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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

"On se fait généralement du progrès une idée fort élémentaire"

 

Régine Pernoud (1909-1998), historienne

"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 10:19
La mondialisation ne pourrait-elle pas faire office de nouvelle espérance ?

Réponse de Régis Debray:

Je ne vois pas trop en quoi. Les marchandises circulent mieux, les signes et les images aussi, vive la Toile et le conteneur. Mais, du même coup, les traditions, les cultures et les religions se côtoient bien davantage, se frottent l'une contre l'autre, et cela fait de l'irritation et de l'inflammation aux jointures. Des réactions allergiques, et donc des replis, des paniques identitaires ça et là.
La mondialisation techno-économique fomente une balkanisation politico-culturelle - 193 Etats à l'Onu quand il n'y en avait que 50 en 1946. Et plus les outillages progressent, plus les imaginaires régressent. Le passé revient en force, avec les fantasmes d'origine. Voyez le Moyen-Orient: les frontières modernes s'effacent, on remonte de l'Etat à l'ethnie. Le plus récent est le plus fragile. Quand il y a crise économique ou politique, ce sont les couches les plus anciennes qui affleurent: le clanique, le tribal, l'ethnique, le religieux. L'archaïsme, ce n'est pas le révolu, c'est le refoulé. Et la postmodernité, en ce sens, sera criblée d'archaïsmes. 
Pourquoi ?
Parce que le nivellement crée un déficit d'appartenance, un désarroi existentiel, d'où le besoin d'un réenracinement traditionaliste, d'un affichage de singularité. On croyait jusqu'à hier que l'évolution du niveau de vie nous débarrasserait du religieux - une école qui s'ouvre, c'est un temple qui ferme. Erreur. Les informaticiens sont plus fondamentalistes que les littéraires, en Inde comme en Islam. L'utopie libérale espérait que la carte bleue gomme les cartes d'identité, en réalité elle les fait sortir au grand jour. En somme la pacification par le doux commerce, l'OMC comme solution de l'énigme enfin trouvée, ça a beau être bardé de statistiques, cela reste le doigt dans l'oeil. Le technocrate domine à Bruxelles, mais il est à côté de la plaque. Disons qu'il n'a que la moitié du programme.
 
(...) Une frontière peut mal tourner, mais l'absence de frontières, c'est la jungle assurée, tôt ou tard.
 
Le Point, 24 septembre 2015
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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 13:29
Source: conférence de François Gervais du 13 décembre 2018

Source: conférence de François Gervais du 13 décembre 2018

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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 11:38

Marxisme, personnalisme, islamisme, bouddhisme, écologisme, etc: la nidification dans un isme est un palliatif au déracinement. Ces maisons mères remplacent la maison natale. Ce sont les amers de la dérive, aux lourds effets de nasse. Les petits-enfants  en diaspora qui redécouvrent leur ascendance sont plus intolérants que ne l'étaient  chez eux leurs grands parents, dont la religion était comme une langue maternelle, qu'ils parlaient sans trop y penser. Ainsi le postmoderne, qui perd ses repères en épousant son temps,  tente-t-il se se ressourcer en remontant le temps. C'est la mémoire comme rachat et rançon d'un exil plus ou moins forcé, qui jette dans les métropoles  cette bombe humaine, le déboussolé hypermnésique. (...) Ce n'est pas parce que les religions sèment à tout vent, loin du bercail,  qu'elles se fondent gentiment dans le panorama. Elles surlignent à l'envi, comme un pied de nez, leur signalétique de défi (système pileux, niquâb, chignon, croix, trilaka etc.).

De même que dans nos conurbations, les organismes enfumés, hérissés de prothèses, exigent en dédit leur ration annuelle de soleil et de chlorophylle, les va-nu-pieds poussés vers le tourbillon des villes réclament obscurément un droit au retour, tel l'Ouzbek ou le Palestinien pourrissant dans son camp de toile et de boue. La religion sans la culture c'est pour eux une façon économique de rentrer au village, tout en restant sur place. (...) Déchiré entre sa carte d'identité (familiale, clanique, tribale) et une possible carte bleue (permutable et inodore) chaque paysan dépaysé, comme par un "schéma déclencheur inné", rééquilibre son ouverture physique au vaste par un repliement psychique sur l'ancestral. Pour ne pas devenir n'importe qui, autant dire personne.

Régis Debray, Eloge des frontières, p.51-52, Gallimard, 2010

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15 octobre 2018 1 15 /10 /octobre /2018 20:27

Voici deux graphiques qui apportent une réponse assez claire...

 

 

 

En bleu: les ouragans les plus puissants

En jaune: les ouragans d'intensité moyenne

En gris: les tempêtes

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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 16:42

 

La surmédiatisation des événements naturels violents tend à fausser notre perception du réel.

L'exemple suivant est assez symptomatique, d'autant que la question des catastrophes tropicales est très souvent reliée au dérèglement climatique attribué aux activités humaines.

Voici des chiffres qui démentent clairement l'image d'épinal véhiculée par les grands médias.

 

 

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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 11:15
 
Des paysans sales, pauvres et ne mangeant pas à leur faim, les connaissances accumulées lors de l'Antiquité peu à peu oubliées... Les clichés sur le Moyen Âge ont la vie dure ! La faute aux humanistes de la Renaissance, dont les constructions historiques renvoyèrent cette période, pourtant longue de 1000 ans, au rang d'âge sombre. C'est d'ailleurs à eux qu'on doit l'utilisation du terme "Moyen" : ils préféraient s'imaginer leur époque comme le miroir de l'Antiquité, qu'ils tenaient en haute estime, par opposition au Moyen Âge, caricaturé comme une période ignorante et superstitieuse. 
Ces clichés, bien ancrés dans notre imaginaire, persistent encore aujourd'hui. Alors que la tour médiévale Jean Sans Peur, à Paris, consacre une exposition à la question de "L'Hygiène au Moyen Âge", petit tour d'horizon de ces idées reçues. 
____________________

Les gens étaient sales 
C'est sans doute l'un des préjugés qui perdurent le plus, tant il a été popularisé à travers les films et récits, à l'image du personnage grotesque de Jacquouille la Fripouille dans le film Les Visiteurs. Au Moyen Âge, à en croire les clichés, les paysans étaient couverts de crasse. La réalité est pourtant tout autre : héritage des thermes romains, les bains publics et étuves existent toujours dans les villes médiévales, où l'eau est considérée comme purificatrice. Le bain y est généralement hebdomadaire, et les plus démunis se lavent dans les rivières. La toilette est quotidienne, au moins pour les mains et le visage. 
L'hygiène est notamment prise très au sérieux lorsqu'elle est liée à la nourriture : les couches sociales les plus aisées ne manquent pas de se laver les mains avant de passer à table. Le livre Les Contenances de la table, paru au XVe siècle et destiné aux enfants, conseille ainsi de s'essuyer les lèvres avant de boire, de ne pas tremper sa viande directement dans la salière et de se laver les mains après le repas (après tout, la fourchette n'est pas encore utilisée !) :
Enfant se tu bois de fort vin
Met y de leave attrempeement
Et nen boy que suffisamment
Ou il te troublera lengin
Paradoxalement, c'est pendant la Renaissance que les normes d'hygiène se dégradent. La faute aux épidémies de peste noire qui ont traumatisé les populations : on craint alors que l'eau chaude, en dilatant les pores de la peau, ne laisse passer les maladies. Les bains publics sont peu à peu abandonnés, et on préfère se parfumer pour masquer les mauvaises odeurs. 
En février 2014, dans l'émission Du Jour au lendemain, Georges Vigarello, historien et directeur d’études à l’EHESS, auteur de Le Propre et le Sale, L'Hygiène du corps depuis le Moyen Age venait raconter l'évolution des critères de propreté au fil des siècles : 
Le parfum, c'est une histoire singulière. Avec le parfum la sensibilité immédiate des hommes du temps, au XVIe, donne le sentiment que vous purifiez. On peut purifier les villes contre la peste avec des procédés qui consistent à projeter de l'arôme ! Le parfum est ainsi utilisé dans les hôpitaux pour rendre l'air plus sain, ce qui est totalement contradictoire et impensable pour des repères qui sont les nôtres, mais évident pour les repères du XVIIe.

 

Il n'y a pas eu d'avancées scientifiques
L'Antiquité a été une période si prolifique de l'Histoire sur le plan des découvertes scientifiques que les avancées technologiques et scientifiques du Moyen Âge ont tendance à passer un peu inaperçues en comparaison. Les découvreurs n'ont pourtant pas subitement cessé d'exister l'espace d'un quasi-millénaire, du Ve au XVè siècle et le Moyen Âge s'est inscrit dans la continuité de l'Antiquité. 
Les moulins à eau par exemple, qui existaient déjà, sont perfectionnés et modernisés au point de faire du meunier un personnage indispensable de la vie du village : c'est grâce à l'énergie hydraulique qu'on actionne les machines qui permettent d'écraser le grain ou d'actionner les soufflets des forges. De la même façon, la roue à filer permet de gagner en efficacité pour le tissage des vêtements. 
C'est aussi l'époque de l'invention de l'horlogerie, à partir du XIIIème siècle, et de la sidérurgie moderne. Le Moyen Âge est en réalité un âge mécanique, qui met à contribution les forces naturelles (vent, eau, système de poids) à l'aide de mécanismes complexes.
Les découvertes ne sont pas que d'ordre technique : la circulation des idées permet notamment à la médecine de se développer et de se nourrir de la médecine arabo-musulmane, au rang desquels le Canon de la médecine d'Avicenne, une encyclopédie médicale qui synthétise, en 1025, les médecines grecque, hindou et arabe. 
Dans une conférence enregistrée en mai 2017, l'historienne médieviste Danielle Jacquart rappelait qu'au XIIe siècle, la médecine fut la première à connaître son renouveau : 
S’imposa alors l’idée selon laquelle un médecin digne de ce nom devait être lettré, connaître l’anatomie, la physiologie du corps humain, et rechercher les causes des maladies pour être en mesure d’appliquer un traitement. Et si la médecine prétend être une science, c’est qu’elle recherche les causes des maladies. [...] Même si nous savons aujourd’hui que les connaissances anatomiques étaient imparfaites, que la théorie médicale était peu apte à justifier des traitements efficaces pour les maladies les plus sévères, ce choix d’une médecine savante fondée rationnellement fut capital.
 
Les paysans ne mangeaient pas à leur faim
A l'évidence, on ne trouvait pas les mêmes mets à la table d'un seigneur et à celle d'un paysan, mais contrairement aux idées reçues, les personnes en bas de l'échelle sociale n'étaient pas si mal loties. L'image du paysan affamé nous vient tout droit des représentations des famines, régulières au cours des 1000 ans qu'a duré le Moyen Âge. Après tout c'est pendant cette période qu'est apparue la prière "A fame, bello et peste, libera nos Domine" :
De la peste, de la famine et de la guerre, délivrez-nous, Seigneur.
En cas de famine, l'aristocratie et le clergé étaient évidemment mieux protégés ; mais ils ne l'étaient pas forcément des épidémies qui allaient de pair. En règle générale, l'aristocratie avait accès à des denrées de meilleure qualité et en plus grandes quantités, notamment en ce qui concerne les viandes. Les paysans, s'ils se nourrissaient principalement de légumineuses et céréales, en consommaient également, quoique plus souvent sous forme salée ou fumée. La base de leur alimentation reste cependant le pain, fabriqué à base de farine de froment ou de seigle, comme en attestent les nombreux fours à pain retrouvés lors de fouilles archéologiques. Cet aliment principal les rendait néanmoins vulnérables aux conditions climatiques, à l'origine de nombreuses disettes.
En avril dernier, dans une série d'émissions consacrée à l'histoire de la faim, La Fabrique de l'Histoire revenait sur les nombreuses crises de famines qui ont parsemé le Moyen Âge, avec l'historien Gérard Béaur : 
La disette c'est la privation relative, et la famine c'est quand les gens meurent de faim. Les contemporains ne font pas toujours la différence. Quand [l'historien] Levasseur, il y a bien longtemps, a utilisé les chroniques pour répertorier les famines et disettes qui avaient eu lieu entre le Xe siècle et 1890, il trouve un nombre de famines absolument vertigineux, on a l'impression que c'est tous les jours ! Au XIe siècle, il y aurait eu 41 famines ! Il y a eu une grande confusion entre disette et famine. Pour les contemporains c'est un peu la même chose alors qu'on parle surtout de cherté : le grain devient très cher et inabordable pour les plus pauvres. Tout cela a créé des interrogations. [...] On en est arrivé à l'idée que chaque fois qu'il y avait une mortalité c'était une famine, que la faim était le grand pourvoyeur de la mortalité. Aujourd'hui on est en train de revenir sur cette question.
 
Les femmes étaient considérées comme des objets et ne travaillaient pas
Si la condition de la femme était très difficile, elle n'était pas aussi horrible qu'on a bien voulu le croire. A tel point que l'un de des exemples les plus emblématiques de la condition de la femme, le droit de cuissage, ou "droit de première nuit", pourtant à l'origine de nombreux récits, tient de la légende urbaine (ou est-ce rurale ?) et ne fut jamais inscrit dans la loi. 
En août 2018, dans l'émission Les Têtes Chercheuses, Julie Pilorget, doctorante en histoire médiévale et spécialiste d’histoire du genre était venue repousser les idées éculées sur la femme au Moyen Âge, tout en rappelant que le statut de celle-ci se définissait avant tout par rapport aux hommes...
Les trois statuts de la femme au Moyen Âge c'est celui de vierge, d'épouse et de veuve. On pense d'abord la femme au travers du mariage. [...] Le but pour la femme est de se marier et lorsqu'elle n'y arrive pas on peut avoir l'instauration dans certaines municipalités, dans le sud de la France,  de communautés d'organismes de charité qui vont aider ce qu'on appelle "les jeunes filles à marier" afin de leur constituer une dot. 
Si on est encore loin d'une égalité de droits pour l'homme et la femme, on aurait tort d'imaginer les femmes en train de filer la laine en attendant que leur époux revienne de sa journée de travail. Les femmes participent en effet aux travaux des champs ou aux ateliers, voire les dirigent à la mort de leur époux. Certaines d'entre elles possèdent ainsi des commerces très lucratifs.  
Si le Moyen Âge est pour les femmes une période d'émancipation, il n'en reste pas moins une période de marginalisation, spécialement pour les femmes seules, poursuivait Julie Pilorget :
La femme qui vit seule est vue comme une marginale. On va souvent la dénommer d'après des termes très généraux de fille, fillette, ou de fille publique - et dans ce dernier cas clairement on la désigne comme prostituée. Il y a tout un flou autour de la désignation de ces femmes seules qui sont sujettes à des agressions. On estime de toute façon qu'une femme qui ne serait pas vierge et ne serait pas mariée, ou veuve, est une femme de mauvaise renommée, dont la virginité est de toute façon mise en cause.
Il n'y avait pas de villes
Non, le Moyen Âge en Europe ne consistait pas uniquement en des villages perdus au milieu des campagnes, encadrés par quelques châteaux forts épars. Certes, la majeure partie des habitants vivent alors dans des zones rurales, mais les pôles urbains, plus denses, ne disparaissent pas pour autant. Plus densément peuplés, ils sont des centres névralgiques de la vie quotidienne, où se concentrent les fonctions religieuses, politiques et économiques. 
C'est parce que les habitations, constituées de bois, ont disparu au fil du temps que cette image d'un Moyen Âge dénué de villes a longtemps perduré. "Cette société médiévale n'a pas été cette période noire, du terme anglais qui a trop longtemps duré "dark ages".  Elle a été au contraire un temps d'expansion, de création, dynamique", protestait Jacques Le Goff dans l'émission Les Lundis de l'Histoire en février 2012.  La ville médiévale s'organisait en particulier autour de la place du marché, comme le racontait l'historien et professeur au Collège de France, titulaire de la Chaire d’histoire des pouvoirs en Europe occidentale (XIIIe-XVIe siècles), Patrick Boucheron :
La ville est le lieu d'une foire permanente, hors la ville ce n'est rien d'autre. C'est le lieu où la foire est permanente, où l'on peut trouver la diversité des activités. Cette fonction économique, qui est une fonction essentielle de valorisation du prélèvement féodal, trouve sa forme urbaine qui est évidemment la place du marché. [...] Le plus souvent elle n'est rien d'autre qu'un carrefour un peu élargi, dégagé, un lieu où l'on se retrouve. Mais ce qui fait l'espace public ce n'est pas architectural, c'est la pratique sociale de l'espace. 
Au début du Moyen Âge, les barbares ont mis l'Europe à feu et à sang
Ce cliché a d'autant plus la vie dure qu'il a été enseigné au collège. Pourtant aujourd'hui on ne parle plus tant d'invasions barbares que de grandes migrations. Ces dernièress commencent dès le IIe siècle et s'intensifient au Ve siècle. S'il y a des épisodes violents, les migrations sont surtout dues à des crises climatiques et la plupart des installations se font de façon pacifiques : "les Francs, les Alamans, les Burgondes, les Wisigoths, passent des contrats avec Rome, qui leur accordent le droit de s’installer sur les terres romaines tout en conservant leurs lois, leurs coutumes, leurs langues, en échange de services : ils vont ­défendre la terre et la cultiver", relate l'archéologue Isabelle Catteddu dans un entretien au Monde.
Le terme "barbare" regroupe en fait les personnes qui ne sont ni grecques, ni romaines, dont l'intégration se fait de façon progressive, au fil des siècles. En décembre 2012, dans l'émission Concordance des Temps, Bruno Dumézil, maître de conférences à l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense et organisateur d’un dictionnaire intitulé Les Barbares, revenait sur ces stéréotypes, devenus de puissants moteurs de l'Histoire : 
L'armée romaine embauche en masse des barbares. Parce qu'on a une crise démographique à Rome, parce qu'on a beaucoup plus de mal à trouver des légionnaires, on fait venir des barbares jugés plus compétents, plus loyaux, plus efficaces. A tel point qu'au IVe siècle plus de la moitié de la légion dite romaine est étrangère : ce sont des mercenaires barbares qui assurent le salut de Rome, la protection des frontières contre d'autres barbares de l'étranger jugés moins romanisés, moins assimilables...
Ces grandes migrations se poursuivront jusqu'au VIe siècle et s'achèveront avec l'arrivée des Slaves dans l'Empire romain d'Orient puis des Lombards en Italie du Nord.
Par Pierre Ropert, 6 septembre 20118, France Culture
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16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 10:38
Malgré les actions des militantes féministes et d'autres suffragettes, ce n'est qu'en 1944 que le droit de vote leur est accordé et en 1945 qu'elles peuvent enfin se rendre aux urnes. FAUX

C'est par l'ordonnance d'Alger du 21 avril 1944, signée par le général de Gaulle que les femmes françaises de plus de 21 ans acquièrent le droit de vote, après presque deux siècles de revendications féministes. Mais bien avant, l'histoire de France a enregistré des votes féministes à l'occasion de plusieurs scrutins.

Sous l'Ancien Régime, le vote était exercé pour élire des représentants lors de la convocation des Etats Généraux. Les femmes veuves et célibataires à cette occasion pouvaient être électrices, voire éligibles, si elles étaient assujetties à la taille à titre personnel.

Sous la révolution, les françaises se voient refuser le droit de vote par l'Assemblée nationale en décembre 1789. On les considère comme des citoyens « passifs ». Cette exclusion du corps électoral est successivement confirmée par la Constitution de 1791, puis par la Convention en juillet 1793. Pourtant, au fil des nombreux scrutins révolutionnaires, et dans la droite ligne des pratiques de l'Ancien Régime, des veuves et des filles célibataires s'acquittant de leurs devoirs de contribuables continuent de prendre part au vote dans de nombreuses municipalités. Plus significative est l'importante participation féminine enregistrée lors du vote populaire sur l'adoption de la première Constitution républicaine, à l'été 1793. Beaucoup de femmes sont présentes dans les assemblées locales débattant sur le texte constitutionnel, et leurs votes sont souvent pris en compte au même titre que ceux des hommes. On peut sans doute voir dans cet épisode le premier vote ouvert aux femmes de l'histoire de France.

Durant la première guerre mondiale, l'écrivain Maurice Barrès milite en faveur du « vote des morts » suggérant d'accorder le droit de vote aux veuves de guerre non remariées et aux mères de combattants tués par l'ennemi. Une telle mesure est adoptée en Belgique en 1918, mais elle est rejetée par les députés français à l'issue du conflit. C'est l'époque où le Canada, les États-Unis et la Grande-Bretagne, rendant hommage au rôle joué par les femmes en temps de guerre dans la vie économique et sociale, leur accordent le droit de vote.

En France, la question restera en suspens jusqu'au conflit mondial suivant. La faute au Sénat, qui rejette à plusieurs reprises les propositions faites en ce sens par les députés. Même si cela peut à première vue sembler paradoxal, c'est la majorité de gauche, constituée de radicaux et même par certains socialistes, qui emmène ce front de refus. Elle craint en effet que les femmes, influencées par le clergé, ne votent en masse pour la droite. La seconde guerre mondiale et le rôle joué par les femmes dans la Résistance auront raison de ces dernières réticences.

Charles Giol, Le Point Historia, avril 2011

 

 

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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 19:48

 

Le temps des précautions oratoires est révolu ; il convient de nommer les choses pour permettre la préparation d’une réaction démocrate concertée, notamment au sein des services publics.

Le libéralisme était une doctrine déduite de la philosophie des Lumières, à la fois politique et économique, qui visait à imposer à l’Etat la distance nécessaire au respect des libertés et à l’avènement des émancipations démocratiques. Il a été le moteur de l’avènement et des progrès des démocraties occidentales. Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme.

Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste. (1)

Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun. L’austérité voulue par les milieux financiers est devenue une valeur supérieure qui remplace la politique. Faire des économies évite la poursuite de tout autre objectif public. Le principe de l’orthodoxie budgétaire va jusqu’à prétendre s’inscrire dans la Constitution des Etats. La notion de service public est ridiculisée.

Le nihilisme qui s’en déduit a permis de congédier l’universalisme et les valeurs humanistes les plus évidentes : solidarité, fraternité, intégration et respect de tous et des différences. Même la théorie économique classique n’y trouve plus son compte : le travail était auparavant un élément de la demande, et les travailleurs étaient respectés dans cette mesure ; la finance internationale en a fait une simple variable d’ajustement.

Déformation du réel

Tout totalitarisme est d’abord un dévoiement du langage et comme dans le roman de Georges Orwell, le néolibéralisme a sa novlangue et ses éléments de communication qui permettent de déformer le réel. Ainsi, toute coupe budgétaire relève-t-elle actuellement de la modernisation des secteurs touchés. Les plus démunis ne se voient plus rembourser certains soins de santé et renoncent à consulter un dentiste ? C’est que la modernisation de la sécurité sociale est en marche.

L’abstraction domine dans le discours public pour en évincer les implications sur l’humain. Ainsi, s’agissant des migrants, est-il impérieux que leur accueil ne crée pas un appel d’air que nos finances ne pourraient assumer. De même, certaines personnes sont-elles qualifiées d’assistées parce qu’elles relèvent de la solidarité nationale.

Culte de l’évaluation

Le darwinisme social domine et assigne à tous et à chacun les plus strictes prescriptions de performance : faiblir c’est faillir. Nos fondements culturels sont renversés : tout postulat humaniste est disqualifié ou démonétisé car le néolibéralisme a le monopole de la rationalité et du réalisme. Margaret Thatcher l’a indiqué en 1985 : « There is no alternative ». Tout le reste n’est qu’utopie, déraison et régression. Les vertus du débat et de la conflictualité sont discréditées puisque l’histoire est régie par une nécessité.

Cette sous-culture recèle une menace existentielle qui lui est propre : l’absence de performance condamne à la disparition et dans le même temps, chacun est inculpé d’inefficacité et contraint de se justifier de tout. La confiance est rompue. L’évaluation règne en maître, et avec elle la bureaucratie qui impose la définition et la recherche de pléthore d’objectifs et d’indicateurs auxquels il convient de se conformer. La créativité et l’esprit critique sont étouffés par la gestion. Et chacun de battre sa coulpe sur les gaspillages et les inerties dont il est coupable.

La Justice négligée

L’idéologie néolibérale engendre une normativité qui concurrence les lois du parlement. La puissance démocratique du droit est donc compromise. Dans la concrétisation qu’ils représentent des libertés et des émancipations, et l’empêchement des abus qu’ils imposent, le droit et la procédure sont désormais des obstacles.

De même le pouvoir judiciaire susceptible de contrarier les dominants doit-il être maté. La justice belge est d’ailleurs sous-financée ; en 2015, elle était la dernière d’un classement européen qui inclut tous les états situés entre l’Atlantique et l’Oural. En deux ans, le gouvernement a réussi à lui ôter l’indépendance que la Constitution lui avait conférée dans l’intérêt du citoyen afin qu’elle joue ce rôle de contre-pouvoir qu’il attend d’elle. Le projet est manifestement celui-là : qu’il n’y ait plus de justice en Belgique.

Une caste au-dessus du lot

La classe dominante ne s’administre pourtant pas la même potion qu’elle prescrit aux citoyens ordinaires car austérité bien ordonnée commence par les autres. L’économiste Thomas Piketty l’a parfaitement décrit dans son étude des inégalités et du capitalisme au XXIe siècle (Seuil 2013). Malgré la crise de 2008, et les incantations éthiques qui ont suivi, rien ne s’est passé pour policer les milieux financiers et les soumettre aux exigences du bien commun. Qui a payé ? Les gens ordinaires, vous et moi. Et pendant que l’État belge consentait sur dix ans des cadeaux fiscaux de 7 milliards aux multinationales, le justiciable a vu l’accès à la justice surtaxé (augmentation des droits de greffe, taxation à 21 % des honoraires d’avocat). Désormais pour obtenir réparation, les victimes d’injustice doivent être riches.Ceci dans un Etat où le nombre de mandataires publics défie tous les standards mondiaux. Dans ce secteur particulier, pas d’évaluation ni d’études de coût rapportée aux bénéfices. Un exemple : plus de trente ans après le fédéralisme, l’institution provinciale survit sans que personne ne puisse dire à quoi elle sert. La rationalisation et l’idéologie gestionnaire se sont fort opportunément arrêtées aux portes du monde politique.

Idéal sécuritaire

Le terrorisme, cet autre nihilisme qui révèle nos faiblesses et notre couardise dans l’affirmation de nos valeurs, est susceptible d’aggraver le processus en permettant bientôt de justifier toutes les atteintes aux libertés, à la contestation, de se passer des juges qualifiés inefficaces, et de diminuer encore la protection sociale des plus démunis, sacrifiée à cet « idéal » de sécurité.

Le salut dans l’engagement

Ce contexte menace sans aucun doute les fondements de nos démocraties mais pour autant condamne-t-il au désespoir et au découragement ?

Certainement pas. Voici 500 ans, au plus fort des défaites qui ont fait tomber la plupart des Etats italiens en leur imposant une occupation étrangère de plus de trois siècles, Nicolas Machiavel exhortait les hommes vertueux à tenir tête au destin et, face à l’adversité des temps, à préférer l’action et l’audace à la prudence. Car plus la situation est tragique, plus elle commande l’action et le refus de « s’abandonner » (Le prince, chapitres XXV et XXVI).

Cet enseignement s’impose à l’évidence à notre époque où tout semble compromis. La détermination des citoyens attachés à la radicalité des valeurs démocratiques constitue une ressource inestimable qui n’a pas encore révélé, à tout le moins en Belgique, son potentiel d’entraînement et sa puissance de modifier ce qui est présenté comme inéluctable. Grâce aux réseaux sociaux et à la prise de parole, chacun peut désormais s’engager, particulièrement au sein des services publics, dans les universités, avec le monde étudiant, dans la magistrature et au barreau, pour ramener le bien commun et la justice sociale au cœur du débat public et au sein de l’administration de l’État et des collectivités.

Le néolibéralisme est un fascisme. Il doit être combattu et un humanisme total doit être rétabli.

 Le Soir, Manuela Cadelli (présidente de l'association syndicale de la magistrature), 03-03-2016

(1)  Le nihilisme est une doctrine ou attitude, fondée sur la négation de toutes valeurs, croyances ou réalités substantielles.

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 17:07

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10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 17:15

"Celui qui tient le passé tient l'avenir, celui qui tient le présent tient le passé"

George Orwell

 

 

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