires occupés etc.). Une demande de frontière comme protection se fait plus vive dans de nombreux pays de la part des classes populaires (les plus faibles)."Là où il y a un faible et un fort, c'est toujours le faible qui demande une frontière. L'idéologie du sans-frontiérisme c'est l'idéologie du riche et du fort" (R.Debray)

Les frontières affaiblies à certains égards regagnent donc du crédit en lien avec un désir de souveraineté et/ ou de sécurité et gardent toute leur pertinence dans un certain nombre de domaines.

C- Les discussions autour du rôle des Etats

- Quelle doit être la place des Etats dans un système mondial qui consacre la montée en puissance d’acteurs non-étatiques ?

- UN CONSTAT : la mondialisation ne signifie pas la disparition des Etats dont l'importance dans l'économie mondiale reste à la fois stratégique et quantitativement importante (par exemple dans les échanges qui concernent les intérêts vitaux: énergies, armes, ressources alimentaires). Mais il est indéniable que l'Etat providence (« welfare state »)des pays occidentaux a été affaibli et que son incapacité à faire face aux dérèglements sociaux (délocalisations, importance accrue par la rentabilité financière) provoqués par la mondialisation est stigmatisée.

-L’IMPACT de la crise de 2008 : celle-ci a-t-elle réellement affaibli l'idéologie néolibérale dominante depuis les années 1980 ?

-L'État est à nouveau perçu comme un régulateur nécessaire des marchés et qui doit suppléer les insuffisances de l'économie voire donner des orientations et des soutiens. Mais en réalité il n'y a pas eu dans le monde des grandes "vagues" de nationalisations (sauf dans quelques pays d'Amérique du Sud comme la Bolivie ou le Venezuela) et de nombreux pays européens diminuent leurs dépenses publiques donc le rôle de l’État .

- Face à une compétition économique de plus en plus contraignante, le protectionnisme connaît un nouvel écho dans les opinions publiques des pays en difficulté (haut niveau de chômage).ex : Argentine, Brésil, Russie, Chine ou Inde. Selon l'OMC, le nombre de mesures protectionnistes initiées en 2011 s'élève à 340, contre 220 en 2010. En fait les droits de douanes n'ont jamais été aussi bas qu'actuellement.Il est vrai que les accords bilatéraux prennent le pas sur les accords multilatéraux.

- Les frontières étatiques restent structurantes même si en déclin indiscutable: l'instabilité de certaines régions et l'interdépendance accrue en font des lieux sensibles et de contrôle pour limiter l'immigration clandestine , les risques sanitaires, les trafics et la cybercriminalité ou bien sûr le terrorisme. EX : 18000 kms de frontières électroniques en 2009

D- Une gouvernance mondiale est-elle nécessaire?

- Avec le changement d'échelle des échanges donc des enjeux et des risques certains dont les altermondialistes défendent le projet de gouvernance mondiale, arguant que les états à leur niveau ne pourront pas relever seuls les défis de demain.

- L'idée n'est pas nouvelle: l'ONU crée en 1945 à la conférence de San Francisco porte en elle les principes de cette gouvernance globale où la défense de la paix et des droits de l'homme sont primordiaux. Aujourd'hui 193 états en font partie et une cinquantaine de programmes et organismes y sont liés (UNICEF, UNESCO, FMI etc.). Des conférences internationales se multiplient autour de grands thèmes comme l'environnement (Rio en 1992, Kyoto en 1997)

- Si les objectifs sont louables, l'efficacité n'est pas toujours au rendez-vous lorsqu'il s'agit d'empêcher des conflits et des massacres (génocide au Rwanda en 1994, guerre civile en Bosnie et en Haïti), ou de mieux réguler l'économie mondiale (FMI et OMC sont en panne tout comme la Cour pénale internationale). 

- Ce projet se heurte toutefois à des oppositions car il implique nécessairement des reculs de souveraineté. Les antimondialistes ou partisans de la démondialisation sont minoritaires mais gagnent du terrain: le vote du Brexit ou l'élection de Trump aux E-U rappellent que le processus de mondialisation et/ou de gouvernance globale n'est ni linéaire ni inéluctable.

 

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