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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

"On se fait généralement du progrès une idée fort élémentaire"

 

Régine Pernoud (1909-1998), historienne

"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 10:17

moyen--ge"En échange de sa tenure, le tenancier doit à la mi-février 2 jours de travail avec des boeufs; en mars, 2 jours avec des boeufs; dans les quinze premiers jours d'avril, 1 jour avec des boeufs et dans les quinze autres jours, 1 jour avec des boeufs le matin, avec les mains l'après-midi; à la mi-mai, 7 jours avec des boeufs sur un hectare de terre; payer aussi le cens de 15 deniers; en juin, 2 jours avec des boeufs; en juillet, 3 jours avec une faux ou une fourche; entre août et septembre, 15 jours avec une faux pour moissonner deux hectares de terre, l'un de blé, l'autre d'avoine; à la Saint Rémi (début octobre), 7 jours avec des boeufs; en octobre, 1 jour avec ses mains et un autre jour avec des boeufs; de la Saint Martin (début novembre) jusqu'à la mi-février, 15 jours avec les mains."

D'après le censier (document qui énumère les charges des tenures) au domaine de Manise (Ardennes), fin XIè siècle

Questions

1- Qu'est-ce qu'un tenancier ?

2- Quelle somme doit verser le tenancier ?

3- Calculer le nombre de jours de corvées dans l'année

4- En quelle saison le seigneur exige-t-il le plus de jours de corvées ? Pourquoi ?

5- Sur quelles terres les tenanciers sont-ils tennus d'effectuer ces corvées ?

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 17:37

"L'enseignement de l'histoire est une guerre civile"

Fustel de Coulanges (historien du XIX siècle)

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 18:00

 

 

Gagner la guerre demande de faire adhérer les populations civiles (faire croire en une guerre juste) et, dans certains pays (anglo-saxons), de convaincre les hommes de s'engager "volontairement" pour lutter contre l'Allemagne .

Voici quelques exemples d'affiches de propagande irlandaises pour illustrer cette idée.

 

P1010404

P1010407

P1010408

 

 

La manipulation ("bourrage de crâne") prend une ampleur sans précédent dans l'histoire au cours de ce conflit. Cela inaugure une ère nouvelle où le contrôle de l'information devient, tout comme l'argent, le nerf de la guerre.

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 14:59

 

En 1917, avant l'éclatement de la révolution bolchevique en Russie, des entreprises de Wall Street notamment, ont pu indirectement mettre en place des opérations visant à permettre l'avènement de cette révolution.

Tout d'abord avec l'accord du président de l'époque Woodrow Wilson, qui fournit un droit d'asile à Trotsky tout en sachant qu'il prévoyait de poursuivre la révolution et de l'amener à son terme. L'auteur note également, d'après les travaux d'autres auteurs, le fait que Lénine a été financièrement soutenu par le gouvernement allemand, et que les partis bolchéviques et menchéviques ont également été financés et organisés par ce gouvernement. Le gouvernement allemand avait pour objectif de sortir la Russie de la guerre, et de contrôler le marché russe d'après guerre.

Les entreprises de Wall Street quant à elles ont financé la révolution bolchevique par l'intermédiaire d'Olof Aschberg, propriétaire de la banque suédoise Nya BankenOlof Aschberg était considéré comme « le banquier de la révolution ». Il fournit aussi bien des fonds suédois, allemands, anglais, qu'américains pour financer les bolcheviques. Le financement américain venait en partie de la Guaranty Trust Company, une organisation défendant dans un premier temps les intérêts de J.P. Morgan. Ce soutien financier permit ainsi à laNya Banken et à la Guaranty Trust Company d'avoir un certain poids dans la direction de la banque bolchevique créée en 1922, laRuskombank. En effet, Olof Aschberg fut son directeur, quant à Max May, vice-président de la Guaranty Trust Company, il fut le directeur des opérations internationales de la Ruskombank.

Le financement des bolcheviques par Wall Street peut également être mis en relation par la mission de la Croix Rouge américaine en Russie en 1917. Cette mission, censée avoir des fins humanitaires, était composée de représentants de toutes les grandes entreprises de Wall Street, que ce soit la Réserve Fédérale, la Chase National Bank, ou encore la National City Bank of New York. Cette mission fut supervisée par William Boyce Thompson président de la Réserve Fédérale de New York qui avait pour objectif de permettre la liberté de prêt, et de créer un programme de propagande pour l'avènement de la révolution bolchevique. Il voulait également maintenir la Russie en guerre contre l'Allemagne afin d'empêcher les entreprises de ces dernières d'entrer sur le marché russe au profit des entreprises américaines, en envoyant des révolutionnaires bolchéviques et des équipes de propagande en Allemagne en 1918.

Antony Sutton explique l'ensemble de ces connexions entre les entreprises de Wall Street et les personnages clés ayant amené larévolution bolchévique à éclater, par le fait que les entreprises de Wall Street ont pour objectif de s'implanter dans le marché soviétique afin d'exploiter commercialement la Russie. Cette implantation s'effectuera notamment au travers de l'American International Corporation qui est une organisation regroupant en premier lieu les intérêts de J.P. Morgan, de James Stillman le président de laNational City Bank of New York, et des Rockefeller. D'ailleurs ces financements ont été annoncés par Lénine lui-même, avant le dixième Congrès du Parti Communiste Russe du 10 mars 1921, comme étant une nécessité tant la situation économique du pays était catastrophique et que le système ne pouvait perdurer sans ces fonds. "Without the assistance of capital it will be impossible for us to retain proletarian power in an incredibly ruined country in which the peasantry, also ruined, constitutes the overwhelming majority — and, of course, for this assistance capital will squeeze hundreds per cent out of us. This is what we have to understand. Hence, either this type of economic relations or nothing ..." (Wall Street and the Bolshevik Revolution (1974, 1999) par A Sutton).

 

À la suite de l'ensemble des faits exposés par l'auteur sur l'implication d'un pouvoir économique et politique, américain notamment, pour promouvoir intentionnellement la révolution bolchevique, Antony Sutton a surtout voulu expliquer les moyens dont jouissaient les entreprises de Wall Street pour mettre en place cette révolution. Ces entreprises ont en effet, d'après les travaux de l'auteur, provoqué la révolution bolchevique par l'intermédiaire de certaines sphères des pouvoirs politiques et économiques. Antony Sutton a également voulu explorer la théorie selon laquelle Trotsky était un élément clé pour faire naître cette révolution, et qu'il ne fut en fin de compte qu'une création de certaines entreprises de Wall Street, dans le sens ou sans leur soutien, Trotsky n'aurait jamais pu avoir l'influence qu'il a eue pour faire éclater la révolution bolchevique. C'est le même cas pour Lénine qui fut financé par le gouvernement allemand.

Au final ce sont les partis bolchéviques et menchéviques qui ont pu avoir autant d'importance grâce aux financements américains et allemands. L'auteur évoque enfin les intérêts qui ont poussé ces entreprises à vouloir faire naître cette révolution, qui sont des intérêts purement financiers en surface, du fait de l'opportunité de voir naître de nouveaux marchés. "The gigantic Russian market was to be converted into a captive market and a technical colony to be exploited by a few high-powered American financiers and the corporations under their control". De plus les financiers internationaux profiteront davantage d'un pouvoir centralisé et international afin de pouvoir négocier plus facilement avec le pouvoir en place, c'est ce que permet le communisme, notamment au travers de Trotsky qui est avant tout un internationaliste. Toutefois lorsque l'on met en relation l'influence dont jouit la sphère économique sur la sphère politique aux États-Unis notamment, il est envisageable d'évoquer l'hypothèse selon laquelle la révolution bolchevique avait également pour intérêt de permettre d'étendre cette domination sur le territoire russe. C'est tout du moins ce que va vouloir démontrer Antony Sutton sur l'ensemble de son œuvre.

Encyclopédie Wikipédia, article "Antony Sutton"

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 17:42

 

Les dernières découvertes réalisées grâce à l'étude poussée de génomes néanderthalien et d'homo sapiens, ont établi que ces deux espèces d'hommes se sont mélangées. Ainsi contrairement à ce que l'on a cru au départ, l'homme de cro magnon ne descend pas de l'homme de néanderthal, il en est le cousin avec lequel par la suite, il va se croiser. Décidément, la préhistoire nous réserve bien des surprises... et ce ne sont sans doute pas les dernières !

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 14:52

220px-André Gill - Madame Anastasie 

Document 1: lettre d'un soldat français

 

La censure, tu le sais, est impitoyable ici et certains pauvres poilus ont appris à leurs dépens qu'ils ne devaient pas avoir la langue trop longue, ni même recevoir des lettres (qui sont d'ailleurs supprimées) sur lesquelles les parents ont souvent aussi la langue un peu longue. C'est révoltant mais c'est ainsi. Il semblerait qu'une lettre est une chose sacrée, il n'en est rien. Sois donc prudente, ma chérie, et si tu veux que je reçoive toutes tes lettres, ne me parle pas de la guerre. Contente-toi de me parler de notre grand amour, cela vaut beaucoup plus que tout. Gros bécot.

3 décembre 1917, Henri Bouvard, Paroles de Poilus

Document 2: extrait de la circulaire du 19 septembre 1914 

Pour les éditions spéciales

Ne pas permettre à un journal de publier plus d'éditions qu'en temps de paix. Interdiction de crier les journaux sur la voie publique même par leur titre. Suppression des manchettes sensationnelles: le titre des articles est limité à la longueur de deux colonnes.

Principes généraux de censure

Censurer les articles de fond attaquant violemment le gouvernement, le parlement ou les chefs de l'armée. Ne pas permettre les récits d'atrocités allemandes qui risquent, en terrorisant les populations, de provoquer les exodes les plus lamentables.

Archives du service historique de l'armée de Terre

 

Avez-vous compris le principe et le but de la censure à partir de 1914 ? En deux phrases, et en réutilisant les documents ci-dessus, expliquez l'importance de la censure durant la guerre.

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 10:42

Impossible de se laver et de se raser dans les tranchées de 14-18. Alors les combattants se retrouvaient bien vite avec une barbe hirsute, d'où leur surnom.

 

Parmi nos poilus de la Première guerre mondiale certains jeunes étaient parfaitement imberbes. Ce n'est donc pas de pilosité qu'il est question, mais de courage. Dans le langage familier, le terme "poilu" désignait quelqu'un de courageux, un homme que l'on admire. Un nombre important d'expressions déclinentt le poil pour parler de bravoure. (...) Le linguiste A. Dauzat (1877-1955) auteur de "l'argot de la guerre" publié en 1918, revient sur l'éthymologie de lemploi du mot poilu dans le contexte militaire. Avant d'être le soldat de Verdun, de la bataille de la Marne et des tranchées, le poilu est le grognard d'Auzterlitz. "Ce n'est pas l'homme à la barbe inculte, qui n'a pas le temps de se raser, ce serait trop pittoresque, c'est beaucoup mieux: c'est l'homme qui a du poil au bon endroit, pas dans la main ! "

Une version populaire attribue aux conditions de vies difficiles dans les tranchées l'origine de cette appellation. Sans possibilité de se raser, les soldats se seraient laissé pousser la moustache et la barbe et, de retour pendant les permissions, auraient paru "poilus". Ils n'étaient pourtant pas désignés par ce terme par les journalistes et par la propagande qui exalta rapidement la figure du combattant luttant avec acharnement pour la patrie. Ce surnom n'était pas utilisé sur le front. Entre eux les soldats s'appelaient "biffins" ou "bonshommes". Leur surnom de poilu devint si populaire et évocateur qu'il désigna exclusivement, dès la fin du premier conflit mondial, ses combattants

Olivier Tosseri - revue Historia

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 09:58

 "les rats et la boue étaient de mauvais collocataires dans les tranchées" (brevet 2012)

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 19:43

Les civilisations naissent, grandissent et meurent comme des organismes vivants. Elles ont leur rythme propre, trois pas en avant, deux pas en arrière. Elles respirent. Elles connaissent ainsi un temps d'exaltation où tout semble emporté dans une spirale vertueuse: plus de confort, plus de liberté, moins de travail, meilleure qualité de vie, moins de périls. C'est le moment de l'inspiration. Trois pas en avant. Et puis, parvenu à un certain niveau, l'élan s'interrompt et la courbe bascule. Arrivent la confusion puis la peur, qui engendrent la violence et le chaos. Deux pas en arrière.

Généralement, cette phase retombe aussi à un plancher avant de rebondir vers une nouvelle phase d'inspiration. Mais que de temps perdu. On a vu ainsi l'Empire romain se construire, grandir, prospérer et prendre de l'avance sur les autres civilisations de son temps en tout domaine: droit, culture, technologie...

Et puis, on l'a vu se corrompre, se tyranniser pour finir en plein décadence, anvahi par les barbares. Il faudra attendre le Moyen-Age pour que l'humanité reprenne son oeuvre là où l'Empire romain s'était arrêté à son apogée (1). Même les civilisations les mieux régies et les plus prévoyantes ont connu le déclin, comme si la chute était inéluctable.

Bernard Werber, Encyclopédie du savoir relatif et absolu, septembre 2011

 

(1) En réalité les dernières découvertes sur la civilisation romaine montrent qu'il faut attendre l'ère contemporaine pour égaler le niveau technologique des romains (maîtrise de l'eau, de la chirurgie, hygiène, urbanisme...)

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 11:18

 

 

Le 15 septembre 1960, à Brazzaville, lors de la fête de l'accession du Congo à l'indépendance, un parachutiste français entreprend d'abaisser le drapeau tricolore. Manifestant à haute voix son désaccord, le président Youlou exige que le drapeau congolais soit monté avec celui de la France: « Il n'est pas question, dit-il, de séparer l'enfant de sa mère ».

Aux Etats africains et à Madagascar, la France lègue un personnel administratif qu'elle a formé, et des infrastructures considérables: 2000 dispensaires, 600 maternités et 40 hôpitaux; 18000 kms de voies ferrées, 215000 de pistes principales, 50000 kms de routes bitumées, 63 ports, 196 aérodromes; 16000 écoles primaires et 350 collèges ou lycées.

Sous De Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterand et Chirac, les affaires africaines relèvent du dommaine réservé du chef de l'état. D'importants accords de coopération lient l'ancienne métropole et les états francophones. L'armée française caserne toujours sur le continent noir. « La France, estimait J-P Gourévitch en 1997, dépense actuellement pour l'Afrique une somme de 700 francs par habitant ». Néocolonialisme ?

 

Aujourd'hui, 150 millions d'africains vivent de l'aide internationale. Quarante ans après l'indépendance, l'Afrique est confrontée à de redoutables défis: insécurité chronique, guerres intestines (Congo, Tchad, Rwanda, Mauritanie, Côte d'Ivoire), difficultés économiques, crise alimentaire, dépeuplement de la brousse, gigantisme des villes, ravages du sida. Est-ce que l'Afrique souffre d'avoir été colonisée ? Est-elle au contraire pénalisée par son émancipation prématurée ?  Ce débat divise les experts d'un continent dont la complexité (historique, géographique, ethnique et culturelle) rend illusoire toute comparaison avec une autre aire de la planète.

« A la veille d'être colonisée, assure Bernard Lugan, l'Afrique était déjà en danger de mort; la colonisation l'a provisoirement sauvée en prenant en charge son destin » (Afrique l'histoire à l'endroit, 1989). Maître de consférence à Lyon III, cet africaniste déclenche la polémique parce que, isolé dans sa spécialité, il est marqué à droite. Mais quand il affirme que la « colonisation fut une erreur économique et une ruine pour les nations coloniales », il se retrouve sur la même ligne qu'un universitaire aujourd'hui considéré comme une référence, Jacques Marseille, et venu, lui de l'autre bord.

Professeur à la Sorbonne, Jacques Marseille était, dans les années 1970, un étudiant d'extrême gauche. Il avait salué la décolonisation et projetait son espérance révolutionnaire dans le tiers-monde. C'est dans cet état d'esprit qu'il avait entamé une thèse de doctorat, aspirant à prouver que le capitalisme et le colonialisme avait exploité les peuples de couleur. Au terme de dix années de travail, à sa grande surprise, il a été conduit aux conclusions inverses: l'empire colonial n'a pas enrichi la France, il l'a appauvrie. (« Empire colonial et capitalisme français » Albin Michel 1984).

 

Dans les colonies Jules Ferry voyait une source de débouchés pour les entreprises françaises. Afin de faciliter leur implantation, entreprendre des travaux d'infrastructures lourdes (ports, routes, voies ferrées) était cependant nécessaire. C'est l'Etat qui dut assurer le coût. Dès avant 1914, il s'avérait que l'investissement colonial n'était pas rentable, à l'exception de secteurs marginaux, ce que les conservateurs reprochaient déjà aux républicains lors de la campagne électorale de 1885. Les capitalistes s'en détournèrent, laissant le budget français assumer les besoins des colonies.

A partir des années 1930, l'empire entrave la croissance de la métropole plus qu'il ne la stimule. Jacques Marseille appuie sa démonstration sur l'étude micro-économique des relations entre la France et l'outre-mer. Certains secteurs de production dépendent des colonies, d'autres non; par exemple, l'industrie cotonnière exporte à 80% dans l'empire, la chimie et la sidérurgie à peu près pas. Ce qui aboutit à faire exercer par les colonies un rôle artificiellement protectionniste pour les secteurs en voie de déclin, dont la chute est ralentie. Les matières premières, outre-mer, sont souvent négociées 20 à 25% plus cher que sur le marché international; quant aux denrées vendues par la métropole, elles sont plus onéreuses, pour l'empire, que leur équivalent sur d'autres marchés. Globalement, le système forme donc une économie fermée entre métropole et colonies, détournant la France de l'esprit de compétition.

Au lendemain de la Seconde guerre, cette mécanique continue à touner. Année après année, la France continue de procéder à des investissements gigantesques en Algérie et Afrique noire. Or, économiquement, à la veilles des indépendances, ces possessions ne comptent pas davantage qu'avant la Première guerre: en 1958, Algérie comprise, l'Afrique ne totalise que 5% des ventes de la production industrielle française. Dès lors, le patronat et les financiers considèrent le marché colonial comme inutile, car il obère l'économie française, lui faisant accumuler du retard par rapport à ses concurrents et partenaires européens. L'abandon de l'empire, vers 1960, correspond d'ailleurs à la construction de l'Europe et à l'essor de la consommation en France. L'investissement public libéré de la charge africaine, se tourne vers les grands travaux d'équipement (autoroutes, nucléaire). Deux ans après les indépendances, la métropole à oublié l'empire. Dans les ex-colonies c'est l'inverse: les difficultés commencent. « C'est l'histoire d'un divorce, commente Jacques Marseille, le divorcé joyeux, c'est la métropole: le divorcé malheureux, ce sont les colonies ».

Cette rigoureuse démonstration ruine l'argument selon ldequel la France a pillé ses colonies. Ce n'est pas par intérêt financier que l'empire a été si longtemps maintenu à bout de bras: c'est pour des motifs plus élevés, d'ordre humanitaire, parce que l'Afrique a été, selon Jean de la Guérivière, « une passion française ».

Est-ce à dire que la colonisation a été sans tâche ? A des degrés divers selon les pays et les périodes, l'entreprise a pu s'accompagner d'injustices sociales et de réflexes racistes. Néanmoins, il est impossible de généraliser. (…)

Qui peut nier que le sort des africains de 1960 était plus enviable que celui de leurs ancêtres de 1860 ? En raisonnant à contrario il suffit d'imaginer ce qu'aurait été le continent noir, au XXe siècle, si la colonisation n'avait pas eu lieu. L'Afrique possédait-elle en elle-même les forces nécessaires pour accéder au progrès politique, technique, sanitaire et scolaire ?

 

Jean Sévilla, Historiquement correct, coll Perrin, 2003

 

 

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