• : HISTOIRE-GÉO en LIBERTÉ
  • : Ce lieu permet d'approfondir les thèmes abordés en classe, de clarifier des points essentiels de méthodologie et d'affûter son esprit critique. Il est dédié aux esprits curieux qui ont soif de compréhension et de liberté intellectuelle.
  • Contact

"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

"On se fait généralement du progrès une idée fort élémentaire"

 

Régine Pernoud (1909-1998), historienne

"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 18:06

 

 

 

Partager cet article
Repost0
13 janvier 2020 1 13 /01 /janvier /2020 22:21

Partager cet article
Repost0
20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 13:09

Introduction

Contextualisation, intérêt du sujet

La seconde guerre mondiale a accéléré la montée en puissance des Etats-Unis, notamment au détriment de l'Europe, en jouant le rôle « d'arsenal des démocraties ». Par « puissance » il faut entendre à la fois la capacité d'exercer une influence hors de ses frontières mais aussi d'assurer son indépendance, c'est à dire par exemple d'empêcher à un acteur extérieur d'imposer ses vues et de contrarier des intérêts vitaux.

Le cas des EU est historiquement exceptionnel tant par la rapidité de son ascension en terme d'influence que par la multiplicité de ses atouts, dépassant en cela tous les empires du passé et pratiquant aux dires de ses adversaires une politique impérialiste.

Problématiques possibles

- Qu'est-ce-qui a fait des EU une puissance globale durant la guerre froide ? (plan thématique)

OU dit d'une autre manière

Quels facteurs ont nourri la superpuissance américaine lui permettant d'exercer une influence exceptionnelle sur le destin du monde de la fin de la seconde guerre mondiale à la fin de la guerre froide ? (plan thématique)

 

- Comment a évolué la puissance américaine de 1945 à 1991, c'est-à-dire du moment où les EU deviennent les principaux architectes d'un nouveau monde jusqu'à la fin de la guerre froide ? (plan chronologique)

Réflexion. Cette seconde possibilité est plus difficile à mettre en œuvre et a des désavantages: elle obligera à un découpage délicat des phases de la guerre froide et conduira nécessairement à des redites sur les forces américaines à chacune des étapes. En réalité le sujet invite à mettre en évidence les éléments de la puissance dans une séquence historique claire: la guerre froide qui débouche sur l'hyperpuissance.

Annonce du plan

Pour répondre à cette question il conviendra dans un premier temps d'évaluer les atouts liés à l'économie et aux finances, puis d'insister sur la puissance militaire tout en présentant des interventions témoignant du rôle des E-U, enfin d'analyser la fascination pour un modèle culturel qui devient assez vite dominant, y compris hors de son propre camp. Toutes ces considérations n'empêcheront pas, le cas échéant, de pointer des faiblesses relatives, la puissance américaine n'étant bien entendu pas sans faille.

 

Plan possible

 

1- L'économie et les finances, fondements de la prépondérance américaine

Les EU sont le pays où le modèle capitaliste (libre entreprise, libre concurrence et l'idée que l'enrichissement se confond avec la réusssite) est le plus abouti. Cette idéologie finit par devenir celle de la très grande majorité des pays du monde avec l'effondrement du bloc de l'Est en 1991 qui marque la fin de la guerre froide.

A- Le dollar pivot du système monétaire d'après-guerre

+: Bretton Woods fait du $ la seule monnaie convertible en or (les EU détiennent 2/3 du stock d'or mondial en 1944) et donc une monnaie de réserve et d'échange privilégiée / FMI dont le siège est à Washington ce qui témoigne comme dans le cas de l'assemblée des nations unies à New-York de la suprématie américaine / Banque mondiale / Wall Street principale bourse mondiale et véritable thermomètre de l'économie de la planète  

- : inflation dans les années 60 (explosion de la quantité de $ mis en circulation par la FED) / rôle de de Gaulle qui contribue à une perte de confiance dans le $ / fin la de convertibilité du $ en or avec Nixon en 1971

+: Le système des Pétrodollars à partir des années 70 qui est le moyen choisi par les EU pour continuer à rendre leur monnaie indispensable (ils usent de leur influence politique auprès des pays de l'OPEP notamment pour que tous les achats de pétrole devant se réaliser avec cette monnaie) malgré la perte de sa valeur réelle.

B- Hégémonie industrielle et avance technologique

+: les EU représentent 50% de la production industrielle mondiale en 1945 (biens de consommation et d'équipement dont les armements) / forte capacité d'innovation par la recherche développement qui confère un avantage  sur les pays concurrents occidentaux dans les domaines des hautes technologies (informatique, aéronautique et aérospatiale etc.)

Dans le contexte d'une guerre froide naissante cet enrichissement permet d'adopter en 1947 le Plan Marshall pour aider à la reconstruction de l'Europe tout en permettant de soutenir l'appareil de production américain en lui offrant les débouchés dont il a besoin.

- : à partir des années 60 les européens et le Japon concurrencent de plus en plus les entreprises américaines qui perdent leur suprématie (la montée en puissance d'Airbus ou de l'industrie automobile japonaise l'illustrent). Érosion indiscutable de l'économie réelle américaine à niveau mondial.

 

Transition: la santé de l'économie offre d'immenses potentialités de financement de l'appareil militaro-industriel qui en période de guerre froide atteint des sommets (plus de 50% du budget fédéral dans les années 50)

 

2- Une puissance militaire hors normes

A- La défense une priorité nationale

Des moyens financiers gigantesques (les EU sont les premiers du monde en terme de dépenses de défense) pour alimenter des programmes d'armements qui aboutiront même par exemple au projet dit de "guerre des étoiles " sous la présidence Reagan (1981-1988) marquée par le retour d'une politique agressive vis-à-vis de "l'empire du mal"

Premier pays détenteur de l'arme nucléaire / Services de renseignements (CIA) très influents et efficaces. Plus récemment le réseau Echelon constitue les "grandes oreilles" des EU pour surveiller l'ensemble des pays du monde.

B- Une présence planétaire pour un avantage stratégique incontestable

Bases navales sur tous les continents grâce à des traités d'alliance comme l'OTAN en 1949 ou l'OTASE en 1954 / Flottes de guerre sur tous les océans et mers du globe (ex: VIème flotte en Méditerranée) avec dans chaque cas la présence d'au moins un porte-avions.

Il est donc possible de parler de thalassocratie (qui s'oppose en cela à la nature de l'adversaire principal, l'URSS, puissance essentiellement continentale) dans le cas de la puissance américaine.

C- Des actions multiples pour contrer le bloc communiste: « containment », « roll back » puis pour garantir l'ordre international

La guerre de Corée (1949-1953) / la guerre du Vietnam (1965-1975) / le soutien aux mujahidins en Afghanistan qui luttaient contre l'armée rouge (1979-1988) mais aussi des soutiens logistiques aux dictatures d'Amérique du Sud (Pinochet au CHili à partir de 1973) qui faisaient rempart au communisme ou  en EUrope de l'Ouest sous la menace directe de l'Union soviétique (troupes américaines en Allemagne de l'Ouest et installation de missiles nucléaires de croisière). 

La guerre froide gagnée, les EU sont les fers de lance d'une grande coalition internationale (opération "tempête du désert") contre l'Irak de S. Hussein en 1991, se faisant les champions de la défense de l'ordre international.

Il faut toutefois noter que ce potentiel armé n'empêche pas des revers au cours de la période, comme ce fut le cas avec la révolution castriste à Cuba en 1960 ou de façon encore plus significative avec la guerre du Vietnam qui constitue la première défaite de l'histoire militaire des E-U. Par ailleurs l'allié traditionnel qu'est la France prend ses distances en sortant de l'OTAN sous l'impulsion du Général de Gaulle en 1966.

Transition Ce "hard power" essentiel à la capacité de rayonnement des EU ne doit pas cacher toutefois un aspect sans doute plus important encore, car débouchant sur la conquête des esprits, c'est-à-dire sur une acceptation des valeurs américaines.

 

3- Un modèle culturel qui fascine

A- La société de consommation

American dream (culte d'un type de réussite qui peut toucher chaque citoyen) / le pays où est inventée la culture de masse.

Il faut remarquer que ce modèle a été critiqué au coeur même du pays par des artistes et des intellectuels. Pour eux l'incitation à consommer est une aliénation plus qu'un gain réel de liberté.

B- De puissants vecteurs de séduction

L'industrie du cinéma (Hollywood, Walt Disney) / Les série TV / la musique (le Jazz puis le Rock and Roll) servis par l'anglais qui devient la lengua franca / Les modes vestimentaires (jean baskets sweat-shirt) / La restauration rapide décriée comme étant la "mal bouffe" dans un certain nombre de pays.

C- L'attraction des élites extra-américaines

Brain drain = fuite des cerveaux notamment dans le domaine de la recherche / Grandes universités américaines (Harvard, Yale) où vont se former de futurs dirigeants du monde entier

 

 

CONCLUSION

« Hard power » et « soft power » ont offert aux Etats-Unis d'Amérique une puissance sans égal dans l'histoire et qui pourtant n'a jamais été, nous l'avons vu, sans faille. L'URSS a pu masquer un temps la supériorité américaine qui disposait d'atouts plus variés, notamment celui par lequel passe la séduction des esprits: les grands médias que sont le cinéma et la TV qui ont fait la promotion d'un système de valeurs fondé sur les droits de l'homme.

La victoire face à l'adversaire soviétique marque un moment clé de la fin du XXe siècle: le passage du statut de superpuissance à celui d'hyperpuissance. Paradoxalement ce dernier impliquant de plus grandes responsabilités dans la gestion des crises mondiales, les E-U se positionnant comme les architectes du nouvel ordre mondial basé sur les principes démocratiques et le système libéral, s'est accompagné d'une confirmation du déclin de l'appareil de production des EU et d'une accentuation des critiques à l'égard de l'hégémonie américaine. 

Partager cet article
Repost0
20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 13:00

 

Consigne:  Que nous apprend ce document sur le rôle que veulent jouer les Etats-Unis dans le monde de l'après guerre froide ?

 

INTRODUCTION

Le discours prononcé par le président américain George Bush le 6 mars 1991 au congrès s'est inscrit dans un contexte très particulier qui lui donne une dimension historique majeure : il fait à la fois écho à la seconde guerre du Golfe ainsi qu'à la fin de la guerre froide avec la dislocation en cours de l'URSS.

Les paroles prononcées par le président américain permettent de cerner les grandes lignes de la stratégie géopolitique des E-U dans un monde libéré de la rivalité Est-Ouest mais néanmoins encore susceptible de s'embraser, particulièrement au Moyen-Orient dont la situation reste préoccupante. 

Nous tâcherons dans un premier temps de décrypter le contexte du discours de G. Bush, nous analyserons ensuite sa volonté de nouvel ordre mondial en montrant que l'idéalisme apparent peut cacher des intérêts nationaux et à certains égards un double discours.

 

1-Mars 1991 : un contexte favorable aux Etats-Unis

A- Les E-U récents vainqueurs de la guerre froide

- Avec l'effondrement de l'Union soviétique, les E-U demeurent la seule superpuissance de la planète. Ils disposent de tous les attributs de la puissance : hard power (économie, politique et diplomatie, militaire) et soft power (cinéma, mode de vie « american way of life », nouvelles technologies)

- Cette position de prééminence des E-U, liée à une victoire autant symbolique que matérielle sur le communisme, octroie aux yeux des dirigeants américains des responsabilités particulières à leur pays.

B- La crise au Moyen-Orient (1990-1991)

- En 1990 Sadam Hussein président d'un Irak ruiné par 8 ans de guerre avec l'Iran décide d'envahir le Koweit, très riche en pétrole. Au moment où Bush prononce son discours, une coalition internationale rassemblant de nombreux pays du monde a permis de libérer le petit État du golfe qui pour le Président américain a été clairement la victime d'une agression (pour un regard plus nuancé voir la remarque finale).

- Lors du conflit (seconde guerre du Golfe) les E-U ont assuré l'essentiel de l'effort de guerre (ce qui leur vaudra le surnom de « gendarmes du monde » ) avec le déploiement de plus de 300000 hommes pour "l'opération tempête du désert". Pour George Bush ce premier « épisode » marquant de l'ère post guerre froide doit conduire les E-U à réaffirmer clairement leur positionnement géopolitique régional mais aussi global.

 

2- Les EU défenseurs d'un nouvel ordre mondial

A- Une puissance à la pointe du combat pour le droit international

- Le socle idéologique = la paix, les droits de l'homme et la liberté que les E-U entendent défendre (« y travaillera sans relâche ») pour changer le monde. (« un monde dans lequel la liberté et les droits de l'homme sont respectés par toutes les nations »).

- Notons que cet objectif sous-entend que les E-U sont eux-mêmes exemplaires dans le respect de ces valeurs. Or dans les décennies qui ont précédé la fin de la guerre froide ce pays a été durement critiqué pour certaines de ses actions à l'étranger (guerre au Vietnam et l’utilisation d'armes de destruction massive comme « l'agent orange ») ou pour une citoyenneté à deux vitesses entre les blancs et les noirs. Enfin, les E-U ont souvent été prêts à sacrifier la défense des valeurs humanistes pour répondre à des nécessités stratégiques. Ainsi ont-ils très bien « toléré » les violations de droits  humains dans les dictatures qu'ils ont contribué à établir (Chili de Pinochet par ex. dans les années 1970) ou chez des alliés clés comme l'Arabie Saoudite.

- La défense du droit international que promeut Bush passe par les institutions de l'ONU (« un monde où les nations unies ») et donc un travail collectif : « pas de réponse de la seule Amérique ». Ici le président américain affirme le choix du multilatéralisme où les différents États membres sont respectés. Il n'y a pas d'optimisme béat du Président Bush conscient que seul le droit peut limiter le « côté le plus sombre de la nature humaine »

B- Une région particulièrement sensible : le Moyen-Orient.

- Si Bush insiste sur la question du Moyen-Orient c'est que cette région du monde est en proie à de nombreux conflits depuis 1945 et qu'elle vient d'être le théâtre d'une crise grave. Or la région est stratégiquement très importante à cause de la présence massive d'hydrocarbures. Bush montre bien le lien existant entre la stabilité au Moyen-Orient et les « intérêts vitaux » des E-U, c'est à dire leur sécurité énergétique. L'approvisionnement en hydrocarbures est en effet indispensable à ce pays à un moment où il n'est pas autosuffisant en pétrole. La vision idéaliste se mêle donc aussi à un pragmatisme assumé.

- Pour parvenir à cet objectif de stabilisation du Moyen-Orient, plusieurs conditions sont nécessaires selon le président Bush :

  • lutter contrer la prolifération des armes de destruction massive (nucléaires et chimiques) qui représentent une menace pour la paix dans la région. Le cas de l'Irak est très épineux d'où sa surveillance étroite et le fait qu' il sera bientôt considéré comme "rogue state" ("Etat voyou") par l'administration américaine.
  • travailler au développement économique des pays en difficulté.
  • en filigrane est abordée la question des tensions entre Israël et les pays arabes qui minent les chances de paix dans la région. Cela débouchera sur les accords d'Oslo en 1993 où les E-U seront les médiateurs principaux entre Israël et l'OLP de Y. Arafat.

 

CONCLUSION

La fin de la guerre froide doit donc marquer pour Bush un retour à l'esprit de 1945. Les E-U entendent participer activement et dans un soucis de multilatéralisme à la défense du droit international qui seul peut permettre selon leur président de limiter les risques de conflits destructeurs et les violations des droits humains; droits dont nous avons vu qu'ils sont parfois pragmatiquement voire cyniquement défendus par la superpuissance.

Les mots de George Bush traduisent en réalité un optimisme modéré tant les problèmes notamment au Proche et Moyen-Orient sont nombreux.

Annonciateur d'une décennie où les E-U connaîtront un rayonnement maximal sur la scène politique internationale où ils s'affirmeront comme le centre de gravité de la diplomatie mondiale, le discours est prophétique quant aux destins croisés du Moyen-Orient et des EU. En effet, les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés à New-York par des islamistes remettront en cause le multilatéralisme, conduisant à une déstabilisation accrue du Moyen-Orient.

 

REMARQUE IMPORTANTE:

La question de l'invasion du Koweit par l'Irak en 1990 est bien plus complexe qu'il n'y paraît. En effet à bien des égards les E-U et le Koweit ont "tout fait" (refus d'annulation de dette, augmentation de la production de pétrole qui fait chuter les cours, signaux envoyés par les américains pour laisser entendre qu'ils n'interviendront pas en cas d'invasion) pour pousser S. Hussein à la faute au moment où l'agonie de l'URSS (soutien traditionnel de l'Irak) leur laissait le champ libre...

Partager cet article
Repost0
12 décembre 2019 4 12 /12 /décembre /2019 13:09

Les contradictions culturelles du capitalisme

A partir des années 20, dans une société où vendre et consommer devenaient les grandes priorités, l'épanouissement du système économique a impliqué, à travers le développement du crédit et de la publicité, une rupture toujours plus marquée avec les vieilles vertus puritaines du XIXe siècle: en lieu et place de l'épargne, la jouissance immédiate et même anticipée (grâce au crédit) des fruits de son travail a été célébrée tandis qu'à la tempérance se substituait une exaltation de la satisfaction des instincts, à commencer par la sexualité.

La "révolution sexuelle" triomphe dans les années 60. (...) C'est ouvertement et non dans le secret des vies privées que les vieux principes se voient contestés. En 1970 Playboy tirait à 6 millions d'exemplaires. L'obsession de l'épanouissement sexuel faisait la fortune des psychologues et médecins spécialisés, et élevait au rang de best-sellers certains manuels sur le sujet. (...)

Pourtant à partir de la deuxième moitié des années 70, cette approche (le strict confinement du religieux dans la sphère privée) s'est vue vigoureusement contestée. (...) Une majorité paraît avoir voulu renouer avec cette double foi, en l'Amérique et en Dieu, sur laquelle l'expérience nationale avait été fondée et que Reagan a su remarquablement célébrer. Bref la redistribution des clivages religieux ne passe plus prioritairement entre les différentes confessions comme par le passé mais, au sein de chacune d'entre elles, entre les libéraux favorables aux acquis de l'"humanisme séculier" et les conservateurs ou intégristes décidés à rétablir Dieu à l'école comme dans la cité.

P Melandri, Histoire Terminales, Belin,1988

Partager cet article
Repost0
12 décembre 2019 4 12 /12 /décembre /2019 13:05

L’hétérogénéité est le trait dominant de l’Empire ottoman. Les peuples y abondent. On a parlé des Grecs, des Serbes, des Bulgares, des Roumains, des Arméniens, des Turcs, des Arabes, des Tatars, des Kurdes et des Tsiganes. On aurait pu citer aussi les Berbères, qui vivent dans les lointaines régences de Méditerranée, les Hongrois ou encore les Albanais.

Pour nos lecteurs désireux d’enrichir leur vocabulaire, on pourrait encore ajouter les Lazes, une population caucasienne, les Aroumains, des romanophones des Balkans, ou encore les Pontiques, descendants des Grecs de l’Antiquité installés le long de la mer Noire (alors nommée Pont-Euxin). Dans sa biographie de Constantinople (1), le Britannique Philip Mansel affirme que l’empire compta jusqu’à 72.5 nationalités différentes, le demi correspondant aux Tsiganes, victimes de préjugés qui n’ont pas cessé.

REPÈRES

Au XVIe siècle, les non-musulmans représentent:

– 13 à 18% de la population de Damas

– 42% de celle d’Istanbul

– 75% de celle de Salonique (parmi lesquels 55% sont juifs)

– 90% de celle d’Athènes

Sur 84 grandes villes des Balkans, 21 sont majoritairement non musulmanes (selon Frédéric Hitzel, L’Empire ottoman, XVe-XVIIIe siècleop. cit.).

[…]

Millets

Les Ottomans ne cherchent pas à unifier ce patchwork. Au contraire, ils en font leur système de pouvoir. L’empire est organisé en divers millets («communautés») auxquels chaque sujet est tenu d’appartenir en fonction de sa religion. Les musulmans ont le leur, qui a, évidemment, la prééminence. À sa tête est symboliquement placé le sultan lui-même, puisqu’il joue le rôle de calife, c’est-à-dire de chef religieux, même si les Ottomans n’ont porté ce titre que très tardivement, au XIXe siècle.

La majorité des chrétiens orthodoxes appartiennent au millet des rums (les «Romains»), placé sous l’autorité du patriarche de Constantinople. Les Arméniens ont le leur, sous la houlette de leur catholicos, chargé également des autres Églises issues des lointains schismes des débuts du christianisme, les nestoriens, les coptes d’Égypte, etc. Enfin, il existe un millet pour les juifs, eux-mêmes subdivisés selon leur provenance. Les romaniotes sont, comme les rums chrétiens, les anciens sujets byzantins, lesashkénazes viennent d’Allemagne ou d’Europe centrale, lesséfarades d’Espagne.

Chaque communauté gère son propre système judiciaire, en particulier pour ce qui concerne le «statut personnel» (les questions d’héritage, de mariage, etc.). Souvent, le millet organise son propre système éducatif. Son chef est responsable du bon ordre au sein de sa communauté, et surtout de la collecte de l’impôt, qui diffère selon la religion. Les non-musulmans en paient plus. On voit bien l’idée pour le pouvoir central. Je ne veux voir qu’une tête, ou plutôt je ne veux voir qu’une calotte ou une kippa, pour le reste débrouillez-vous entre vous. On comprend aussi que ces corps intermédiaires puissants placés entre les individus et leur monarque confèrent à l’Empire ottoman une nature particulière, puisqu’ils réussissent à faire de la diversité religieuse un élément essentiel de l’ossature de l’État.

Pour autant, si la structure en millets est une invention ottomane, la situation religieuse générale de l’empire ne lui est pas propre. Les grands États musulmans contemporains dont nous avons parlé en introduction de cette deuxième partie comptent beaucoup de non-musulmans. De nombreux juifs vivent depuis très longtemps dans le sultanat du Maroc. Ils voient leurs rangs grossir au XVIe siècle avec l’afflux des réfugiés chassés de l’Espagne redevenue catholique. D’autres juifs, mais aussi des chrétiens et des zoroastriens sont sujets du shah de Perse. Beaucoup d’hindous habitent l’Inde du Nord des Grands Moghols. Et l’on pourrait bien sûr trouver semblable situation en remontant les siècles jusqu’au début de l’histoire musulmane. Depuis la conquête arabe du VIIe siècle, l’ensemble des régions qui sont devenues musulmanes abritent leurs minorités religieuses. Le moment est donc idoine pour élargir notre propos et revenir sur cette question qui court depuis le début de ce livre: comment l’islam les a-t-il traitées?

Tolérance et désarmement

Dans notre XXIe siècle crispé et obsédé par les rapports entre l’Occident et l’islam, le sujet fait couler beaucoup d’encre, il est sensible et souvent manipulé dans un sens ou dans l’autre. Comme cela est fréquent, on a tendance à l’aborder en relisant l’histoire par la fin, et cela brouille tout. Le déclin du monde ottoman au XIXe siècle et les épouvantables exactions à l’égard de nombreuses minorités qui ont scandé cette agonie; la création de l’État d’Israël et les guerres judéo-arabes qui s’en sont suivies; ou encore l’explosion d’un islamisme haineux et intolérant au XXIe siècle brouillent le regard et poussent chacun, selon ses convictions politiques, sa propre mémoire ou ses blessures, à réécrire l’Histoire.

On se trouve le plus souvent face à deux excès inverses. Le premier consiste à tisser une légende rose faisant de l’islam classique une religion qui n’a été que tolérance et ouverture. Le second n’a de cesse de repeindre cette légende dans le noir de l’exclusion, du sectarisme et de la domination. Comme toujours, l’un et l’autre sont vrais et faux à la fois, puisque l’un et l’autre prétendent s’appuyer sur une réalité dont ils ne font qu’extraire des éléments pour la distordre. Tâchons donc d’être plus juste en synthétisant les choses sans trahir la vérité.

Au-delà de leurs différences de système politique, toutes les sociétés musulmanes ont usé, pour gérer leurs relations avec les non-musulmans, du même cadre général, leur proposant le statut de dhimmi – «protégés», ou plutôt «tributaires» (2) –, que nous avons déjà évoqué. Il a été mis en place par la «convention» ou le «pacte d’Omar» et remonte au début des conquêtes arabes, même si l’on ne sait pas exactement à quand, puisqu’on ignore si le nom d’Omar désigne le fameux calife conquérant de Jérusalem, comme la tradition le pose toujours, ou plutôt l’un de ses successeurs. Il formalise la place particulière que réserve le Coran aux «peuples du Livre» en tant que fils d’Abraham et monothéistes.

Plus tard, il est étendu aux zoroastriens et aux hindous. Tous ont le droit de pratiquer librement leur culte, tous sont protégés en tant que communauté, mais, en échange, ils doivent accepter de se soumettre à la seule religion reconnue comme étant dans la Vérité, l’islam. L’idée, écrit Michel Abitbol dans le long et passionnant livre qu’il a consacré aux rapports entre juifs et Arabes depuis le VIIe siècle, est qu’ils sont «tolérés et désarmés (3)».

Cette tolérance se paie. Les dhimmi doivent verser aux nouveaux maîtres des impôts particuliers, un impôt de capitation (c’est-à-dire payé par individu) et un autre sur la terre. Et cette soumission doit être marquée dans la vie quotidienne. Des lois de comportement sont censées rappeler à chaque instant qui est l’inférieur. Le dhimmi ne peut porter d’arme, n’a pas le droit de monter à cheval, doit arborer des vêtements de couleurs distinctes, ne peut épouser une musulmane. Son témoignage ne pèse rien face à celui d’un musulman. Et il lui faut pratiquer son culte de façon discrète, ne pas faire de bruit dans les processions, ne pas sonner les cloches trop fort, et le faire depuis des clochers qui ne peuvent être plus hauts que les minarets.

On comprend mieux, sans doute, la possibilité qu’a chacun de relire cette histoire comme ça l’arrange. Elle contient tout à la fois. Nos peintres en rose insisteront sur l’idée première, celle de la «protection» offerte par l’islam aux gens du Livre. N’est-ce pas la preuve de sa générosité? Leurs adversaires ne retiendront que le corollaire du même texte, insistant sur les marques de soumission imposées aux minoritaires. Il arriva d’ailleurs qu’elles le soient de façon mesquine. À certains moments de l’histoire duMaroc, rappelle Abitbol, on exigea des juifs de se déchausser chaque fois qu’ils passaient devant une mosquée. Ou encore en Perse, jusqu’au XIXe siècle, on interdisait aux mêmes juifs de sortir par temps de pluie, car on estimait qu’ils souillaient l’eau.

Seulement, on pourrait tout autant, pour faire pencher la balance du côté de la première thèse, tenir le compte des longues périodes de l’histoire musulmane pendant lesquelles ces mesures tombèrent en désuétude sans choquer quiconque, permettant à chacun de vivre tranquillement le culte qui était le sien. Seules l’interdiction pour un non-musulman d’épouser une musulmane et l’impossibilité faite à un musulman d’apostasier, c’est-à-dire d’abandonner l’islam au profit d’une autre religion, ont été constamment appliquées, nous rappelle Albert Hourani (4), ainsi que les mesures fiscales, évidemment. Rares sont les pouvoirs qui oublient un impôt.

 

L'Orient mystérieux et autres fadaises, par François Reynaert
Fayard, 400 p., 23 euros

(1) Philip Mansel, Constantinople : la ville que désirait le mondeop. cit.
(2) Littéralement, celui qui doit payer un tribut.
(3) Michel Abitbol, Le Passé d’une discorde, Perrin, coll. «Tempus», 2003.
(4) Albert Hourani, Histoire des peuples arabesop. cit.

 

Partager cet article
Repost0
4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 16:07

1- D'après le professeur Eloi Laurent quelles sont les limites d'une mesure simple de la croissance du PIB ?

2- Quelles informations essentielles nous transmet-il concernant les Etats-Unis ?

Partager cet article
Repost0
17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 12:12

Introduction

En 1998, le procès de Maurice Papon défraya la chronique et fut l'occasion de vifs débats entre intellectuels. Cet événement permit un nouveau coup de projecteur sur les "années noires" vécues par la France, celles de l'occupation et du Régime de Vichy de 1940 à 1944. 

Le document présenté ici est un extrait (...) qui permet de réfléchir sur les enjeux des questions mémorielles. La mémoire, souvent suspecte aux yeux des historiens, entretient généralement des relations ambiguës avec le pouvoir politique et médiatique qui peuvent être tentés de l'instrumentaliser.

Afin de comprendre les enjeux de ce procès, il conviendra dans un premier temps de montrer que la mémoire française de la seconde mondiale a profondément évolué depuis plusieurs décennies, puis d'éclairer le cœur du débat en présentant les dérives possibles liées à la mémoire, parfois hypermnésique quant à certains thèmes.

1ère partie

 Du Résistancialisme à l'éclatement des mémoires

A- Causes et effets du mythe d'une France intégralement résistante

- L'alibi de l'épuration officielle et sauvage = le problème des "collabos" a été réglé.

- Reconstruire une unité nationale (lois d'amnistie de 1951-1953 / Thèse du Glaive et du Bouclier de R. Aron dans son "Histoire de Vichy" en 1954)

- Le "champ" résistancialiste (mémoriaux, musées, cinéma etc.)

B- L'émergence de la mémoire juive du génocide

- Procès Eichmann

- Le rôle essentiel de Paxton ("La France de Vichy" 1973) = Révolution paxtonienne = prise de conscience du rôle de Vichy dans le génocide juif.

- Procès (Touvier / Barbie) et médiatisations diverses (cinéma). 

- Le tournant politique : Chirac et le discours de juillet 1995 / le devoir de mémoire

Transition: c'est parce que la mémoire juive du génocide et son lien avéré avec le Régime de Vichy a de plus en plus été mise en lumière que des procès vont "redevenir" légitimes aux yeux de l'opinion publique

2ème partie

 Les relations complexes entre justice, mémoire et histoire: un débat ouvert

A- Papon, un fonctionnaire de Vichy en accusation

- Rôle établi de Papon durant la guerre

- L'attente du public: solder une "seconde épuration"

B- Un procès justifié par le crime contre l'humanité

C- Les objections déontologiques des intellectuels

- Un distance temporelle trop grande pour évaluer en détail les responsabilités de l'accusé

- Papon bouc-émissaire selon Lanzmann (réalisateur de "Shoah" en 1985): "difficile de juger un seul homme pour tout un système (...) de lui en faire porter le poids" ou selon P. Thibaud qui déclare: "c'est le procès d'un régime, voire d'une époque".

- L'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité mise en doute.

Conclusion

Le devoir de mémoire revendiqué par de nombreuses associations et relayé par les pouvoirs publics conditionne pour une large part le regard de l'opinion publique sur son passé.

Toutefois, la construction de la mémoire, par sa tendance à abolir la distance passé-présent et donc à créer une identification entre les vivants et les morts demeure un sujet de débats.

Le cas du procès Papon fut l'occasion de montrer les limites et dérives possibles du champ mémoriel lorsqu'il tend à s'immiscer dans  le domaine judiciaire.En effet la mémoire, sans s'opposer aux travaux rigoureux des historiens, prend appui sur des considérations morales autant qu'affectives qui constituent autant de pièges pour une justice impartiale.

Si l'historien n'a pas à juger le passé (son rôle consistant à le comprendre), doit-on demander au juge de le faire ?

 

 

Partager cet article
Repost0
11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 12:13

 

url

Nous en voici venus à la plus grande honte du régime de Vichy: l'antisémitisme. Il est indispensable de montrer que les premières mesures ayant frappé les israélites sont bien le fait du gouvernement français, car dans nul autre domaine on n'a autant insisté sur les pressions de l'Allemagne et la passivité de la France.

Il est exact qu'à partir de 1942, le Reich a imposé son programme de déportation et que Vichy s'est alors fait tirer l'oreille. Mais au début Berlin se souciait si peu de la politique intérieure de Vichy que la France a servi de dépotoir pour les juifs allemands. (...) En 1940 un antisémitisme purement français peut se donner libre cours.

 

Bien avant que l'Allemagne fasse la moindre pression, le gouvernement de Vichy institue avec le numerus clausus un système d'exclusion. La loi du 3 octobre 1940 interdit aux israélites d'appartenir à des organismes élus, d'occuper des postes de responsabilité dans la fonction publique, la magistrature et l'armée, et d'exercer une activité ayant une influence sur la vie culturelle (enseignants, rédacteurs de journaux, directeurs de films ou de programmes de radio). La loi du 4 octobre autorise les préfets à interner les juifs étrangers dans des camps spéciaux à ou les assigner à résidence. (...)

 

L'antisémitisme n'est pas de même origine chez les Vichyssois et chez les nazis. Livré à lui­-même, Vichy se serait probablement contenté d'une discrimination professionnelle et de mesures destinées à hâter le départ des israélites étrangers. Sa xénophobie culturelle et nationale plutôt que raciale procédait de la tradition française de l'assimilation. Il ne s'est pas montré plus intolérant que la IIIè République envers les noirs, par exemple. (...) Ce que la majorité de la population demandait aux étrangers, c'était de s'assimiler, d'adopter sans réserve la culture française. La République avait elle­-même mené bataille contre les gitans, dont la mobilité défiait l'état­civil, et contre les mères bretonnes qui s'obstinaient à donner à leurs enfants des prénoms impossibles à prononcer à Paris.

La droite traditionnelle xénophobe demandait beaucoup plus une conformité culturelle (à laquelle tout individu peut parvenir) qu'une ressemblance physique. La législation antisémite de Vichy ne s'est donc jamais appliquée avec autant de rigueur aux anciens combattants ni aux familles établies en France de longue date. (...) Le maréchal Pétain insiste pour traiter diféremment les israélites selon qu'ils sont étrangers ou qu'ils ont servi dans l'armée française. (...) Pétain semble avoir consulté le Saint Siège pour savoir jusqu'où il pouvait aller dans l'antisémitisme. Or l'Eglise s'opposait au racismes des fascistes et des nazis dans la mesure où ils refusaient d'admettre qu'un juif cesse d'être juif quand il s'est converti au catholicisme et d'autoriser les mariages mixtes même après la conversion.

(...) Il y a certes des antisémites racistes en France et ils entrent même au gouvernement en 1942 avec Darquier de Pellepoix. Mais tant que Vichy a les mains libres, c'est un antisémitisme catholique et national qui inspire sa politique.

(...) La loi du 2 juin 1941 aggrave le numerus clausus institué le 3 octobre 1940. La liste des professions totalement interdites aux israélites, qui comprenait déjà la fonction publique, l'enseignement et la « formation des intelligences », s'étend désormais à la publicité, la banque, la finance et l'immobilier. Une série de décrets imposent ensuite une limite de 2% pour les catégories suivantes: hommes de loi (16juillet 41), médecins (24 septembre), dentistes (5 juin 42). Le théâtre, le cinéma et le domaine musical sont fermés aux artistes juifs par décret du 6 juin 42. (...) La loi du 22 juillet 1941 dit noir sur blanc qu'elle vise à « supprimer toute influence israélite dans l'économie nationale ». (...)

 

On a lieu de croire que l'antisémitisme de Vichy, laissé à lui-­même, se borne à hâter le départ des juifs étrangers et l'assimilation des familles israélites établies depuis très longtemps en France. A Vichy ceux qui ont bénéficié d'un traitement de faveur furent légion; citons notamment: les professeurs Louis Halphen et Marc Bloch, le député Achille Fould qui a voté « oui » en juillet 1940. Pendant ce temps se prépare à Berlin quelque chose de beaucoup plus terrible. On en a des signes avant­coureurs dès 1941, quand la police française accepte de coopérer aux premiers internements massifs en zone occupée. (...)

Les premières déportations systématiques de juifs apatrides internés en zone occupée commencent en mai et juin 1942. Les déportations massives commencent par le rassemblement tristement célèbre de 13000 juifs au vélodrome d'hiver, le 16 juillet 1942; ils seront envoyés ensuite à Drancy, avant de partir vers l'Est. Ce spectacle de misère humaine, contre quoi s'insurge formellement la hiérarchie catholique, n'est que le début d'une longue histoire. Laval accepte de livrer 10000 juifs étrangers de la zone libre, à condition que les israélites français de la zone occupée ne soient déportés que si le chiffre fixé par Himmler n'est pas atteint.(...)

Au total 60 à 65000 juifs juifs sont déportés de France, des étrangers pour la plupart, qui avaient confiance dans l'hospitalité traditionnelle du pays.(...)

Mais l'antisémitisme culturel et économique de Vichy pour méprisé qu'il soit par les nazis, n'en est pas moins réel. Même si les troupes ennemies avaient quitté rapidement le pays, un régime de cette nature ne pouvait que rendre la vie difficile aux juifs. En outre, la législation de 1940 et 1941 a facilité la « solution finale ». en vertu de la loi du 4 octobre 1940, environ 20000 israélites sont déjà internés dans des camps de la zone libre au milieu de 1942. Après le recensement de tous les juifs et de leurs biens, stipulé par la loi du 2 juin 1941, il devient plus difficile de passer entre les mailles du filet. (...) Il est exact que le gouvernement français n'a pas prévu que la discrimination tournerait au génocide. Vichy a de toute évidence bloqué certaines mesures allemandes. Pétain a interdit l'étoile jaune en zone libre, devenue obligatoire en zone occupée après le 28 mai 1942; elle n'a même pas été exigée après l'occupation totale de la France en novembre 1942. Il n'en reste pas moins que le gouvernement de Vichy a fait délibérément des juifs un groupe à part, leur a voué un mépris particulier et a pris à leur encontre des mesures discriminatoires. Il a, par là même, ouvert en France le terrible chemin qui allait conduire, le moment venu, à la « solution finale »

 

La France de Vichy, chap La Révolution nationale, Robert Paxton, Point Histoire 1973

 

CITATIONS de Paxton

A propos des hommes de Vichy: " Loin d'être des nouveaux venus ou d'anciens leaders de l'extrême droite, les hommes de Vichy se recrutent parmi les notables de la IIIe République, où qu'ils se situent sur l'évantail politique."

A propos du pouvoir de Pétain: "Le Maréchal ne s'empare pas du pouvoir, à l'été 1940. C'est le pouvoir qui l'enveloppe des ses plis, comme un manteau. Déjà entre les deux guerres, un mouvement en faveur d'un exécutif fort n'a fait que s'amplifier"

Partager cet article
Repost0
10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 12:23

Organigramme résumé

 

 

 

 

Pour pouvoir réfléchir correctement sur la question des mémoires de la seconde guerre mondiale en France il faut bien connaître:

 

- les notions clés: résistancialisme, mémoire officielle, mémoire plurielle, négationnisme, crime unique, syndrome de Vichy, crime contre l'humanité, mythe du glaive et du bouclier, devoir de mémoire

-les mots clés: shoah, mémorial, justes, holocauste, "malgré-nous", épuration, indigènes

- les dates clés: 1945 (Procès de Pétain), 1964 (transfert des cendres de Jean Moulin), 1951-1953 (lois d'amnistie) 1973 (La France de Vichy de Paxton) 1985 (film Shoah de Lanzmann) 1994 (procès Papon)  1995 (Chirac reconnaît la responsabilité de la France dans le génocide des juifs)

- les outils de la mémoire: exemples de mémoriaux, de films et oeuvres littéraires

 

Partager cet article
Repost0