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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

"On se fait généralement du progrès une idée fort élémentaire"

 

Régine Pernoud (1909-1998), historienne

"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 11:29
"En conformité avec ses objectifs, la société occidentale a choisi la forme d'existence qui était pour elle la plus commode et que je qualifierai de juridique. Les limites (forts larges) des droits et du bon droit de chaque homme sont définies par un système de lois. A force de s'y tenir, de s'y mouvoir et d'y louvoyer, les Occidentaux ont acquis une bonne dose de savoir-faire et d'endurance juridique.
Tout conflit reçoit une solution juridique, et c'est là la sanction suprême. Si un homme se trouve juridiquement dans son droit, on ne saurait lui demander plus.
Allez lui dire après cela, qu'il n'a pas entièrement raison, allez lui demander de consentir un sacrifice ou de courir un risque gratuit... vous l'aurez l'air complètement idiot.
L'autolimitation librement consentie est une chose qu'on ne voit presque jamais: tout le monde pratique l'auto-expansion, jusqu'à ce que les cadres juridiques commencent à émettre de petits craquements (juridiquement les compagnies pétrolières sont sans reproche lorsqu'elles achètent le brevet d'invention d'une nouvelle forme d'énergie afin de pouvoir l'étouffer. Juridiquement sans reproche, ceux qui empoisonnent les produits alimentaires afin de prolonger leur durée de conservation: le public reste toujours libre de ne pas acheter).
Moi qui ai passé toute ma vie sous le communisme, j'affirme qu'une société où il n'existe pas de balance juridique impartiale est une chose terrible. Mais une société qui ne possède en tout et pour tout qu'une balance juridique n'est pas, elle non plus, vraiment digne de l'homme. Une société qui s'est installée sur le terrain de la loi, sans vouloir aller plus haut, n'utilise que faiblement les facultés les plus élevées de l'homme. Le droit est trop froid et trop formel pour exercer sur la société une influence bénéfique. Lorsque toute la vie est pénétrée de rapports juridiques, il se crée une atmosphère de médiocrité morale qui asphyxie les meilleurs élans de l'homme.
Et face aux épreuves du siècle qui menace, jamais les béquilles juridiques ne suffiront à maintenir les gens debout"
                                                                        Alexandre Soljenitsyne, Le déclin du courage, 1978
Judiciarisation des sociétés occidentales: progrès ou perversion ?
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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 09:06

En 1977 les actualités de TF1 évoquent la réunion du groupe de réflexion appelé Bilderberg.

Les questions sont plus nombreuses que les réponses, mais cela n'en reste pas moins intéressant car les reportages sur les activités de ce "thinks tank" sont rarissimes.

https://www.youtube.com/watch?v=KoJ9ENRz1Wo

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 12:02

 

INTRODUCTION

Dans les années 1960 l'Asie, en proie aux guerres et à la pauvreté extrême, était le continent dont l'avenir était le plus compromis. Cinquante ans plus tard, dans le contexte de la mondialisation, il est devenu la locomotive de la croissance mondiale avec des puissances établies comme le Japon et émergentes, comme la Chine ou l'Inde.

Cette situation très encourageante ne doit pas pour autant occulter les immenses défis auxquels doivent faire face les habitants de la région. Ainsi convient-il de s'interroger : la croissance économique rapide est-elle forcément au service du développement , c'est-à-dire du bien- être des populations;  en d'autres termes est-elle durable ?

Pour répondre à cette question essentielle il conviendra tout d'abord de présenter les aspects et les causes de la croissance économique de l'Asie du Sud et de l'Est, puis d'analyser les difficultés d'une partie importante de la population, enfin de mettre en évidence les risques environnementaux et politiques liés à cette course à la croissance.

 

1- La région qui tire la croissance économique mondiale

Cette première partie relaie le mot "croissance" de l'intitulé et vise donc à démontrer que l'espace étudié connaît une croissance économique très rapide.

A- L'intégration dans la mondialisation de l'Asie du Sud et de l'Est (CONSTAT)

- Espace Pacifique est devenu l'espace le plus dynamique dans le cadre de la mondialisation. En 2015 la région = 40% du PMB (produit mondial brut) Les États moteurs = Japon, les Dragons et les Tigres + Chine et Inde.

- Depuis 2000, la croissance de la région = x4.5 celle de la zone euro.

- FTN asiatiques de plus en plus puissantes et nombreuses: ACER, TATA, HYUNDAI, SAMSUNG, TOYOTA etc.

B- Des facteurs explicatifs multiples 

- Essor très important des échanges (puissance commerciale) et des productions grâce à la DIT (division internationale du travail) qui conduit aux IDE / délocalisations d'entreprises occidentales pour profiter d'un coût de main d'oeuvre très avantageux. 

- Stratégies de décollages successifs (« oies sauvages » débuté par le Japon puis copié par les Dragons et la Chine qui suivit le processus de manière accélérée) d'où un rattrapage technologique (industries de pointe très performantes au Japon, chez les Dragons et désormais en Chine)  et pays ateliers (Vietnam, Indonésie) / Chine devenue « l'usine du monde » / Inde « bureau du monde »

- Un effort considérable sur le système d'éducation: désormais l'Asie forme des élites (chercheurs, ingénieurs, professeurs,  médecins etc.) comparables ou supérieures à celles des pays de la Triade hors Japon. Ex: résultats exceptionnels des élèves de Singapour, Taiwan, Shanghai ou Corée.

C- Le circuit intégré asiatique

- L'essor économique s'explique aussi par l'intégration croissante des économies régionales. 

-des échanges intra-régionaux en forte croissance (désormais plus de la 1/2 des échanges globaux de la zone) / notion de "corridor économique" / ASEAN / Organisation de Shanghai / « Chindia »

 

2- Des difficultés importantes pour les populations de la région

Cette seconde partie est liée au terme "défi" du sujet. Elle traite les problèmes principaux des populations

A- Des progrès incontestables

- baisse de la fécondité par le planning familial (Ex: Inde) ou des politiques volontaristes ("enfant unique" en Chine) et la scolarisation des filles / augmentation des revenus / quasi-disparition des crises alimentaires (famines)

B- Les défis démographiques

- vieillissement ("choc argenté") / sex-ratio préoccupant en Inde ("fondamentalisme démographique") et en Chine : environ 120 hommes pour 100 femmes / dans certains pays la croissance assez rapide de la population (Philippines, Indonésie) est problématique.

C- Les problèmes liés à la métropolisation

- exode rural, urbanisation souvent incontrôlée – bidonvilles- , pollutions, circulation chaotique, insécurité = violences + fragilisation / catastrophes naturelles. Ex: Mumbai, Djakarta, Manille, Shanghai 

D- Des inégalités sociales croissantes sources de tensions

- 40% de la pop. de l'Asie du Sud vit avec moins de 1.25$/jour, 17% en Asie de l'Est

- écart croissant des niveaux de vie entre villes et campagnes / littoraux et zones continentales (différence de 1 à 10 en Chine)

- Des IDH qui restent moyens dans la plupart des pays sauf dans le cas du Japon et des Dragons

- des mouvements sociaux plus fréquents comme en Thaïlande ("chemises rouges"), Cambodge ou Bangladesh

Conclusion provisoire: on a donc une croissance sans développement satisfaisant pour une majorité de la population.

 

3- Des menaces sérieuses : l'environnement et les rivalités régionales

Cette troisième et dernière partie répond à la question des "défis" dans les domaines environnemental et géopolitique

A- L'environnement sacrifié sur l'autel de la croissance: la durabilité du modèle de croissance compromise

- Situation très préoccupante dans tous les domaines environnementaux

- Epuisement des ressources qui conduit la Chine à l'achat de terres rares et agricoles notamment en Afrique / déforestation (Indonésie)

- Pollutions diverses qui ont d'ores et déjà des effets sanitaires graves (surmortalité en Chine par ex à cause de la pollution de l'air) 

RQ: les émissions de CO2/ hab (le CO2 n'étant pas un facteur polluant mais d'effet de serre) de la zone restent toutefois inférieures à celle de la plupart des pays occidentaux ou du Moyen-Orient.

B- Une région où les tensions politiques demeurent

- Idée fondamentale: pour répondre aux besoins croissants des Etats entrent en conflit pour la maîtrise de richesses naturelles (voir les problèmes de ZEE entre Chine et Japon / Chine et Vietnam / Malaisie pour des îles à cause de la présence avérée de ressources pétrolières). 

- La croissance rapide des deux géants (Chine et Inde) conduit à exacerber les tensions entre ceux-ci ("stratégie du collier de perle" de la Chine pour encercler l'Inde) et inquiète les voisins.

- Conséquence: des budgets militaires en forte augmentation dans la plupart des pays

 

CONCLUSION

La région connaît depuis une vingtaine d'années un véritable miracle économique dont le prix à payer en terme d'équilibre sociétal et environnemental est élevé.

L'urbanisation galopante qui accompagne l'essor économique crée de nouvelles difficultés insolubles pour les habitants. Ceux-ci globalement plus aisés en ville qu'en milieu rural sont encore nombreux à vivre sous le seuil de grande pauvreté. En outre, les problèmes environnementaux se cumulent et si un début de réaction des autorités publiques a eu lieu, il semble encore bien timide pour faire face aux conséquences déjà palpables de la croissance explosive.

Pour l'instant condamnée à copier un modèle de développement traditionnel issu des pays occidentaux qui continuent largement à l'appliquer eux-mêmes, les responsables politiques de l'Asie devront sans doute changer de paradigme pour répondre plus efficacement aux besoins essentiels de leurs citoyens, liés de fait au destin de leur environnement écologique.

 

 

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 23:28

« L'incompréhension du présent naît fatalement de l'ignorance du passé. »

Marc Bloch

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 21:50
Elèves américains chantant l'hymne national face au drapeau dans une classe

Elèves américains chantant l'hymne national face au drapeau dans une classe

"Laissons de côté ce qui nous sépare, approfondissons ce qui nous unit ? "

 

Les hommes de coeur qui mondialisent à l'envi ne veulent pas les conséquences de ce qu'ils veulent. Ils voudraient le nous sans le eux, et l'Europe sans les guichets "non membres de l'UE" à l'aéroport. L'identité sans la frontière. Comme si l'on pouvait avoir le tranquillisant sans l'excitant, le chic sans le moche, la soudure sans la coupure. Tous les bénéfices de l'indivision en interne sans les inconvénients en externe. Le principe de plaisir sans rien à payer. Pathos lénifiant (la salle applaudit) mais bientôt inopérant (la salle conspue)

Quant aux fabricants de Meccano institutionnels, ils veulent l'horizontale sans la verticale, la puissance américaine sans la religiosité américaine, le contrepoids du dollar avec une devise sans devise, les Etats-Unis d'Europe sans le serment au drapeau du matin, main sur le coeur, dans toutes les écoles. Les enfants gâtés du relativisme voudraient l'agglutinant sans le transcendant, le conjonctif sans le disjonctif, le dedans sans le dessus.

Même s'ils appellent "réalisme" leur principe de plaisir à eux, nos technocrates, malgré l'air pincé, l'attaché-case et la cravate, sont aussi étrangers à la pratique que les éthérés qui parlent de donner une âme à l'Europe en oubliant que l'âme, cela ne s'ajoute ni ne se fabrique, cela se retrouve.

Régis Debray, Le feu sacré, Identités p251, Folio Essais, 2003

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 18:00
La rapport qui a servi de prétexte à la guerre en Irak (2003) enfin déclassifié

Le rapport des services américains de renseignement, utilisé par l’administration Bush pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003, a été rendu public jeudi. Rien n’y indique que l’Irak avait des armes de destruction massive.Rien n’y indique que l’Irak avait des armes de destruction massive.

 

C’était le 7 octobre 2002. George W. Bush, alors président des États-Unis, avait déclaréque l’Irak de Saddam Hussein "possède et produit des armes biologiques" tout en "poursuivant un programme d’armes nucléaires". Le chef de l’exécutif américain assurait s’appuyer sur des renseignements solides et de première main pour alimenter ses accusations justifiant, selon lui, une intervention militaire américaine. 

Beaucoup aété ditet écrit sur lecaractère exagéréoumensongerdes affirmations américaines de l’époque pour envahir l’Irak. Mais la preuve définitive du fait que l’administration Bush savait que le régime de Saddam Hussein ne développait pas toutes ces armes de destruction massive tout en hébergeant des membres d’al-Qaïda n’a jamais pu être produite… jusqu’à maintenant.      

"Pas les moyens pour fabriquer des armes nucléaires"

Le site américain Vice a en effet publié, jeudi 19 mars, le rapport de 2002 sur la menace irakienne, non-censuré et complet, issu des services américains. Ce document cité par George W. Bush et ses ministres était resté "top secret" depuis 13 ans.

À sa lecture, on comprend les réticences des autorités américaines. Concernant les armes chimiques, les espions américains notaient seulement que l’Irak avait "rénové une usine de fabrication de vaccins" et détenait toujours des stocks de certains gaz dangereux (comme le sarin), mais qu’il n’y avait pas d’autres indices laissant supposer que Bagdad avait relancé un éventuel programme d’armes biologiques.

Saddam Hussein n’avait, selon les auteurs de ce rapport, "pas les moyens pour fabriquer des armes nucléaires"... même si les agents américains jugeaient qu’il en avait envie. Dans sa conclusion, l’assistant au secrétaire d’État au renseignement affirme que l’utilisation par Saddam Hussein d’armes de destruction massive est "peu probable", un ton bien moins affirmatif que le président va-t-en-guerre George W. Bush.

Al-Qaïda en Irak : des "preuves irréfutables" et "très discutables"

Le ton n'est pas non plus le même concernant l'éventuelle collusion entre Saddam Hussein et Al-Qaïda. Si Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense de l’administration Bush, avait affirmé que les services de renseignement lui avaient fourni des "preuves irréfutables" du fait que l’Irak abritait, en connaissance de cause, des membres de l’organisation terroriste, les auteurs du rapport écrivent que "la présence d’agents d’Al-Qaïda en Irak est très discutable".

Ils soulignent à plusieurs reprises que les sources fiables manquent pour étayer la thèse d’une collaboration entre le régime irakien et les terroristes du mouvement d’Oussama Ben Laden. "Saddam Hussein est très suspicieux à l’égard de tout ce qui touche à l’islamisme radical", rappelaient même les agents du renseignement.

Pour les auteurs, une collaboration entre le régime irakien et Al-Qaïda aurait pu provenir... d’une opération militaire américaine. "En cas d’attaque américaine, Saddam Hussein pourrait, s’il est désespéré, s’en remettre à une organisation comme Al-Qaïda [...] et juger qu’aider une organisation islamiste radicale à attaquer les États-Unis serait sa meilleure chance de se venger", écrivent les services du renseignement.

Très mauvaise image du renseignement américain

Ce document explosif a été obtenu par John Greenewald, un Américain qui traque les documents classifiés et répertorie ceux qu’il réussit à obtenir sur sonsite The Black Vault (le coffre fort noir). Il l’a ensuite confié à Vice. 

Ce n’est pas la première fois que ce célèbre rapport de 2002 fait l’objet d’une demande de déclassification, mais la première version rendue publique, en 2004, avait été largement censurée pour des raisons de "sécurité nationale".

Les réticences des autorités américaines à rendre ce rapport public dans son intégralité ne visaient pas qu'à protéger l’administration Bush. Le document donne aussi une très mauvaise image du renseignement américain qui manquait d'informations fiables. Avant même sa publication par Vice, l’institut américain de recherches et d’analyses RAND estimait dans une étude sur le renseignement américain qu’en "l’état actuel de nos connaissances, les conclusions sur la présence d’armes de destruction massive en Irak font partie des pires travaux réalisés par les services de renseignement, en partie à cause de la pression politique de l’époque".

Le rapport de 2002 est, en effet, truffé de mises en garde sur l’absence ou la mauvaise qualité des sources pour confirmer telle ou telle information. Malgré la prudence de ses auteurs, c’est bien ce document qui a servi de prétexte, en 2003, à une guerre qui continue à faire des victimes et a coûté,d’après le ministère américain de la Défense, plus de 750 milliards de dollars aux États-Unis.

Par Sébastien SEIBT , 20/03/2015, http://www.france24.com 

 
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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 22:22
L’Irak, l’Iran et la fin du pétrodollar ?

Le pétrodollar est devenu la clé de l’hégémonie économique américaine dans les années 1970.

Un pétrodollar est un dollar gagné par un pays grâce à une vente de pétrole. Entre 1972 et 1974, le gouvernement des États-Unis promettait à l’Arabie Saoudite, dans le cadre de la Commission économique américano-saoudienne, d’apporter à la dynastie des Saoud son soutien technique et militaire, en échange de quoi l’Arabie Saoudite s’engageait à n’accepter que des règlements en dollars pour son pétrole. Cet accord, autour duquel aucune publicité n’a été faite et que le public comprend mal, permettait à la famille régnante en Arabie Saoudite d’obtenir la sécurité dont elle rêvait dans une région pleine de périls et fournissait aux États-Unis un allié sûr et essentiel parmi les membres de l’OPEP. L’Arabie Saoudite est le plus gros producteur de pétrole de l’OPEP, où elle occupe une position prépondérante. Elle est aussi le seul membre de ce cartel à ne pas être tenue de respecter un quota de productivité. C’est un « producteur fluctuant », ce qui signifie qu’elle peut augmenter ou diminuer sa production de pétrole pour provoquer une pénurie ou saturer le marché mondial. Par voie de conséquence, c’est pratiquement l’Arabie Saoudite qui détermine le prix du pétrole. Peu de temps après l’accord entre les États-Unis et le gouvernement saoudien, les autres pays de l’OPEP décidèrent de fonctionner selon le même principe et depuis cette date toutes les transactions pétrolières se font en dollars. Le standard pétrolier était devenu celui du dollar.

Pourquoi cela revêt-il une telle importance ?


Le pétrole n’est pas seulement le produit le plus important de tous les échanges internationaux. C’est le moteur de l’industrie, sans lequel aucune économie moderne ne peut fonctionner. Si l’on ne possède pas de pétrole, on est obligé d’en acheter, et si l’on veut l’acheter sur les marchés mondiaux, on est communément obligé de le payer en dollars. Les autres pays traitent les dollars comme l’or, ils les achètent et les accumulent, parce que sans dollars, ils ne peuvent pas acheter de pétrole. En 2002, un ancien ambassadeur des États-Unis en Arabie Saoudite déclara ceci à une commission du Congrès américain : « Ce que les Saoudiens auront accompli de plus remarquable, sur le plan historique, aura été entre autres d’insister pour que le prix du pétrole continue d’être en dollars, en partie par amitié pour les États-Unis. Ce qui fait que le Trésor américain peut émettre de la monnaie et acheter du pétrole, une prérogative unique par rapport aux autres pays. »Ce système, qui fait du dollar la monnaie de réserve pour les échanges pétroliers a pour conséquence de maintenir la demande en dollars « artificiellement » forte. Cela permet aux États-Unis d’émettre des dollars à un coût quasiment nul pour financer des dépenses militaires plus importantes ainsi que la consommation de produits d’importations. Il est possible, en théorie, d’émettre des dollars en quantité illimitée. Tant que les États-Unis n’ont pas de rival sérieux et tant que les autres pays font confiance au dollar, le système se perpétue.

C’est ce contexte qui a servi de base essentielle à l’hégémonie économique des États-Unis depuis les années 1970. Cela va sans dire, ce système permet à l’administration américaine de contrôler avec efficacité le marché pétrolier mondial. Le pétrodollar est l’une des bases fondamentales de l’économie mondiale moderne qui rejaillissent inévitablement sur la géopolitique. Tandis que, pour les élites politiques et économiques des États-Unis, il a été source d’avantages indéniables, il a lié inextricablement le destin de l’économie américaine au devenir du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale.

Dans ces conditions, les dollars s’accumulèrent rapidement dans les banques étrangères, particulièrement celles qui desservaient les pays exportateurs de pétrole. Ces pétrodollars eurent une conséquence supplémentaire ; en effet contrairement à l’Europe occidentale et au Japon, la plupart des pays exportateurs de pétrole étaient limités en matière de consommation et de développement au plan national. C’est cette donnée qui amena l’administration Nixon à persuader ces pays d’ acheter des obligations et des bons du trésor américains, stratégie que les administrations suivantes adoptèrent pour réduire une balance des paiements fortement déficitaire. En effet les exportateurs de pétrole ont pu réinjecter ces pétrodollars dans le système économique des États-Unis avec un risque zéro.

«Tant que le pétrole de l’OPEP était libellé en dollars et tant que l’OPEP investissait ses dollars dans des placements du gouvernement américain, ce dernier bénéficiait d’un double prêt. La première partie de ce prêt concernait le pétrole : le gouvernement pouvait émettre des dollars pour payer le pétrole, ce qui dispensait l’économie américaine de produire des biens et des services en échange du pétrole jusqu’à ce que l’OPEP achète des biens et des services avec ces dollars. Il est évident que cette stratégie ne pouvait fonctionner que si le dollar était utilisé pour les transactions pétrolières. La seconde partie du prêt concernait toutes les autres économies, contraintes de payer leur pétrole en dollars mais n’ayant pas la possibilité d’en émettre. Ces économies étaient obligées d’échanger leurs biens et services contre des dollars afin de pouvoir acheter à l’OPEP. » (David E. Spiro, The Hidden Hand of American Hegemony : Petrodollar Recycling and International Markets, Ithaca : Cornell UP, 1999, p. 121)

Pendant longtemps, tout se passa sans encombre. Toutefois, la fin du bloc soviétique, l’émergence d’une nouvelle Europe unifiée ainsi que la création de l’Union monétaire européenne au début des années 1990 entraînèrent en une remise en question sans précédent de la situation de leader mondial des États-Unis. En particulier la création de l’euro fin 1999 ajouta une donnée entièrement nouvelle au système financier mondial. La création de l’euro est l’événement qui a le plus marqué les marchés financiers mondiaux depuis l’abandon de la couverture-or du dollar par les États-Unis en 1971. Quelques années à peine après sa naissance, l’euro constitue une réelle alternative, devenant la deuxième monnaie mondiale sur les marchés financiers.Si une partie importante des échanges pétroliers se déroulaient en euros et non plus en dollars, bien plus de pays seraient amenés à détenir de plus grandes quantités d’euros dans leurs réserves. D’après un rapport du groupe HSBC de juin 2003, un abandon du dollar, même limité, ou une modification des flux entraînerait des conséquences importantes. Le dollar serait alors obligé de se mesurer à l’euro dans la conquête du capital mondial. Non seulement l’Europe n’aurait plus besoin de dollars, mais le Japon, qui importe 80% de son pétrole du Moyen Orient, devrait convertir en euros ses actifs en dollars. Les États-Unis, l’un des principaux importateurs de pétrole du monde, se verraient également obligés de détenir une réserve conséquente d’euros, ce qui entraînerait des conséquences désastreuses pour les tentatives américaines de gestion monétaire : l’administration des États-Unis serait forcée de modifier de manière significative sa politique actuelle en matière de taxes, de déficit et de commerce, tous domaines qui connaissent à l’heure actuelle la plus grande instabilité.Aujourd’hui les Américains dépensent 700 milliards de dollars de plus qu’ils ne produisent, ils sont donc obligés d’emprunter cette somme. Cela signifie que chaque citoyen américain dispose de biens d’importation dont la valeur excède de 3000 dollars ses revenus . Les États-Unis obtiennent cette somme rondelette des banques centrales de la Chine, du Japon et des pays européens, parce que celles-ci détiennent des réserves en dollars. À l’heure actuelle, la Chine est le plus gros détenteur de devises américaines, avec $853.7 milliards de dollars, le Japon vient en deuxième avec plus de 850 milliards d’actifs en dollars. Le reste du monde est donc constitué de vendeurs - la Chine, le Japon et l’Union Européenne. Le reste du monde investit, produit, exporte vers les États-Unis et leur prête de plus en plus d’argent. Le rapport du FMI de 2005 souligne la fragilité croissante de l’économie américaine. Il souligne le fait que l’économie américaine dépend de plus en plus de ce que le rapport du FMI qualifie « d’emprunts sans précédent » à l’étranger.Le rapport affirme ensuite que la position déficitaire des États-Unis est intenable à long terme. Le 14 mars 2006 David M. Walker, Contrôleur général des États-Unis, a lancé une mise en garde concernant la détérioration de la situation financière de son pays, affirmant que « de trop nombreux Américains - des consommateurs aux élus - dépensent aujours’hui sans souci du lendemain. De nombreux Américains, à l’image de leur gouvernement, vivent au dessus de leurs moyens et sont gravement endettés ». Quel est le rapport entre tout ceci et l’Irak et l’Iran ?

Le récent conflit en Irak nous permet d’étudier le lien entre le rôle de monnaie de réserve du dollar et les relations des États-Unis avec les pays producteurs de pétrole. Le 6 novembre 2000, alors que les Américains étaient absorbés par les résultats controversés du scrutin présidentiel en Floride, le gouvernement irakien annonça qu’il allait cesser d’accepter les paiements en dollars pour le pétrole vendu dans le cadre du programme Pétrole contre Nourriture et qu’il avait décidé que l’euro serait désormais la monnaie utilisée dans les transactions pétrolières de l’Irak - utilisant ainsi de l’« arme secrète » de l’Irak. 

C’était la première fois qu’un pays de l’OPEP osait violer la règle des prix libellés en dollars.

Depuis cette époque, l’euro a pris de la valeur et le dollar n’a cessé de chuter. Cela fait un certain temps que la Lybie appelle à utiliser l’euro plutôt que le dollar pour les transactions pétrolières. En 2001, l’ambassadeur du Vénézuéla en Russie a mentionné la possibilité que son pays adopte l’euro pour toutes ses ventes de pétrole. L’Iran, la Russie et d’autres pays ont également indiqué être désireux de recevoir des euros en échange de leur brut. Le marché pétrolier étant crucial pour l’hégémonie américaine, ces intentions constituent de très graves menaces potentielles pour la solidité de l’économie américaine ainsi que pour l’hégémonie des États-Unis au niveau mondial.Les États-Unis, avec leurs alliés britanniques, sont intervenus militairement en Irak en mars 2003 et ont mis en place leur propre administration pour diriger le pays. Il se pourrait bien que l’Histoire se souvienne de l’invasion de l’Irak et de l’occupation qui s’en est suivie comme de la première « Guerre des pétrodevises ». Nous disposons dès à présent de preuves innombrables que l’invasion de l’Irak était moins motivée par la menace qu’aurait constitué le programme d’armes de destruction massive de Saddam ou, a fortiori, par le désir de combattre le terrorisme international que par la volonté de prendre le contrôle des réserves pétrolières irakiennes, et, ce faisant, de conserver au dollar américain sa place de monnaie dominante sur le marché pétrolier international. En juin 2003 Paul Wolfowitz, alors secrétaire adjoint à la Défense, à qui l’on demandait pourquoi l’Irak, qui ne possédait pas d’armes de destruction massive, avait été envahi alors que la Corée du Nord qui affirmait détenir des moyens de dissuasion nucléaire ne l’était pas, répondit que la principale différence entre la Corée du Nord et l’Irak résidait dans le fait que sur le plan économique, [les États-Unis n’avaient] pas d’autre choix que d’intervenir en Irak. Bien entendu, c’est un ensemble complexe de facteurs et de motivations qui a conduit le gouvernement américain à faire la guerre en l’Irak. Il semble bien que le maintien du dollar dans son statut de monnaie dominante des échanges pétroliers a joué un rôle décisif, peut-être le rôle déterminant, davantage encore que le désir de contrôler le pétrole lui-même.Deux mois après l’invasion, les comptes irakiens en euros furent à nouveau changés en dollars et il fut annoncé qu’une fois de plus, seuls les dollars américains seraient acceptés en règlement du pétrole irakien. Le dollar avait encore une fois retrouvé son statut de monnaie dominante.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Il arrive fréquemment que les guerres ne se passent pas comme prévu.Ironiquement, l’invasion de l’Irak et ses « milliers » d’erreurs « tactiques » - ainsi que l’a récemment admis la secrétaire d’État Condoleeza Rice - avait pour but d’assurer et de renforcer la position dominante des États-Unis dans la période post-Guerre Froide. Fait paradoxal, malgré toutes ces avancées militaires et politiques et la mainmise de plus en plus ferme du pouvoir militaire des États-Unis en Eurasie, pour diverses raisons économiques et politique un nombre croissant de producteurs de pétrole au Moyen Orient, en Amérique du Sud et en Russie parlent de libeller ouvertement en euros et non plus en dollars leurs transactions pétrolières ou de lier son prix à un panier de devises. Ces mesures accéléreraient la chute du dollar et renforceraient la position de l’euro comme deuxième monnaie de réserve. Si la solidité de l’économie d’une nation se résumait à celle de sa monnaie, et si le dollar continuait à se dévaluer, l’économie américaine irait droit dans le mur vu la conjoncture.Les États-Unis et autres pays occidentaux sont capables, grâce à leur supériorité militaire, de s’emparer du pétrole irakien (et iranien), cependant cette supériorité ne suffit pas à garantir qu’ils le conserveront. Loin d’empêcher le dollar de chuter, il est possible que leur agressivité et leur arrogance produise le résultat inverse, en incitant les pays de l’OPEP à opter en bloc pour l’euro. Depuis 2001 les dépôts en euros des pays de l’OPEP ont connu une nette augmentation au détriment des dépôts en dollars. Les dépôts libellés en dollars, qui représentaient 75% de la totalité des dépôts au début du deuxième semestre 2001, sont tombés à 61.5% à la fin du deuxième semestre 2004. Au cours de cette même période, la part des dépôts libellés en euros est passée de 12% à 20%.Pendant ce temps, nombreux seront les morts et les blessés. En Irak, par exemple, « les chiffres des pertes civiles n’ont cessé d’augmenter inexorablement depuis le début de l’invasion des forces armées sous commandement américain » Ceux qui se berçaient de l’espoir qu’une victoire militaire des États-Unis en Irak résulterait, on ne sait comment, en un monde plus paisible vont tomber de haut. Les chiffres révélés par le Projet Irak Body Count (IBC) ( www.iraqbodycount.org/background_fr.php ) le 9 mars 2006 montraient que le nombre total de victimes civiles a augmenté année après année depuis le 1er mai 2003 (date à laquelle le président Bush avait annoncé que « les opérations militaires d’envergure avaient pris fin »).

En février dernier, l’administration Bush a rebaptisé sa « Guerre Mondiale contre le Terrorisme » la « Longue Guerre ». Dans le cadre du rapport sur la sécurité qu’il présente au Congrès tous les quatre ans, le Pentagone vient de nouveau de pondre une « analyse des menaces » totalement hyperbolique, où il est affirmé que la menace que constitue le militantisme islamique dans le monde s’est aggravée et que la guerre à vaste échelle, à fronts multiples qu’il faut mener contre elle durera plusieurs décennies, [1] d’où la nouvelle appellation.

Par Bulent Gokay, 30 mai 2006

​Bulent Gokay est Maître de Conférence en Relations en Internationales, à la School of Politics, International Relations and Philosophy, Keele University - Royaume-Uni.On peut lui écrire à cette adresse : b.gokay@intr.keele.ac.uk ...- Source : La Pravdahttp://english.pravda.ru- Traduction : Catherine-Françoise Karaguézianwww.egueule.com pour Le Grand Soir.

Evolution de la valeur réelle du $ depuis 1900

Evolution de la valeur réelle du $ depuis 1900

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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 13:36

Les Sumériens et leurs successeurs Akkadiens possédaient une culture exceptionnellement avancée, on leur doit notamment :

 

- la fondation des premières cités-États (Ur, Lagash, Uruk, Umma, etc.) ;

carte1

- le premier système politique à deux assemblées ;

- le travail du cuivre ;

- l'invention de la roue 

- l'utilisation de la brique dans la construction d'habitations ;

- la première architecture religieuse connue (temples puis ziggourats) ;

- le développement de la statuaire ;

IH020451- la glyptique (art de graver sur des pierres fines) ;

- l'écriture, à la base des chiffres, après pictographique, puis cunéiforme ;

Contrat 751px-Sales Shuruppak Louvre AO3760

- les mathématiques et l'écriture des nombres en système sexagésimal : numération sumérienne ;

- le premier système scolaire ;

- les premières formes d'esclavage ;

- le commerce et la notion d'argent ;

- l' invention de la bière (sikaru) et par la même occasion de l'alcool.

 

                                                                                                              Article Wikipédia

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 19:54

Montrez que le terme "démocratie" peut s'avérer être flou et essayez d'enrichir l'analyse de Régis Debray en évoquant deux grands types de fonctionnement démocratique

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 21:36
Les trente glorieuses en France, un contexte de libération de la femme ?

En 1949 un ouvrage pionnier "le deuxième sexe" de Simone de Beauvoir fait scandale en dénonçant l'aliénation de la femme. Dans les années 60 les mouvements féministes se développement mais ils ont surtout un impact sur les milieux intellectuels.

Dans les années 70 le mouvement féministe se radicalise avec le M.LF. et contribue à faire évoluer la législation contre l'avortement, mais s'essoufle ensuite. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à occuper un emploi: leur taux d'activité passe de 36% en 1954 à 45% en 1984, cette évolution étant surtout rapide depuis 1970.

Mais elle est ambigüe. Il ne faudrait pas l'identifier sommairement avec une conquête du féminisme. Certes, c'est les cas pour les femmes qui ont pu pousser des études plus loin que ne l'avaient fait leurs mères et qui peuvent se réaliser dans des activités valorisantes de cadres, enseignantes, médecins, avocates etc.

Néanmoins, pour beaucoup, l'exercice d'un métier est une nécessité économique qui n'enrichit pas la vie personnelle, mais ajoute aux fatigues d'un travail hors de la maison celle de la tenue d'un ménage: car en fait la répartition des tâches ménagères entre les hommes et les femmes n'évolue que lentement. Comme au XIXe siècle les femmes occupent les emplois les moisn rémunérés, et même à qualification égale, sont moins payées que les hommes et ont moins d'espoir de promotion.

P. Verley, Histoire Terminale, Belin, 1988

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