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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

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"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 14:01
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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 21:33

 

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Nous en voici venus à la plus grande honte du régime de Vichy: l'antisémitisme. Il est indispensable de montrer que les premières mesures ayant frappé les israélites sont bien le fait du gouvernement français, car dans nul autre domaine on n'a autant insisté sur les pressions de l'Allemagne et la passivité de la France.

Il est exact qu'à partir de 1942, le Reich a imposé son programme de déportation et que Vichy s'est alors fait tirer l'oreille. Mais au début Berlin se souciait si peu de la politique intérieure de Vichy que la France a servi de dépotoir pour les juifs allemands. (...) En 1940 un antisémitisme purement français peut se donner libre cours.

 

Bien avant que l'Allemagne fasse la moindre pression, le gouvernement de Vichy institue avec le numerus clausus un système d'exclusion. La loi du 3 octobre 1940 interdit aux israélites d'appartenir à des organismes élus, d'occuper des postes de responsabilité dans la fonction publique, la magistrature et l'armée, et d'exercer une activité ayant une influence sur la vie culturelle (enseignants, rédacteurs de journaux, directeurs de films ou de programmes de radio). La loi du 4 octobre autorise les préfets à interner les juifs étrangers dans des camps spéciaux à ou les assigner à résidence. (...)

 

L'antisémitisme n'est pas de même origine chez les Vichyssois et chez les nazis. Livré à lui­-même, Vichy se serait probablement contenté d'une discrimination professionnelle et de mesures destinées à hâter le départ des israélites étrangers. Sa xénophobie culturelle et nationale plutôt que raciale procédait de la tradition française de l'assimilation. Il ne s'est pas montré plus intolérant que la IIIè République envers les noirs, par exemple. (...) Ce que la majorité de la population demandait aux étrangers, c'était de s'assimiler, d'adopter sans réserve la culture française. La République avait elle­-même mené bataille contre les gitans, dont la mobilité défiait l'état­civil, et contre les mères bretonnes qui s'obstinaient à donner à leurs enfants des prénoms impossibles à prononcer à Paris.

La droite traditionnelle xénophobe demandait beaucoup plus une conformité culturelle (à laquelle tout individu peut parvenir) qu'une ressemblance physique. La législation antisémite de Vichy ne s'est donc jamais appliquée avec autant de rigueur aux anciens combattants ni aux familles établies en France de longue date. (...) Le maréchal Pétain insiste pour traiter diféremment les israélites selon qu'ils sont étrangers ou qu'ils ont servi dans l'armée française. (...) Pétain semble avoir consulté le Saint Siège pour savoir jusqu'où il pouvait aller dans l'antisémitisme. Or l'Eglise s'opposait au racismes des fascistes et des nazis dans la mesure où ils refusaient d'admettre qu'un juif cesse d'être juif quand il s'est converti au catholicisme et d'autoriser les mariages mixtes même après la conversion.

(...) Il y a certes des antisémites racistes en France et ils entrent même au gouvernement en 1942 avec Darquier de Pellepoix. Mais tant que Vichy a les mains libres, c'est un antisémitisme catholique et national qui inspire sa politique.

(...) La loi du 2 juin 1941 aggrave le numerus clausus institué le 3 octobre 1940. La liste des professions totalement interdites aux israélites, qui comprenait déjà la fonction publique, l'enseignement et la « formation des intelligences », s'étend désormais à la publicité, la banque, la finance et l'immobilier. Une série de décrets imposent ensuite une limite de 2% pour les catégories suivantes: hommes de loi (16juillet 41), médecins (24 septembre), dentistes (5 juin 42). Le théâtre, le cinéma et le domaine musical sont fermés aux artistes juifs par décret du 6 juin 42. (...) La loi du 22 juillet 1941 dit noir sur blanc qu'elle vise à « supprimer toute influence israélite dans l'économie nationale ». (...)

 

On a lieu de croire que l'antisémitisme de Vichy, laissé à lui-­même, se borne à hâter le départ des juifs étrangers et l'assimilation des familles israélites établies depuis très longtemps en France. A Vichy ceux qui ont bénéficié d'un traitement de faveur furent légion; citons notamment: les professeurs Louis Halphen et Marc Bloch, le député Achille Fould qui a voté « oui » en juillet 1940. Pendant ce temps se prépare à Berlin quelque chose de beaucoup plus terrible. On en a des signes avant­coureurs dès 1941, quand la police française accepte de coopérer aux premiers internements massifs en zone occupée. (...)

Les premières déportations systématiques de juifs apatrides internés en zone occupée commencent en mai et juin 1942. Les déportations massives commencent par le rassemblement tristement célèbre de 13000 juifs au vélodrome d'hiver, le 16 juillet 1942; ils seront envoyés ensuite à Drancy, avant de partir vers l'Est. Ce spectacle de misère humaine, contre quoi s'insurge formellement la hiérarchie catholique, n'est que le début d'une longue histoire. Laval accepte de livrer 10000 juifs étrangers de la zone libre, à condition que les israélites français de la zone occupée ne soient déportés que si le chiffre fixé par Himmler n'est pas atteint.(...)

Au total 60 à 65000 juifs juifs sont déportés de France, des étrangers pour la plupart, qui avaient confiance dans l'hospitalité traditionnelle du pays.(...)

Mais l'antisémitisme culturel et économique de Vichy pour méprisé qu'il soit par les nazis, n'en est pas moins réel. Même si les troupes ennemies avaient quitté rapidement le pays, un régime de cette nature ne pouvait que rendre la vie difficile aux juifs. En outre, la législation de 1940 et 1941 a facilité la « solution finale ». en vertu de la loi du 4 octobre 1940, environ 20000 israélites sont déjà internés dans des camps de la zone libre au milieu de 1942. Après le recensement de tous les juifs et de leurs biens, stipulé par la loi du 2 juin 1941, il devient plus difficile de passer entre les mailles du filet. (...) Il est exact que le gouvernement français n'a pas prévu que la discrimination tournerait au génocide. Vichy a de toute évidence bloqué certaines mesures allemandes. Pétain a interdit l'étoile jaune en zone libre, devenue obligatoire en zone occupée après le 28 mai 1942; elle n'a même pas été exigée après l'occupation totale de la France en novembre 1942. Il n'en reste pas moins que le gouvernement de Vichy a fait délibérément des juifs un groupe à part, leur a voué un mépris particulier et a pris à leur encontre des mesures discriminatoires. Il a, par là même, ouvert en France le terrible chemin qui allait conduire, le moment venu, à la « solution finale »

 

La France de Vichy, chap La Révolution nationale, Robert Paxton, Point Histoire 1973

 

CITATIONS de Paxton

A propos des hommes de Vichy: " Loin d'être des nouveaux venus ou d'anciens leaders de l'extrême droite, les hommes de Vichy se recrutent parmi les notables de la IIIe République, où qu'ils se situent sur l'évantail politique."

A propos du pouvoir de Pétain: "Le Maréchal ne s'empare pas du pouvoir, à l'été 1940. C'est le pouvoir qui l'enveloppe des ses plis, comme un manteau. Déjà entre les deux guerres, un mouvement en faveur d'un exécutif fort n'a fait que s'amplifier"

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 11:22

Évolution du PIB en France jusqu'en 2013

(évolution par rapport à l'année précédente en %)

 

 

en volume

Champ : France.

Source : Insee, comptes nationaux, base 2010.

2000

 

3,9

2001

 

2,0

2002

 

1,1

2003

 

0,8

2004

 

2,8

2005

 

1,6

2006

 

2,4

2007

 

2,4

2008

 

0,2

2009

 

-2,9

2010

 

2,0

2011

 

2,1

2012

 

0,3

2013

 

0,3

 

Evolution de l'indice du CAC 40(1) depuis 2005

Evolution CAC 40

Source: http://www.abcbourse.com/graphes/eod.aspx?s=PX1p&t=lc7

 

Qu'est-ce-qui saute aux yeux lorsque l'on compare l'évolution du PIB de la France et celui de l'indice du CAC 40 depuis 2008 ?

 

(1) Créé en 1987, le CAC 40 est le principal indice boursier de la place de Paris. Sa première cotation a été décidée le 31 décembre 1987 mais il est entré en vigueur le 15 juin 1988. C’est un panier composé de 40 valeurs de sociétés françaises. Ces sociétés sont choisies parmi les 100 sociétés françaises dont les volumes d’échanges de titres sont les plus importants. Chaque société a un poids déterminé par rapport à sa capitalisation

 sur NYSE Euronext.

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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 21:32

quand-bien-meme-2010

 

C'était le temps des Trente Glorieuses, et il y avait de quoi s'illusionner: la machine économique fonctionnait à plein rendement, alimentée par les ressources abondantes et pratiquement gratuites du tiers-monde. En ce temps-là, comme on sait, sur une société cendée nager dans la félicité planait un climat moral désabusé, probablement dû à la surabondance. "La France s'ennuie", lisait-on parfois dans la presse. Contrairement à aujourd'hui, la jeunesse avait un avenir assuré. Elle ressentait néanmoins un étrange malaise, comme si les excès de l'avoir abolissaient les besoins de l'être, la société de consommation créant simultanément besoins et frustrations. Le consommateur est à l'évidence le rouage d'une machine qui produit toujours plus, afin que l'on consomme toujours plus. Maniant l'aiguillon crétinisant d'une publicité omniprésente, elle joue avec le consommateur et s'en joue, telle une courtisane usant de ses charmes trompeurs, lui promettant des jouissances toujours plus extatiques.

Face à ce traquenard insidieux, il y eut le sursaut de Mai 68 contre la société de consommation. Parmi les mobiles très complexes de ce soulèvement, on peut en retenir un qui est à rapprocher du propos de cette ouvrage, à savoir un désir, exprimé ou sous-jascent, de modération. Surabondance et bonheur ne vont pas forcément de pair; parfois même, ils deviennent antinomiques. Il est probable que cette jeunesse, au-delà des idéologies alors florissantes, aujourd'hui obsolètes, auxquelles elle se référait, pressentait la confiscation de sa propore créativité par une société matériellement trop sécurisante, et pétrifiée dans un fait accompli à caractère, semblait-il, irréversible. Cette jeunesse aspirait probablement à un destin duquel le risque, l'inconnu donnent sens et saveur. La vie n'est une belle aventure que lorsqu'elle est jalonnée de petits ou grands défis à surmonter, qui entretiennent la vigilance, suscitent la créativité, stimulent l'imagination et, pour tout dire, déclenchent l'enthousiasme, à savoir le divin en nous. La joie de vivre est une valeur suprême à laquelle nous aspirons tous, mais que des milliards de dollars ne peuvent offrir. Elle est une sorte de privilège, le fait d'un prince mystérieux qui l'octroie à la chaumière et peut, à son gré, la refuser au palais le plus somptueux.

                                 Pierre Rabhi, La sobriété heureuse, Actes Sud, 2010

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 23:13

“Si j’avais su qu’il était possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les transportant en Angleterre, mais seulement la moitié en les transportant en Palestine, j’aurais choisi la seconde solution – parce que nous ne devons pas seulement faire le compte de ces enfants, mais nous devons faire le compte de l’histoire du peuple juif.

Ben Gourion, décembre 1938 (un mois après les Nuits de cristal) (1)

 

Une représentation de l’État d’Israël semble généralement aller de soi pour le sens commun, les autorités politiques et judiciaires internationales et nationales et même très souvent le discours académique. Israël incarnerait la vocation à « sauver les Juifs » : foyer d’accueil pour les rescapés du Génocide et havre de sécurité pour les Juifs persécutés du monde entier.

Pourtant le sionisme réel est loin d’être conforme à cette représentation, en fait l’idéologie sioniste, mythe fondateur de l’État d’Israël. (2) Un accord signé entre les autorités sionistes et nazies me paraît particulièrement révélateur.

Le 7 août 1933 - quelques mois à peine après l’arrivée de nazis au pouvoir le 30 janvier 1933 - l’Accord Haavara (passage, transfert en hébreu, l’expression hébraïque est également utilisée dans les documents nazis) a été conclu entre les plus hautes autorités de l’État nazi et les plus hautes autorités du mouvement sioniste, notamment celles de la communauté juive implantée en Palestine (le Yichouv, de Hayichouv Hayehoudi beEretz Israël, l’implantation juive en Terre d’Israël).

Selon cet accord, les Juifs d’Allemagne qui émigraient en Palestine, avaient la possibilité exclusive – l’accord stipulait que seule cette destination pouvait en bénéficier ­– d’y transférer une partie de leurs capitaux. (3) Un « capitaliste » – terme utilisé dans l’accord – qui voulait s’installer en Palestine était autorisé à conclure un contrat avec un exportateur allemand pour l’expédition de marchandises dans ce pays. Les marchandises concernées étaient notamment du bois d’œuvre, des pompes et des machines agricoles. L’exportateur allemand était payé sur le compte bloqué du Juif émigrant qui après son arrivée – souvent 2 ou 3 ans plus tard – recevait de l’Agence Juive la contrepartie en livres palestiniennes. L’accord concernait uniquement les Juifs qui disposaient de capitaux importants. (4) On notera qu’il s’agissait de clearing commercial et nullement d’échanger des Juifs contre des marchandises palestiniennes.

Des opérations de troc des mêmes marchandises allemandes contre des produits de Palestine se sont ajoutées aux opérations de clearing commercial. Toutes ces opérations se sont poursuivies, même après les Nuits de cristal du 8 au 10 novembre 1938, jusqu’à la Déclaration de Guerre en septembre 1939 selon Raul Hilberg (5) et jusqu’au milieu de la Guerre 1939-1945 selon Tom Segev. (6)

L’accord Haavara s’inscrit dans un important projet d’irrigation agricole en Palestine. Lévi Eshkol (à l’époque Lévi Shkolnik) a sans doute été le principal promoteur de l’accord. Il était un des fondateurs de la Histadrout – Fédération générale du travail – où il était le responsable de la promotion de l’agriculture coopérative. Au moment de la négociation et de la signature de l’accord, il était le représentant à Berlin d’une firme, Yachin (7), associée à la Histadrout. Selon la notice biographique diffusée par le Ministère des Affaires étrangères israélien : « En 1937, Levi Eshkol a joué un rôle central dans la création de la Compagnie des Eaux Mekorot et, dans ce rôle, il a contribué de façon décisive à convaincre le gouvernement allemand de permettre aux Juifs qui émigraient en Palestine d’emporter une partie de leurs fonds – principalement sous forme d’équipements fabriqués en Allemagne. Directeur général de Mekorot jusqu’en 1951, il a introduit un système national de gestion de l’eau qui a rendu possible une agriculture irriguée intensive. » (8) La compagnie Mekorot était associée à la Histadrout.

Il est évidemment significatif que le principal promoteur de l’accord Haavara soit un des plus hauts responsables de la communauté juive implantée en Palestine mandataire puis dans l’État d’Israël. Lévi Eshkol faisait partie du Haut Commandement de la Hagana, l’armée clandestine juive sous le Mandat britannique et, en 1950-1951, il est le directeur général du Ministère de la Défense. De 1949 à 1963, il est le chef du département de la colonisation de l’Agence juive. (9) En 1951, il devient Ministre de l’Agriculture et du Développement. Il est Ministre des Finances de 1952 à 1963. En 1963, il succède à David Ben Gourion à la fois comme Premier ministre et comme ministre de la Défense.

L’accord Haavara a suscité de vives oppositions parmi les Juifs de l’époque. Cet accord qui bénéficiait du soutien des plus hautes autorités nazies (10) et des plus hautes autorités sionistes (11), traduisait les intérêts complémentaires des nazis, qui voulaient que les Juifs quittent l’Allemagne, et des sionistes, qui voulaient qu’ils émigrent en Palestine. Or la plupart des Juifs allemands auraient préféré rester dans leur pays. L’idée d’un boycott économique et diplomatique international naquit aux États-Unis avec le soutien du Congrès juif américain. Il avait pour but d’essayer de forcer les nazis à mettre fin aux persécutions afin que les Juifs puissent continuer à vivre en Allemagne. (12)

Le débat entre l’incitation à l’émigration en Palestine et l’appel au boycott de l’Allemagne nazie s’inscrit dans l’opposition qui existait de longue date entre sionisme et assimilation, entre d’une part, la volonté de certains Juifs – une petite minorité – d’émigrer en Terre d’Israël et d’autre part, la volonté d’autres Juifs – une écrasante majorité – de rester dans leur pays ou d’émigrer ailleurs qu’en Israël, ce qui impliquait évidemment le désir que leurs droits humains soient respectés partout – notamment en Allemagne – et donc de combattre l’antisémitisme.

Selon Ben Gourion, « les assimilationnistes ont toujours déclaré la guerre à l’antisémitisme. Aujourd’hui, cette guerre s’exprime par un boycott contre Hitler. Le sionisme, lui, a toujours plaidé pour l’indépendance du peuple juif dans sa patrie. Aujourd’hui, certains sionistes ont rejoint le chœur des assimilationnistes : « guerre » à l’antisémitisme. Mais nous devons donner une réponse sioniste à la catastrophe que subissent les Juifs allemands – transformer ce désastre en une occasion de développer notre pays, et sauver les vies et la propriété des Juifs d’Allemagne pour le bien de Sion. C’est ce sauvetage qui a priorité sur tout le reste. » Et Ben Gourion de conclure que se focaliser sur le boycott constituerait un « échec moral » d’une envergure sans précédent. (13)

À l’évidence, « sauver les Juifs » n’était pas la priorité de celui qui, 10 ans plus tard, sera le père fondateur de l’État d’Israël. Le 7 décembre 1938, un mois à peine après les Nuits de cristal, Ben Gourion déclare : « Si j’avais su qu’il était possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les transportant en Angleterre, mais seulement la moitié en les transportant en Palestine, j’aurais choisi la seconde solution – parce que nous ne devons pas seulement faire le compte de ces enfants, mais nous devons faire le compte de l’histoire du peuple juif. » (14) Il s’agit tout simplement d’ultranationalisme, de la primauté absolue du bien de Sion sur tout le reste, y compris la vie des Juifs.

Les opérations de clearing commercial de l’accord Haavara permettaient exclusivement le départ des Juifs fortunés. Or les nazis voulaient aussi et bien plus encore se débarrasser de tous les autres. Reinhardt Heydrich, chef de la police de sécurité du Reich, déclare le 12 novembre 1938, soit 2 jours après les Nuits de cristal : « Le problème n’était pas de faire partir les Juifs riches mais de se débarrasser de la racaille juive. » Ce féroce antisémite a même mis sur pied – en soutirant des fonds à des Juifs fortunés – diverses formes d’aide pour que des Juifs pauvres puissent se payer le voyage en Palestine. (15)

J’ai noté que, dans le cadre de l’accord Haavara, le troc entre marchandises allemandes – matériaux de construction, pompes et machines agricoles – et palestiniennes s’était ajouté aux opérations declearing commercial. Il semble clair que les autorités sionistes n’ont jamais envisagé de troquer des Juifs sans fortune contre des produits de Palestine. En d’autres termes, les plus hautes autorités du mouvement sioniste – notamment celles de la communauté juive implantée en Palestine – ont préféré se procurer des instruments de colonisation plutôt que de permettre à des Juifs d’échapper au massacre nazi. Ce qui est parfaitement conforme au sionisme réel : la priorité absolue à la colonisation de la Terre d’Israël.

Les quelque 20 000 Juifs fortunés qui ont bénéficié de l’accord Haavava lui doivent plus que probablement la vie (16) puisque les 200 000 Juifs d’Allemagne et d’Autriche qui n’ont pas réussi à fuir parce qu’ils ne disposaient pas des capitaux nécessaires, ont pratiquement tous été assassinés.

En 1953, ces Juifs assassinés ont quand même pu contribuer au « bien de Sion » puisqu’ils ont permis à l’État d’Israël d’obtenir des « réparations » un peu plus plantureuses. En effet, le nombre des victimes juives du génocide a servi de base au calcul du montant des « réparations » allemandes. Au moment où elles négociaient ce montant, les autorités de l’État d’Israël – celles-là mêmes qui avaient négocié l’accord Haavara – ont envisagé, sans doute par gratitude, d’accorder la citoyenneté israélienne à titre posthume aux victimes du génocide. (17)

L’accord Haavara montre clairement qu’en pleine terreur antisémite, le but des autorités sionistes n’était pas de combattre l’antisémitisme – « sauver les Juifs » – mais de l’exploiter afin de coloniser la Palestine, Terre d’Israël. « La veille des pogroms de la Nuit de Cristal, Ben Gourion déclarait que la « conscience humaine » pourrait amener différents pays à ouvrir leurs portes aux Juifs réfugiés d’Allemagne. Il y voyait une menace et tira un signal d’alarme : « Le sionisme est en danger ! » (18)

Jacques Bude

 

Notes :

(1) « Des rapports – incomplets – (des autorités nazies) donnaient les chiffres suivants : 815 magasins détruits ; 171 maisons incendiées ; 191 synagogues brûlées ; 14 chapelles de cimetière, salles de réunion communautaires et bâtiments du même genre démolis. Vingt mille Juifs furent arrêtés, trente-six tués, trente-six autres gravement blessés. » Raul Hilberg, La destruction des Juifs d’Europe, Paris, Folio, 1999, p.44.

(2) Selon la Déclaration d’Indépendance d’Israël du 14 mai 1948 : « La Shoah, qui anéantit des millions de Juifs en Europe, démontra à nouveau l’urgence de remédier à l’absence d’une patrie juive par le rétablissement de l’État juif dans le pays qui ouvrirait ses portes à tous les Juifs. »

(3) Voir Raul Hilberg, La destruction ..., notamment p.125.

(4) « Tout Juif qui émigrait en Palestine (était autorisé) à emporter mille livres sterling en devises étrangères et à envoyer par bateau une quantité de marchandises d’une valeur de 20000 marks et même davantage. ... La somme de mille livres sterling était nécessaire pour obtenir l’autorisation de la Grande-Bretagne de s’installer en Palestine en tant que Capitaliste – on appelait ainsi cette catégorie d’immigrants. C’était une somme importante ; une famille de quatre personnes pouvait vivre dans un confort bourgeois avec moins de 300 livres sterling par an. » Tom Segev, Le septième million, Éd. Liana Levi, 2010, p.27.

(5) Raul Hilberg, La destruction ..., p.125

(6) Tom Segev, Le septième ..., p.30. Dans ce cas, le système Haavara enfreignait le blocus de l’Allemagne imposé par les Alliés au moment de la Déclaration de guerre en septembre 1939.

7 Il s’agit probablement d’une entreprise de commercialisation de produits agricoles, sans doute des agrumes. Il existe aujourd’hui en Israël une Yachin-Hakal Company Ltd. qui dans le passé était associée à la Histadrout et qui en 2013 est qualifiée de “Israel’s largest citrus fruit grower“ (Le plus important producteur d’agrumes en Israël)

www.mfa.gov.il/MFA/Facts%20About%20Israel/State/Levi%20Eshkol (traduction de l’anglais).

9 « Head of the settlement division of the Jewish Agency » (settlement signifie colonie, implantation).

10 L’Accord a été signé au Ministère des Finances du Reich. Voir Tom Segev, Le septième ..., p.27.

11 Levi Eshkol n’a pas été le seul futur Premier ministre israélien à soutenir l’accord. « D’autres futurs Premiers ministres avaient été également engagés à différents stades de la Haavara. David Ben Gourion et Moshé Shertok (plus tard Sharett) se battirent pour l’accord de la Haavara lors de congrès sionistes et au sein de l’exécutif de l’Agence juive. Golda Meyerson (plus tard Meïr) le défendit à New York. » Tom Segev, Le septième ..., p.29.

12 « Les nazis ... ne prirent pas à la légère la capacité des Juifs à leur causer du tort ; ils menacèrent la classe dirigeante juive en Amérique, ils organisèrent un boycott d’une journée contre les magasins juifs en Allemagne et donnèrent un coup d’accélérateur aux négociations de l’accord de la Haavara. L’un de leurs buts était de diviser le monde juif entre les partisans de la Haavara et les partisans du boycott. Et la division eut effectivement lieu. » Tom Segev, Le septième ..., p.35.

13 Tom Segev, Le septième ..., p.37.

14 Déclaration faite au Comité central de son parti, le Mapai (socialiste). Voir Tom Segev, Le septième ..., p.38.

15 Raul Hilberg, La destruction ..., p.127.

16 Ils perdirent 35 % de leur capital et furent forcés d’attendre longtemps leur argent, parfois pendant deux ou trois années, mais ils survécurent. Voir Tom Segev, Le septième ..., p.30.

17 « Le projet de loi sur la commémoration de la Shoah et des Héros (Yad Vashem, 1953) ... comportait une clause prévoyant l’attribution à titre commémoratif de la citoyenneté israélienne à tous ceux qui étaient morts pendant la Shoah. » Idith Zertal, La nation et la mort, Paris, La Découverte, 2008, p.85.

18 Tom Segev, Le septième ..., p.38-39.

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 11:46

Un représentant de la fierté d'appartenir au "peuple élu"

"Les juifs, matériellement et intellectuellement supérieurs, avaient perdu tout à fait le sentiment de leur solidarité de race (...) Les juifs forts reviennent fièrement à leur race lorsqu'éclatent les persécutions" (L'Etat Juif, 1896)

Un représentant laïque qui n'utilise pas la religion comme ciment du projet naissant

La question juive n'est pour moi ni une question sociale, ni une question religieuse, bien qu'elle prenne parfois ces formes parmi d'autres. C'est une question nationale (...) Nous sommes un peuple - une seul peuple" (L'Etat Juif, 1896)

D'ailleurs au départ la position d'Herzl l'éloigne des autorités religieuses (rabbins) pour lesquelles le projet d'un Etat n'est absolument pas nécessaire. Ces dernières souhaitent prioritairement l'union des enfants qui croient en un Dieu unique. Autrement dit de nombreux juifs ne se considèrent pas comme une nation (concept inventé par les européens au XIXe siècle) mais comme une communauté religieuse (cf Conférence rabbinique de Pittsburg en 1885)

Un représentant anti-assimilationniste

"Un homme doit choisir entre Sion et la France " (Journal)

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 21:00
La construction de l'économie socialiste de marché

A la mort de Mao Zedong en 1976, le fonctionnement de l'économie chinoise repose sur les principes classiques d'un système communiste. Planifiée, autarcique et collectivisée, la Chine est un pays pauvre, qui connaît un écart de richesses important avec les économies occidentales développées. Conscients de leur retard et des bilans peu concluants de la planification économique, les nouveaux dirigeants communistes lancent, à partir de 1978, une ambitieuse politique de modernisation. L'édification de l'"économie socialiste de marché" est issue de leur volonté de hisser la Chine au rang des plus grandes puissances économiques mondiales.

Si cette politique d'ouverture est marqué par l'abandon progressif de la primauté de l'idéologie, les cadres politiques du communisme sont sévèrement maintenus. Le concept d'"économie socialiste de marché", dont les termes même révèlent le paradoxe, illustre une double réalité : d'une part, la permanence en Chine d'un système politique rigide, qui refuse toute concession vers la démocratisation et, d'autre part, la volonté de construire une économie compétitive et toujours plus libéralisée, en rupture totale avec les codes passés.

1978 : Deng Xiaoping et la réforme des Quatre Modernisations

La réforme dite des Quatre Modernisations (agriculture, industrie, défense, science et techniques) avait été ébauchée dès 1975 par Zhou Enlai (alors premier ministre de Mao), lors de la 4e Assemblée nationale populaire. Son lancement effectif est cependant le fait de Deng Xiaoping (à la tête du Parti communistechinois de 1978 à 1997). Dès son accession au pouvoir, il fixe deux objectifs :consolider l'assise du parti (PCC) et hisser son pays au rang des grandes puissances mondiales. Pour Deng, "peu importe qu'un chat soit blanc ou gris pourvu qu'il attrape la souris". "Il est glorieux de s'enrichir" : tel est le slogan officiel de sa politique pragmatique. La réforme implique donc la réhabilitation de la notion de profit, une disparition progressive de la planification de l'économie et une volonté affichée de moderniser le pays. Elle concerne surtout, de 1978 à 1984, l'agriculture.

Le "système de responsabilité" paysan

La décollectivisation des terres et la redistribution de lots sur la base de l'unité familiale s'organisent en 1978. Les communes populaires disparaissent. Désormais, si le paysan n'est pas, à proprement parler, propriétaire de la terre, il en a toutefois la jouissance durant quinze ans. Les autorités mettent en place un "système de responsabilité", qui permet au paysan d'être rémunéré pour sa production. Les paysans sont libres de choisir leurs cultures et les quantités ne sont plus soumises à quota. Un petit marché libre se développe. A partir de 1982, le "système de responsabilité" au niveau des familles est généralisé dans les villages. La libéralisation de la plupart des produits agricoles est autorisée, signifiant la fin de l'achat planifié par l'Etat. Le niveau de vie de la population rurale s'améliore sensiblement.

Début de privatisation de l'économie

La constitution d'entreprises privées est légalisée pour l'industrie légère et les services. La création de sociétés mixtes avec des capitaux étrangers est désormais possible. Deng Xiaoping lance la réforme dite de la "porte ouverte", qui ouvre la Chine vers l'extérieur. Les investissements étrangers sont désormais souhaités et leur accueil est concentré vers un ensemble de zones ouvertes au commerce extérieur. Cinq zones économiques spéciales (ZES) sont destinées aux entreprises étrangères à partir de 1979 (dont les villes de Canton et Shanghaï ainsi que la zone de Shenzhen, près de Hongkong), ainsi que des zones franches. Ces ZES constituent des laboratoires expérimentaux pour la Chine, lui permettant de s'ouvrir progressivement aux techniques du commerce extérieur.

Généralisation de la réforme à partir de 1984

Le troisième plénum du 12e comité central décide, en 1984, l'extension de la réforme à l'ensemble de l'économie chinoise. Elle se traduit par : une volonté de décentralisation, à travers le transfert de deux tiers des postes administratifs à Pékin vers les provinces ; le début de la réforme des entreprises d'Etat, dans un souci d'accroissement de leur autonomie de gestion ; l'abandon total de la livraison à l'Etat de produits agricoles selon des quotas. Quatorze nouvelles villes côtières sont déclarées "ouvertes" en avril 1984. Elles peuvent commercer avec l'étranger et bénéficient d'une liberté plus grande en matière fiscale et douanière, afin d'attirer des techniques et des capitaux étrangers. En 1987, le "système de responsabilité" est étendu au secteur industriel. A la même date, le terme d'"entreprise privée" est reconnu officiellement pour la première fois. En mai 1985, les prix de 1 800 produits sont libérés.

1989-1991 : ralentissement des réformes de modernisation

Une période d'inflation très forte et de troubles politiques intenses provoque un arrêt momentané des réformes économiques. Les factions conservatrices du PCC l'emportent provisoirement, après les évènements du printemps de Pékin et les émeutes de Tiananmen, en juin 1989. Cinq mois plus tard, lors du 5e plénum du comité central, les factions conservatrices réussissent à infléchir les orientations politiques vers un retour à la planification. Elles cherchent à imposer la restauration du contrôle des prix, critiquent le développement du secteur non étatique et le développement du marché. Des projets de renationalisation de la terre et de collectivisation rurale sont ébauchés. Mais la victoire des conservateurs est de courte durée : Deng Xiaoping reprend rapidement en main les réformes de modernisation.

L'officialisation du concept de "socialisme de marché"

En mars-avril 1992, Deng Xiaoping impose à l'Assemblée nationale l'abolition des mesures économiques de rétorsion, prises au lendemain des émeutes des Tiananmen. Le 14e congrès du PCC marque l'accélération des réformes de modernisation et d'ouverture : la priorité est recentrée sur le développement du secteur public ; il est décidé d'accentuer encore davantage la restructuration des entreprises d'Etat, alors qu'est enclenchée la privatisation des petites entreprises d'Etat. Les autorités chinoises ne souhaitent pas vendre les entreprises d'Etat, mais agissent selon le précepte : "garder les grandes, laisser partir les petites" ; les entreprises doivent s'adapter aux règles d'une économie de marché ; mise en place d'un marché national unifié, permettant de lier marchés urbains et marchés ruraux ; la notion d'"économie de marché socialiste" est adoptée et, en mars-avril 1993, est inscrite dans le préambule de la Constitution.Zhu Rongji lance une réorganisation du système bancaire. De 1992 à 1995, il s'empare du contrôle de la Banque centrale et se charge de lui donner un rôle majeur face aux banques commerciales. Il crée par ailleurs un comité de politique monétaire, nommé pour six ans par le gouvernement, qui seul détient les clés de la politique de la Banque centrale.

1997 : accélération de la réforme des entreprises d'Etat

Au 15e congrès du Parti de 1997, Zhu Rongji fait de la restructuration des entreprises d'Etat dans le secteur industriel le pivot de sa réforme. Il en donne une nouvelle définition, qui inclut les sociétés anonymes conjointes et l'actionnariat avec des investisseurs privés. La réforme de Zhu Rongji implique la privatisation des logements et la mise en place d'un régime d'assurances chômage et de retraites. Ceux-ci étaient jusqu'alors pris en charge par les entreprises d'Etat.

Ce mouvement de restructuration entraîne aussi la disparition d'institutions ministérielles, dont le nombre passe de 29 à 40, et une réduction de moitié du corps des fonctionnaires, qui de huit millions passent à quatre millions. Zhu Rongji, premier ministre de mars 1998 à mars 2003, annonce sa volonté de remettre à flot en trois ans les entreprises d'Etat déficitaires. En 1997-1998, la Chine échappe à la crise asiatique, notamment en raison de l'inconvertibilité de sa monnaie, le yuan (aussi appelé renminbi). Cette inconvertibilité, signe d'une économie encore fermée et imparfaitement mondialisée, confirme la Chine dans sa décision de conserver une monnaie sous-évaluée (au grand dam des Etats-Unis, qui souffrent de la compétitivité des produits chinois).

En 1999, un amendement de la Constitution définit le secteur privé en tant que"composante importante" de l'économie chinoise.

2001 : entrée de la Chine à l'OMC

La Chine devient le 143e membre de l'Organisation mondiale du commerce en décembre 2001, après quatorze années de négociations. Cette adhésion - point d'orgue de la politique d'ouverture et de modernisation entamée en 1978 -, marque une véritable étape dans l'évolution de l'économie chinoise. La disparition progressive des barrières tarifaires et douanières permettra une pénétration économique étrangère accrue. Par cet accord, la Chine tourne définitivement le dos au passé et accepte une libéralisation de son économie.

16e congrès du PCC

Les entrepreneurs privés sont autorisés à devenir membres du PCC, à l'issue du 16e congrès de ce parti, en novembre 2002. En mars 2003, Wen Jiabao succède à Zhu Ronji au poste de premier ministre.

Sophie Kuno Le Monde.fr | 21.01.2004

Questions

1- Quel constat rend une réforme du système économique chinois indispensable ?

2- Quel homme politique est l'initiateur d'un tels changement ? Comment s'appelle sa politique ?

3- En quoi la politique vis-à-vis des paysans marque-t-elle une rupture par rapport à l'époque maoïste ?

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 11:38

 

Près de 57.000 morts, 74.000 blessés, 300.000 logements détruits: du 13 juin 1940 à Dunkerque au 15 avril 1945 à Royan, les bombardiers alliés déversèrent 518.000 tonnes de bombes sur la France pour tenter de détruire le dispositif militaire allemand.

Caen in ruins

 - Photo de Caen en ruine -

Le documentaire "La France sous les bombes alliées 1940-1945", diffusé lundi à 20H45 sur France 3 dans le cadre d'une soirée "Histoire immédiate", raconte ce drame oublié. Le film de 90 minutes de Catherine Monfajon mêle images d'époque et témoignages bouleversants d'hommes et de femmes, alors enfants, qui ont vécu ces bombardements britanniques et américains à Rouen, au Havre, à Saint-Etienne ou à Nantes. Le conseiller historique du film est Andrew Knapp, historien britannique de l'université de Reading (Royaume-Uni) auteur du livre "Les Français sous les bombes alliées 1940-1945" (Tallandier, 592 pages) paru en mars.

 
 

A la lumière des archives municipales françaises et militaires britanniques, ce spécialiste des stratégies aériennes de la Seconde Guerre mondiale se demande notamment si les deux grands Alliés ont tout fait pour éviter ces dizaines de milliers de morts. Bases de sous-marins de la Kriegsmarine sur le littoral français, usines d'armements et de véhicules travaillant pour les Allemands, gares de triage: les "forteresses volantes" B17 et les Lancaster visaient ces objectifs stratégiques pour casser les armées du IIIe Reich. Près du quart des bombes alors larguées par les Alliés sur le continent frappèrent la France. Des bombardements, souvent à haute altitude (plus de 6.000 mètres), qui manquèrent fréquemment leurs cibles, tombant deux ou trois kilomètres plus loin.

Ainsi en mars 1942, le bombardement des usines Renault à Boulogne-Billancourt fit 371 morts, dont 56 enfants, notamment au Vésinet. En septembre 1943, deux raids successifs visent la zone portuaire de Nantes. Bilan 1.300 morts. Début 1944, les Alliés lancent le "Transportation Plan" pour assurer le succès du débarquement prévu en Normandie en juin. Ce plan vise à retarder l'acheminement des divisions blindées allemandes vers l'ouest par des bombardements intensifs des gares de triage et autres infrastructures ferroviaires et des grands carrefours routiers à l'époque situés en pleine ville. Là encore, l'opération est meurtrière pour les civils au point que Winston Churchill demande en avril au général d'armée aérienne Arthur Tedder de "garder les limites fixées" à 6.000 pour les civils tués par les bombardements. Avant de lui demander deux mois plus tard: "Combien de Français avez-vous tué?". A Londres, les représentants de la France Libre protestent. En France, un responsable local de la Résistance refuse de désigner des cibles allemandes aux aviateurs alliés par crainte de nouvelles pertes civiles. En France occupée, la propagande de Vichy se déchaine. Une affiche porte en lettres noires: "Lâches, la France n'oubliera pas". Philippe Henriot, le chantre de la collaboration, dénonce sur les ondes de Radio Paris ces bombardements. Depuis Londres, le service français de la BBC tente, dans une émission du 26 avril 1944, de les justifier: "Cette nécessité est horrible. Sans doute jamais dans l'Histoire aucun allié n'a-t-il dû infliger des blessures aussi sanglantes et aussi pénibles à un autre peuple allié et ami". Pourtant, durant l'Occupation, 3.000 aviateurs alliés abattus au dessus de la France furent recueillis, cachés et exfiltrés par ces Français qu'ils venaient de bombarder.

 Le journaliste Jacques Duquesne, qui enfant avait vécu les bombardements de Dunkerque, conclut: "Les Français se sont empressés d'oublier tout ça après la guerre".

Le Point , le 13 mai 2014

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 09:12

Imprégnée du concept chrétien d'un Dieu qui se manifeste dans la rationalité de la nature, imbue de la notion de loi civile dans la vie en société, l'Europe médiévale constituait un terreau particulièrement fertile pour l'émergence de l'idée de lois naturelles et donc pour celle de la science.

science 5On peut se demander pourquoi celle-ci n'a pas vu le jour en Chine qui, pourtant, était dotée d'une culture millénaire, sophistiquée et complexe, et était technologiquement en avance sur l'Occident sur bien des plans (les Chinois avaient par exemple inventé avant les Européens la poudre et la boussole). Je pense que la raison gît dans la conception de la Nature des Chinois. Pour eux, le monde naturel ne résultait pas de l'acte d'un Dieu créateur et dispensateur de lois, mais était engendré par l'action réciproque et dynamique de deux forces polaires: le Yin et le Yang. Parce que la notion de lois de la Nature ne s'imposait pas, les Chinois ne se donnèrent pas la peine de les rechercher.

D'autre part les Chinois avaient une conception holistique de la Nature, où chaque partie interagissait avec chaque autre partie, formant un tout harmonieux qui était plus que la somme des parties individuelles. Ce point de vue holistique ne favorisa pas le développement de l'idée selon laquelle, dans un premier temps, la Nature peut être décomposée en ses parties, et chaque partie être étudiée indépendamment des autres, idée qui est à la base de la méthode réductionniste et qui a permis d'édifier une large part de la science occidentale. Cette dernière ne serait pas possible si nous ne pouvions comprendre une petite fraction de l'Univers sans en comprendre le tout.

Il est évident qu'une approche purement réductionniste ne saurait être le mot de la fin. Nous avons vu que des systèmes considérés dans leur ensemble possèdent des propriétés émergentes qui ne peuvent être déduites de l'étude des composantes individuelles. Par exemple, nous ne pouvons déduire la vie à partir de l'étude de particule élémentaires inanimées. Mais l'approche holistique n'exclut pas l'approche réductionniste: elles sont complémentaires et nous aident toutes deux à percer les secrets de la Nature. Une question demeure cependant: comment se fait-il que nous puissions comprendre une toute petite partie de la Nature sans en comprendre le tout ?

 

Trinh Wuan Thuan, Le Chaos et l'harmonie, 1997

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 11:45

Bk4X-m3CMAAVWwt 

RQ: il s'agit ici de salaire brut (avant déduction des charges diverses pesant sur le revenu. En France celles-ci correspondent à environ 20% du salaire)

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