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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 18:56


Fabriquer des carburants à partir des plantes a longtemps été considéré comme une solution d’avenir. Mais la montée en puissance des agrocarburants fragilise l’alimentation mondiale.

Pendant un siècle, l’économie mondiale s’est appuyée sur les combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel). Abondants, stables chimiquement – donc aisés à transporter –, pas chers, faciles à produire, les carburants issus des hydrocarbures représentent aujourd’hui 98 % de l’énergie utilisée dans les transports (routiers, ferroviaires, aériens). Mais le couple carburants fossiles/transports est considéré aujourd’hui comme ayant deux grands défauts. Même si la disparition du pétrole est très lointaine, il va se raréfier progressivement entraînant de possibles tensions géopolitiques entre pays producteurs – particulièrement au Moyen-Orient – et consommateurs ; et sa combustion dégage des quantités importantes de CO2, responsables en grande partie du réchauffement climatique (84 % des GES – gaz à effet de serre – viennent des émissions de CO2).

D’où la réactivation, il y a une vingtaine année, d’une idée ancienne : fabriquer des carburants à partir des plantes. « Réactivation » car on avait déjà utilisé des agrocarburants à la fin du xixe siècle et au début du xxe. Rudolf Diesel affirmait ainsi en 1912 que « les huiles végétales pourraient devenir aussi importantes que le pétrole aujourd’hui ». Et même si le pétrole fossile avait déjà gagné la partie en 1936, la France consommait encore à l’époque 400 millions de tonnes de bioéthanol. Mais la découverte des facilités des combustibles fossiles avait rapidement orienté différemment la production.

Quelles surfaces pour les biocarburants ?

Aujourd’hui, « il existe trois grandes filières d’obtention de biocarburants : la filière de l’éthanol, celle des huiles et celle des produits ligno-cellulosiques appelée aussi “de deuxième génération” car elle est en cours de mise au point alors que les deux premières sont fonctionnelles (1) ».
La première filière utilise les plantes capables de fabriquer du sucre (cannes et betteraves à sucre), la deuxième les plantes oléagineuses (soja, tournesol, colza mais aussi palmier à huile et jatropha). L’intérêt de ces filières est évident : la biomasse végétale peut fournir une énergie durable, n’est pas liée à une région mondiale particulière – donc ne crée a priori pas de tensions géopolitiques – et, en théorie, se révèle faiblement émettrice de CO2, car pendant leur culture, les plantes piègent autant de gaz qu’elles vont ensuite en émettre au moment de leur combustion. La consommation actuelle de biocarburant est de 15,5 millions de tonnes/an : 6,4 millions au Brésil, 6,8 aux États-Unis et 2 dans l’Union européenne.

Mais les biocarburants ont aussi une grande faiblesse : ils entrent en concurrence avec les cultures alimentaires à un moment où l’on assiste à une mondialisation des goûts et à une demande de plus en plus forte, en Chine et en Inde, de viande et de pain dont les productions sont fortement utilisatrices de terres agricoles.

 Si la France voulait remplacer 10 % des carburants pétroliers par des biocarburants, elle devrait y consacrer 2,7 millions d’hectares soit 18,5 % de sa surface agricole utile (SAU) contre 320 000 hectares actuellement qui couvrent 0,97 % des besoins en carburant. Dans l’état actuel de productivité des agrocarburants, il faudrait deux fois la surface totale de la SAU française pour couvrir l’ensemble des besoins en carburant.

Les aliénés du moteur à explosion

À l’échelle mondiale, la FAO a calculé que la SAU planétaire pourrait nourrir environ 10 milliards d’individus. Il faudrait donc trois planètes Terre – toujours dans les termes de productivité actuelle – pour couvrir à la fois la demande alimentaire et les besoins en biocarburants.

Comme le dit Fabrice Nicolino dans un pamphlet récent (2), à la fois essai, enquête et dénonciation apocalyptique de la concurrence agrocarburants/agroalimentaire : « Tout l’édifice repose sur elle, la bagnole. Sur le désir fou des humains d’avoir à portée de main cet énorme engin dévoreur d’espaces et de ressources. Les biocarburants, c’est pour elle. Et pour nous, les aliénés du moteur à explosion. L’explosion est là, d’ailleurs. »

 

                                                                                                                                                             René-Eric Dagorn

NOTES :

(1) Paul Mathis, Quel avenir pour les biocarburants ?, Le Pommier, 2007.

(2) Fabrice Nicolino, La Faim, la bagnole, le blé et nous. Une dénonciation des biocarburants, Fayard, 2007.


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Published by Profhistgéo - dans Géographie seconde
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