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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

"On se fait généralement du progrès une idée fort élémentaire"

 

Régine Pernoud (1909-1998), historienne

"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 21:51


« Quant à l’exigence de la vérité, elle suppose le respect le plus strict des règles de la profession, règles intellectuelles, déontologiques, éthiques, tout aussi impératives en situation d’enseignement. Car il n’y a pas fondamentalement de différence de nature entre la responsabilité de l’historien et celle de l’enseignant, tous deux médiateurs entre passé et présent, savoirs et société et, ce faisant, reconnus par leur fonction comme ayant compétence de faire progresser la connaissance. (…)  L’historien n’est pas un juge. »

Antoine Prost

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 19:26

mariagegrece

Représentation d'un mariage dans la Grèce antique

 

Dans la civilisation minoenne de Crète (XVè-XIIè s. av. J-C), les femmes jouissent d'une grande liberté et participent aux activités publiques. A l'époque homérique (Xè-VIIIè s. av. J-C), les femmes jouent aussi un rôle important dans la société: dans l'Iliade et l'Odyssée, les épouses conseillent leurs maris et sont capables de diriger un royaume.

C'est le cas de Pénélope qui règne sur Ithaque en l'absence d'Ulysse. Cette importance remarquable des femmes a fait penser que les Grecques ont toujours disposé d'une place exceptionnelle. En fait,  quelques siècles après ces périodes archaïques, les choses ont bien changé et, dans la plupart des cités grecques, les femmes sont subordonnées aux hommes et dépendantes d'eux.

Même à Athènes, qui se vante de posséder la démocratie idéale, les filles et les épouses de citoyens, donc de naissance libre, n'ont aucun droit politique ou juridique. Elles restent toute leur vie des éternelles mineures placées sous l'autorité de leurs "maîtres", leurs pères, époux ou fils aînés. Elles n'ont pas leur mot à dire pour leur mariage, décidé par leur père ou leur tuteur. La grecque vit avec les autres femmes de sa maison confinée dans le gynécée, l'appartement qui leur est réservé. Elle ne va pas à l'école et la plupart des Grecques sont quasiment analphanètes. elle ne sort pour ainsi dire jamais du gynécée et ne va à l'extérieur qu'acccompagnée d'une servante et la tête voilée. Seules certaines grandes fêtes religieuses, comme les Panathénées à Athènes, donnent l'occasion aux femmes libres de participer à des manifestations extérieures. La petite fille a été élevée pour être une parfaite maîtresse de maison: elle apprend à diriger les esclaves, à veiller à l'intendance domestique, à diriger les travaux de la laine. Elle élève ses enfants dans le gynécée, mais à l'âge de sept ans, ses garçons lui sont enlevés pour entrer dans le monde des hommes. Il faut cependant mettre à part les épouses de commerçants et d'artisans, qui secondent leurs maris et sont en contact permanent avec le monde extérieur. De même les petites spartiates reçoivent la même éducation que leurs frères et s'entraînent avec eux dans toutes les disciplines. 

Cependant à côté des femmes libres et soumises, il existe à Athènes et ailleurs des marginales et irrégulières qu'on peut considérer comme "émancipées", en particulier les "hétaïres", ou compagnes. Les plus célèbres, grâce à leur beauté et leur éducation, sont entretenues par des hommes politiques avec lesquels elles se montrent en public. Elles circulent librement et mènent une vie sociale brillante. Plusieurs d'entre elles sont entrées dans l'histoire grâce à leur rôle aurpès de leurs protecteurs. Ainsi Aspasie, maîtresse du chef d'Etat Périclès, a pendant plus de vingt ans influencé les décisions politiques de son amant et a régné sur la vie intellectuelle et artistique d'Athènes.

 

Catherine Salles, professeur honoraire de civilisation romaine à Paris X, Revue Historia

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 11:03

moutons abbattoir

 

 

 

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 16:23

 

 

 

Juifs français

Juifs étrangers

Population en 1940

190000

140000

Victimes en déportation

21000

55000

% ayant échappé à la mort

89,00%

61,00%

 

Source: étude de Serge Klarsfeld (écrivain, historien et avocat de la cause des déportés de France)

 

A titre de comparaison en Belgique 40% des juifs ont échappé à la mort, 15% aux Pays-Bas et 10% seulement en Pologne. Que dire des 65000 déportés politiques et de droit commun de France dont aucun livre d'histoire ne parle ? Des 47000 "malgré-nous" (alsaciens-lorrains enrôlés de force dans l'armée allemande) disparus sur le front de l'Est ?

Selon Serge Klarsfeld si les trois quart des juifs de France ont été sauvés, c'est grâce à « la sympathie sincère de l'ensemble des français, ainsi qu'à la solidarité agissante... »

D'après André Kaspi qui déclarait dans la revue L'Histoire (octobre 1991, p52): "Vichy a sacrifié les juifs étrangers pour mieux protéger les juifs français, mais sans Pétain, les juifs de France auraient subi le même sort que ceux de Belgique, des Pays-Bas ou de Pologne. Pendant deux ans, ils ont d'une certaine manière bénéficié de l'existence de l'Etat français..."

Il serait salutaire de rappeler cette vérité historique aux propagandistes actuels qui exagèrent le rôle collaborationniste des français dans ce domaine et centrent leur attention exclusivement sur une souffrance particulière. La réalité c'est que 90% des juifs français sont restés en vie, ce qui constitue un record dans l'Europe occupée par les nazis.

L'Histoire doit rester ce qu'elle est et ne pas céder autant que faire se peut aux pressions communautaires ou politiciennes...

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 11:49

Le choix du langage cartographique est une étape importante de la construction du croquis puisque ce sont les figurés qui permettront de le lire.

  1. Vous avez à localiser des phénomènes

langag1

2.    vous avez à tracer des limites, des réseaux et/ou à montrer des dynamiques et des flux.

langag2

3.    Vous avez à montrer des hiérarchies entre les phénomènes cartographier, vous aurez à combiner...

langag3

 

langag4

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 12:24

 

inquisition

 

Viennent immédiatement à l'esprit, dès que ce mot est prononcé, des aveux extirpés sous la torture, une justice expéditive, un bûcher... L'Inquisition c'est avant tout un tribunal de l'Eglise catholique romaine relevant du droit canonique et chargé de statuer sur les cas de non-conformité avec le dogme qui lui sont soumis. Cette juridiction exceptionnelle représente l'autorité du pape lorsque les tribunaux ecclésiastiques s'avèrent inadaptés (...) la procédure inquisitoire est d'abord mise en place au XIIè et XIIIè siècles à des fins de discipline ecclésiastique. L'Eglise s'en sert ensuite pour lutter contre les hérésies. Concernant les peines, la papauté se contente de reprendre celles émises par les pouvoirs temporels - qui se chargent le plus souvent de condamner et brûler les hérétiques, sorcières ou sodomites, sans elle. Dans une société où la foi est prépondérante, les pouvoirs civils veulent avant tout préserver l'ordre social. (...)

Généralement c'est l'évêque qui est chargé du procès mais le pape peut déléguer son autorité à un inquisiteur, la plupart du temps choisi parmi les franciscains ou les dominicains. Les procédures religieuses sont tout aussi rudimentaires que celles de l'autorité civile de l'époque. Quelquefois plus progressistes: un notaire transcrit tous les débats, les accusés ne sont pas incarcérés durant toute la procédure et peuvent récuser un juge ou faire appel à Rome. Ceux qui confessent leurs fautes reçoivent une pénitence religieuse -la fustigation publique au cours d'une messe, l'entretien d'un pauvre, la confiscation des biens ou l'exil, le pèlerinage; dans le cas contraire ils sont excommuniés.

L'usage de la torture ou question, massivement utilisée par les tribunaux séculiers, n'est pas l'apanage de l'Inquisition qui n'y recourt que rarement ou de manière exceptionnelle (moins de 10% des cas)/ Un ecclésiastique ne pouvant verser le sang, les avuex obtenus sous la torture ne sont pas recevables. Dans l'ensemble, le tribunal inquisitoire condamne peu. 

Alors si la justice inquisitoriale s'est montrée beaucoup moins expéditive que la civile, pourquoi cette légende noire ? La mémoire collective a retenu la répression contre les albigeois lors d'une croisade menée de 1208 à 1249 par les grands barons du nord de la France. Mais c'est surout le fanatisme de l'inquisiteur espagnol; Torquemada (XVè siècle) qui a marqué durablement les esprits. La contre-réforme protestante au XVIè siècle, l'antipapisme de l'Eglise anglicane, Voltaire luttant contre l'obscurantisme et, au final, une IIIè République anticléricale: un ensemble de mutations qui va ancrer durablement la vision erronée mais qui convient mieux aux mentalités de notre siècle.

Olivier Tosseri, revue Historia

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 10:57

napoléon couronné par le temps

 

peinture

Dénomination tableau
Auteur/exécutant MAUZAISSE Jean-Baptiste
Titre Napoléon, allégorie ; Napoléon Ier couronné par le Temps, écrit le Code Civil (autre titre)
Période création/exécution

2e quart 19e siècle

 


 



Le code civil n'est pas une "invention" de Napoléon Bonaparte. En réalité son génie a consisté à réaliser une synthèse équilibrée de divers grands héritages de la France: l'héritage romain, celui de l'Ancien Régime, enfin celui de la Révolution, car l'égalité devant la loi et la liberté religieuse sont garanties.

L'une des meilleures preuves de la sagesse de ces lois réside dans leur durée (bon nombre sont encore en vigueur aujourd'hui) et leur adoption dans plusieurs pays européens...

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 16:47

VOLTAI~3La légende dorée de Voltaire est "enseignée" aux élèves du secondaire à qui l'on apprend que la "tolérance" était le leitmotiv du philosophe des Lumières. Mais une lecture plus minitieuse nous fait saisir la complexité de la pensée de cet auteur qui ne s'émancipa guère, dans certains domaines, de la pensée dominante . Ainsi, tour à tour, Voltaire exprime sa condamnation puis son soutien à l'esclavage et des propos clairement racistes et antisémites.  

Il ne s'agit évidemment pas ici de condamner le philosophe à postériori, usant de repères moraux différents de ceux du XVIIIè siècle (le travail de l'historien ne consiste ni à encenser ni à condamner, plutôt à COMPRENDRE) mais d'apporter quelques nuances qui permettront de reconsidérer les Lumières avec plus de finesse. 

Toute lumière produit sa part d'ombre...

 

Voici quelques extraits de "l'Essai sur les moeurs" de 1756 pour mesurer le degré de tolérance du grand Voltaire

"Les Samoïèdes, les Lappons, les habitants du nord de la Sibérie, ceux du Kamshatka, sont encore moins avancés que les peuples de l'Amérique. La plupart des Nègres, tous les Cafres, sont plongés dans la même stupidité, et y croupiront longtemps." (Tome 1)

  "Si nous lisions l'histoire des Juifs écrite par un auteur d'une autre nation, nous aurions peine à croire qu'il y ait eu en effet un peuple fugitif d'Egypte qui soit venu par ordre exprès de Dieu immoler sept ou huit petites nations qu'il ne connaissait pas ; égorger sans miséricorde les femmes, les vieillards et les enfants à la mamelle, et ne réserver que les petites filles ; que ce peuple saint ait été puni de son Dieu quand il avait été assez criminel pour épargner un seul homme dévoué à l'anathème. Nous ne croirions pas qu'un peuple si abominable (les Juifs) eut pu exister sur la terre. Mais comme cette nation elle-même nous rapporte tous ses faits dans ses livres saints, il faut la croire." (tome 1)


   "Si Dieu avait exaucé toutes les prières de son peuple, il ne serait restés que des Juifs sur la terre ; car ils détestaient toutes les nations, ils en étaient détestés ; et, en demandant sans cesse que Dieu exterminât tous ceux qu'ils haïssaient, ils semblaient demander la ruine de la terre entière." (tome 1)


 " N'est-il pas clair (humainement parlant, en ne considérant que les causes secondes) que si les Juifs, qui espéraient la conquête du monde, ont été presque toujours asservis, ce fut leur faute ? Et si les Romains dominèrent, ne le méritèrent-ils pas par leur courage et par leur prudence ? Je demande très humblement pardon aux Romains de les comparer un moment avec les Juifs." (tome 1)

 

" Nous n'achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l'acheteur. Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir." (tome 8)

 A propos des Tziganes " Il y avait alors une petite nation, aussi vagabonde, aussi méprisée que les Juifs, et adonnée à une autre espèce de rapine ; c'était un ramas de gens inconnus, qu'on nommait Bohèmes en France, et ailleurs Egyptiens, Giptes ou Gipsis, ou Syriens (...). Cette race a commencé à disparaître de la face de la terre depuis que, dans nos derniers temps, les hommes ont été désinfatués des sortilèges, des talismans, des prédictions et des possessions." (Tome 5)


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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 23:17

Qu'on permette à une sociologue habituée à analyser les prises d'opinion de pointer quelques arguments non valides dans le débat sur le "mariage pour tous". Je procéderai pour cela du plus consensuel - l'homosexualité - au plus controversé - la filiation.

1. L'expression "mariage pour tous" est impropre : le mariage reste interdit aux mineurs, et n'a par ailleurs jamais été interdit aux homosexuels, qui de tout temps ont pu contracter mariage avec une personne de l'autre sexe. Ce qui leur a toujours été impossible - et qui est revendiqué aujourd'hui - est de se marier avec une personne de même sexe, c'est-à-dire d'accorder leur statut matrimonial avec leur sexualité (si tant est que celle-ci soit exclusivement homosexuelle).

2. L'opposition au dit "mariage pour tous", ou plutôt, donc, "mariage homosexuel", ne peut être réduite à de l'homophobie, même si celle-ci existe chez certains opposants. Tout d'abord, parce qu'il existe des homosexuels opposés à ce projet, par fidélité à une certaine conception de l'identité homosexuelle. Ensuite, parce qu'il n'est pas acceptable de réduire une position aux motivations supposées de ses défendeurs, pas plus qu'à leurs caractéristiques (l'on aurait telle opinion parce qu'on serait hétérosexuel ou homosexuel, de droite ou de gauche, etc.) : même si une corrélation existe, factuellement, entre identité et opinion, refuser celle-ci au nom de celle-là revient à esquiver le débat, c'est-à-dire l'échange d'arguments rationnels. Cette attitude n'est pas digne du débat démocratique.

3. Il est faux d'affirmer que le mariage est non seulement l'institution organisant la filiation mais aussi celle reconnaissant une "communauté de vie" : si c'était le cas, maints pères pourraient se marier avec leur fille, maintes mères avec leur fils, maints frères avec leur soeur, puisque nombreuses sont les familles où existe une telle communauté de vie. Ce que reconnaît l'institution du mariage, c'est l'existence d'un rapport sexuel dans une communauté de vie, ouvrant donc à la possibilité d'une filiation.

4. Dans ces conditions, prétendre ne revendiquer le mariage homosexuel que pour la reconnaissance d'un lien amoureux, et non pas pour la filiation, revient àexiger de l'Etat qu'il ait un droit de regard sur la sexualité des personnes (ce que, soit dit en passant, les mouvements de défense des homosexuels ont longtemps combattu, du temps où existaient des lois condamnant l'homosexualité). Faut-ilaccepter, au nom de l'égalité, que la sexualité entre adultes consentants devienne, pour tous - hétérosexuels comme homosexuels -, une affaire d'Etat ? C'est là une conséquence majeure de l'actuel projet de loi, qui mériterait d'être, pour le moins, discutée.

5. Concernant, justement, l'argument de l'égalité : il est faux d'affirmer que le mariage homosexuel serait conforme à l'exigence d'égalité de tous les citoyens, car une telle exigence n'a jamais existé, en démocratie, que sur le plan des droits civiques - le droit de vote en particulier.

Le "droit à l'enfant", lui, n'existe pas, sauf à considérer l'enfant comme un bien appropriable : il ne peut exister, en la matière, que des devoirs envers les enfants. Quant aux droits sociaux, non seulement ils ne reposent pas sur l'égalité, mais ils y sont opposés, puisqu'ils consistent justement à traiter inégalement les personnes de façon à compenser des inégalités existantes (c'est le principe de l'équité).

Le principe méritocratique est, lui aussi, fondamentalement opposé à l'égalité, puisqu'il consiste à récompenser les personnes de façon inégale, en fonction de leurs contributions respectives (tout notre système scolaire, notamment, repose sur ce fonctionnement inégalitaire mais équitable). Faut-il alors étendre l'exigence d'égalité aux droits civils ?

C'est la question posée aujourd'hui.

Mais l'on ne peut y répondre correctement qu'en considérant que l'égalité n'a de sens qu'entre personnes de statut équivalent : l'on n'a jamais exigé, par exemple, qu'au nom de l'égalité les enfants soient autorisés à voter. Reste donc la question : les homosexuels ont-ils le même statut que les hétérosexuels du point de vue de l'état civil ? La réponse est clairement oui, puisque la République ne reconnaît que des citoyens, sans considération de religion ni de pratiques sexuelles : il n'y a donc pas à changer quoi que ce soit du point de vue matrimonial - sauf à accepter, là encore, que le mariage soit la reconnaissance légale de l'exercice de la sexualité.

6. Reste la question de la parentalité : là, le statut des homosexuels n'est pas équivalent à celui des hétérosexuels, puisque leur sexualité rend problématique l'engendrement, sauf à pratiquer la bisexualité ou à recourir à des techniques artificielles. Nos institutions juridiques ont-elles pour vocation de compenser les conséquences problématiques que peuvent avoir pour des individus leur refus derecourir à des arrangements avec l'autre sexe, en dissociant plaisir sexuel et procréation ? Là encore, le saut logique et éthique est considérable. Certes, l'on peut toujours modifier une institution. Mais est-ce parce qu'une modification est possible, ou parce qu'elle est souhaitée par certains, qu'elle doit être imposée à tous, au prix de bouleversements dont les implications n'ont pas été réellement discutées, faute justement de réel débat ou d'arguments sérieux ?

7. En l'état de nos institutions, il faut donc admettre que le mariage homosexuel ne prend sens que dans une revendication de filiation : ce qui est d'ailleurs le fondement de l'institution du mariage, qui consiste initialement (même si cette fonction a été historiquement élargie par diverses réformes) à donner des parents légaux (donc une généalogie) à des êtres de chair. Et en effet, autoriser le mariage homosexuel, c'est ouvrir automatiquement le droit à l'adoption pour les couples homosexuels.

La question qui doit se poser alors n'est plus celle des droits des adultes, mais des devoirs envers les enfants ; et précisément : quel sera leur état civil ? Auront-ils accès à l'identité de leurs géniteurs ? Leur propre identité sera-t-elle inscrite dans la différence des sexes qui a présidé à leur engendrement, ou bien y aura-t-il déni de cette réalité originaire ?

Sachant l'importance des troubles (parfois psychotiques) liés au secret ou au déni de l'origine, il serait irresponsable de s'engager dans une ouverture du mariage, donc de la filiation, aux couples de même sexe, sans réponse claire à ces questions - principe de précaution oblige. Et ne parlons même pas ici des problèmes posés par la procréation médicalement assistée (PMA) ou la gestation pour autrui (GPA), qui ne manqueront pas d'être exigés, toujours au nom de l'égalité.

Si le pacs avait été créé en son temps, c'était pour éviter que ces questions ne soient ouvertes avec l'accès au mariage. Une dissociation claire entre droits sociaux (ouverts aux concubins quels qu'ils soient), droits civils et droits civiques aurait permis à l'époque de résoudre, sans modifications institutionnelles majeures, les problèmes qui sont du ressort de l'Etat. Peut-être est-il encore temps de réfléchir à cette distinction, et aux limites à apporter au contrôle juridique sur la vie privée des personnes ?

8. Il est faux d'affirmer, comme le font certains opposants au projet de loi, que la filiation par un père et une mère serait "naturelle" : seul l'engendrement biologique peut être dit tel, alors que la filiation est, elle, avant tout symbolique, passant donc par des mots. En ce sens, elle est tout entière sociale - et c'est cela, justement, qui fait sa force. Là encore, il convient de distinguer ces trois formes de parenté que sont la parenté biologique (un ovule, un spermatozoïde), la parenté symbolique (les noms du père et de la mère inscrits sur l'état civil), et la parenté d'éducation (les personnes ayant la garde effective de l'enfant).

Il est aussi dénué de fondement d'affirmer que des homosexuels seraient de mauvais éducateurs que d'affirmer qu'il serait sans conséquence négative pour un enfant de se croire né d'un père et d'un père, ou d'une mère et d'une mère (les psychoses ne se déclenchent parfois qu'à l'âge adulte, voire à la génération suivante).

Le refus du déni sur la parenté biologique, l'obligation d'offrir à tout enfant une filiation symbolique ne reposant pas sur le déni ou le secret, et la latitude donnée à tout citoyen d'élever un enfant quelle que soit sa sexualité : voilà qui devrait conférer un socle de réflexion moins discutable que le sont les nombreux sophismes entendus sur cette question délicate.

 

Le Monde, le 29 janvier 2013 par Nathalie Heinich, sociologue et directrice de recherche au CNRS

 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/29/mariage-gay-halte-aux-sophismes_1823018_3232.html

 

Nathalie Heinich a travaillé sur le statut d'artiste et d'auteur ("La Gloire de VanGogh, 1991", "Le Triple Jeu de l'art contemporain", 1998 , "Etre écrivain" 2001) ; les identités en crise ("Etats de femme" 1996, "Les Ambivalences de l'émancipation féminine", 2003) ; l'histoire de la sociologie ("La Sociologie de Norbert Elias", 1997, "Pourquoi Bourdieu", 2007, "Le Bêtisier du sociologue", 2009). Son dernier ouvrage paru s'intitule "Maisons perdues" (éd. Thierry Marchaisse, 126 p.,14,90 €).

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 17:04

publishable
Janvier 1960 par Neue Leute

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