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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

"On se fait généralement du progrès une idée fort élémentaire"

 

Régine Pernoud (1909-1998), historienne

"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 21:55

Le graphique ci-dessus, publié dans le rapport des Nations Unies, « Le coût humain des catastrophes », montre la baisse des catastrophes par type au cours de ce siècle.

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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 11:35

En tant que scientifique qui a travaillé sur les problèmes des sciences de l’atmosphère, climat compris, pendant plus de 50 ans, je doute que la science soit en mesure de contribuer au discours actuel sur un changement climatique catastrophique qui serait provoqué par l’homme. Ce que je veux dire, c’est qu’il s’agit d’un problème politique et que, de ce fait, il est entre les mains du public, et plus particulièrement de la classe dirigeante. Pour l’essentiel, ces groupes ignorent tout des sciences du climat, et même de la science tout court. Confrontés à des informations contradictoires, ils peuvent choisir ce qu’ils veulent croire — ou se servir de la fausse affirmation selon laquelle « 97% des scientifiques sont d’accord » comme d’une béquille.

Un exemple simple illustre le problème. L’année 1998 a été un maximum dans la moyenne mondiale de température, par rapport à une moyenne de trente ans dans les stations météos. Mais depuis deux décennies, il n’y a plus de tendance significative, et les quelques changements survenus sont généralement beaucoup moins importants que ceux prévus par les modèles. Il y a de petites fluctuations, bien sûr, notamment une pointe de température associée au phénomène El Niño en 2014-2016, qui a été suivie d’une chute. De nombreux scientifiques des deux bords ont appelé « pause » cette absence de tendance. De leur côté, les promoteurs de l’alarmisme en ont profité pour affirmer que beaucoup des « années les plus chaudes enregistrées » dataient de cette période.

Peu de gens ont été capable de saisir qu’une telle observation ne contredit nullement l’existence d’une « pause ». Il est clair en effet que même si l’anomalie de température (c’est-à-dire l’écart par rapport à la moyenne sur 30 ans) était restée absolument la même après 1998, toutes les années suivantes auraient été les années les plus chaudes jamais enregistrées !
La vérité, c’est qu’un citoyen perspicace n’a pas besoin des détails de la science pour s’apercevoir que quelque chose ne va pas du tout dans cette histoire. Un tel citoyen peut ainsi observer que toutes les prescriptions censées permettre de lutter contre le réchauffement climatique sont bien antérieures à leur lien avec celui-ci. Des politiques très similaires impliquant le contrôle du secteur de l’énergie et l’élimination du charbon ont été proposées il y a longtemps, à une époque où on les justifiait par les inquiétudes sur les pluies acides et les craintes d’un… refroidissement global.
Ce citoyen peut aussi se demander pourquoi ces prescriptions politiques insistent invariablement sur la nécessité de se focaliser sur un et un seul des nombreux éléments qui concernent cette problématique du réchauffement (à savoir les niveaux de CO2). Pourquoi les alarmistes n’accordent-ils pas la même attention à la question de l’adaptation ? D’une manière générale, une telle approche serait pourtant à la fois moins chère et plus flexible, en plus d’impliquer un mode d’action dans lequel les êtres humains sont particulièrement doués — la preuve en est que nous sommes capables de vivre dans des régions qui vont de l’Arctique à l’équateur.
Si ce citoyen sait compter, il peut aussi se rendre compte qu’aucune des politiques proposées n’aura d’impact significatif sur le climat, indépendamment de ce que l’on pense de la physique sous-jacente. En réalité, il s’agit de nous demander des sacrifices qui n’auront en tout état de cause qu’un effet purement symbolique. Ce sera un simple affichage de vertu.
Si notre citoyen était, en outre, familier avec la nature de la science, il pourrait savoir que la quasi-totalité des preuves soi-disant définitives justifiant la panique ne sont pas réellement des preuves scientifiques. En réalité, une preuve (evidence) scientifique ne vaut que si elle permet des prévisions non ambiguës, et non pas simplement si elle nous est néfaste ou choquante. Certaines des soi-disant preuves sont à l’opposé de ce que la physique prévoit. Notre citoyen pourrait également savoir que la « certitude » n’est pas la marque de la science. Bien au contraire, celle-ci insiste sur la nécessité du scepticisme dans la recherche. C’est particulièrement vrai pour les sujets complexes et très jeunes tels que le climat, alors même que ceux qui se font les promoteurs du « problème climatique » affirment qu’ils savent avec certitude la cause du changement climatique, un simple bouton de contrôle qui serait le CO2. Un gaz qui se trouve par ailleurs être essentiel à la vie.

Tous ces éléments convergent pour affirmer le caractère politique de la question. Les détails peuvent certes différer d’un endroit à un autre. Ainsi, aux États-Unis le climat est en grande partie une question partisane : la gauche soutient « la lutte contre le changement climatique » parce qu’elle croit en un renforcement du pouvoir de l’État, alors que la droite a tendance à être sceptique parce qu’elle croit en la liberté individuelle. En Europe, le problème semble plutôt lié à l’opposition entre concentration de pouvoir et souveraineté. Dans ces deux régions toutefois, l’alarmisme climatique a en commun d’être devenu un élément central du politiquement correct. La crainte de s’en démarquer semble être particulièrement forte parmi les « élites éduquées ».

La prétendue « crise climatique » n’est nullement une question scientifique, malgré toutes les tentatives d’invoquer la soi-disant « autorité » de la science. S’inquiéter des implications que l’on impute à des fluctuations si petites qu’elles en sont virtuellement impossibles à mesurer, ainsi qu’à de douteuses observations de fluctuations de la température moyenne à la surface du globe, est une pure bêtise. Argumenter dessus, c’est lui faire trop d’honneur.

Il n’en est pas moins intéressant de savoir ce que la science nous dit. Rien dans les données aujourd’hui disponibles n’indique que quelque chose d’inédit est en train de se produire. Même le groupe de travail 1 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climate (GIEC) onusien — la seule partie du GIEC à s’occuper de science — reconnaît que les phénomènes tels que les sécheresses, les inondations, les ouragans, et ainsi de suite, ne montrent aucune tendance perceptible. Certes, en raison du fait que les observations disponibles sont relativement récentes, il y en aura toujours pour aller un peu vers le haut ou vers le bas, mais rien de tout cela n’est inhabituel, ni ne peut être lié de façon claire à une augmentation du CO2.

La seule raison à l’inquiétude tient simplement à ce que les modèles (qui le plus souvent se trompent) suggèrent qu’il est « envisageable » qu’il y ait un problème. Il s’agit là d’une base extrêmement faible pour transformer toute la société, détruire le secteur de l’énergie, augmenter le prix de l’électricité tout en en réduisant la disponibilité, empêcher le développement des régions les plus pauvres du monde, gaspiller des milliards de dollars et favoriser la peur, voire l’hystérie.

Richard Lindzen,   professeur émérite en sciences de l’atmosphère, Massachusetts Institute of Technology.

Expansión, 19 septembre 2019

 

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 12:03

Une nouvelle étude de la NASA indique qu'une augmentation de l'accumulation de neige en Antarctique amorcée il y a 10 000 ans ajoute actuellement suffisamment de glace sur le continent pour compenser les pertes accrues dues à la fonte des glaciers.

La recherche remet en cause les conclusions d'autres études, y compris le rapport 2013 du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), selon lequel l'Antarctique est en train de perdre de la glace terrestre.

Selon la nouvelle analyse des données satellitaires, la calotte glaciaire antarctique a enregistré un gain net de 112 milliards de tonnes de glace par an de 1992 à 2001. Ce gain net est tombé à 82 milliards de tonnes de glace par an entre 2003 et 2008.

«Nous sommes pour l’essentiel en accord avec d’autres études montrant une augmentation des rejets de glace dans la péninsule Antarctique et dans la région de Thwaites et Pine Island, dans l’Antarctique occidental», a déclaré Jay Zwally, glaciologue au Centre de vol spatial Goddard de la NASA à Greenbelt, Maryland, et auteur principal de l'étude, publiée le 30 octobre dans le Journal of Glaciology"Notre principal désaccord concerne l'Antarctique de l'Est et l'intérieur de l'Antarctique de l'Ouest. Nous y constatons un gain de glace supérieur aux pertes dans les autres zones." Zwally a ajouté que son équipe "a mesuré les faibles changements de hauteur sur de vastes zones, ainsi que la changements importants observés sur des zones plus petites. "

Les scientifiques calculent la croissance ou la contraction de la calotte de glace à partir des changements de hauteur de la surface mesurés par les altimètres satellites. Aux endroits où la quantité de nouvelles chutes de neige accumulées sur une couche de glace n’est pas égale au flux de glace vers l’océan, la hauteur de la surface change et la masse de la couche de glace augmente ou diminue.

Mais il ne faudra peut-être que quelques décennies pour que la croissance de l'Antarctique s'inverse, selon Zwally. «Si les pertes de la péninsule antarctique et de certaines parties de l'Antarctique occidental continuent d'augmenter au même rythme qu'au cours des deux dernières décennies, ces pertes rattraperont le gain à long terme de l'Antarctique oriental dans 20 ou 30 ans. - Je ne pense pas qu'il y aura suffisamment de neige pour compenser ces pertes. "

L'étude a analysé les modifications de la hauteur de surface de la calotte glaciaire antarctique mesurées par les altimètres radar de deux satellites de télédétection de l'Agence spatiale européenne (ERS) de 1992 à 2001, et par l'altimètre laser de l'altitude glaciaire, terrestre et terrestre de la NASA. Satellite (ICESat) de 2003 à 2008.

Zwally a déclaré que bien que d'autres scientifiques aient supposé que les gains d'altitude observés dans l'Antarctique oriental étaient dus à l'augmentation récente de l'accumulation de neige, son équipe a utilisé des données météorologiques à partir de 1979 pour montrer que les chutes de neige dans l'Antarctique oriental avaient en fait diminué de 11 milliards de tonnes par an. pendant les périodes ERS et ICESat. Ils ont également utilisé des informations sur l’accumulation de neige sur des dizaines de milliers d’années, extraites de carottes de glace par d’autres scientifiques, pour conclure que l’Antarctique de l’Est s’épaississait depuis très longtemps. 

«À la fin de la dernière période glaciaire, l'air s'est réchauffé et a transporté plus d'humidité sur le continent, doublant ainsi la quantité de neige déposée sur la calotte glaciaire», a déclaré Zwally.

Les chutes de neige supplémentaires qui ont commencé il y a 10 000 ans s'accumulent lentement sur la calotte glaciaire et se compactent en glace solide au fil des millénaires, ce qui a pour effet d'épaissir la glace dans l'Antarctique oriental et l'intérieur de l'Antarctique occidental d'environ 1,7 cm (0,7 pouce) par an en moyenne. Ce petit épaississement, qui dure depuis des milliers d’années et s’étend sur les vastes étendues de ces secteurs de l’Antarctique, correspond à un très important gain de glace - suffisamment pour compenser les pertes dues aux glaciers à fort débit dans d’autres parties du continent et réduire la mer mondiale. élévation de niveau.  

L'équipe de Zwally a calculé que le gain de masse résultant de l'épaississement de l'Antarctique oriental est resté stable de 200 milliards de tonnes par an entre 1992 et 2008, tandis que les pertes de glace des régions côtières de l'Antarctique occidental et de la péninsule Antarctique ont augmenté de 65 milliards de tonnes par an.

«La bonne nouvelle est que l’Antarctique ne contribue pas actuellement à l’élévation du niveau de la mer, mais qu’il éloigne 0,23 millimètre par an», a déclaré Zwally. «Mais c'est aussi une mauvaise nouvelle. Si les 0,27 millimètres par an d'élévation du niveau de la mer attribués à l'Antarctique dans le rapport du GIEC ne proviennent pas vraiment de l'Antarctique, il doit y avoir une autre contribution à l'élévation du niveau de la mer qui ne soit pas prise en compte. "

«La nouvelle étude met en évidence les difficultés rencontrées pour mesurer les faibles variations de la hauteur de la glace en Antarctique oriental», a déclaré Ben Smith, un glaciologue de l'Université de Washington à Seattle, qui n'a pas participé à l'étude de Zwally.

"Effectuer l'altimétrie avec précision pour de très grandes zones est extrêmement difficile, et certaines mesures de l'accumulation de neige doivent être effectuées indépendamment pour comprendre ce qui se passe dans ces endroits", a déclaré Smith. 

Pour aider à mesurer avec précision les changements en Antarctique, la NASA élabore le successeur de la mission ICESat, ICESat-2, dont le lancement est prévu en 2018. «ICESat-2 mesurera les changements de la couche de glace dans l'épaisseur d'un crayon n ° 2. », A déclaré Tom Neumann, glaciologue à Goddard et chercheur adjoint du projet ICESat-2. "Cela contribuera à résoudre le problème du bilan massique de l'Antarctique en fournissant un enregistrement à long terme des changements d'altitude.

30 octobre 2015 https://www.nasa.gov/feature/goddard/nasa-study-mass-gains-of-antarctic-ice-sheet-greater-than-losses

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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 13:29
Source: conférence de François Gervais du 13 décembre 2018

Source: conférence de François Gervais du 13 décembre 2018

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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 11:38

Marxisme, personnalisme, islamisme, bouddhisme, écologisme, etc: la nidification dans un isme est un palliatif au déracinement. Ces maisons mères remplacent la maison natale. Ce sont les amers de la dérive, aux lourds effets de nasse. Les petits-enfants  en diaspora qui redécouvrent leur ascendance sont plus intolérants que ne l'étaient  chez eux leurs grands parents, dont la religion était comme une langue maternelle, qu'ils parlaient sans trop y penser. Ainsi le postmoderne, qui perd ses repères en épousant son temps,  tente-t-il se se ressourcer en remontant le temps. C'est la mémoire comme rachat et rançon d'un exil plus ou moins forcé, qui jette dans les métropoles  cette bombe humaine, le déboussolé hypermnésique. (...) Ce n'est pas parce que les religions sèment à tout vent, loin du bercail,  qu'elles se fondent gentiment dans le panorama. Elles surlignent à l'envi, comme un pied de nez, leur signalétique de défi (système pileux, niquâb, chignon, croix, trilaka etc.).

De même que dans nos conurbations, les organismes enfumés, hérissés de prothèses, exigent en dédit leur ration annuelle de soleil et de chlorophylle, les va-nu-pieds poussés vers le tourbillon des villes réclament obscurément un droit au retour, tel l'Ouzbek ou le Palestinien pourrissant dans son camp de toile et de boue. La religion sans la culture c'est pour eux une façon économique de rentrer au village, tout en restant sur place. (...) Déchiré entre sa carte d'identité (familiale, clanique, tribale) et une possible carte bleue (permutable et inodore) chaque paysan dépaysé, comme par un "schéma déclencheur inné", rééquilibre son ouverture physique au vaste par un repliement psychique sur l'ancestral. Pour ne pas devenir n'importe qui, autant dire personne.

Régis Debray, Eloge des frontières, p.51-52, Gallimard, 2010

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15 octobre 2018 1 15 /10 /octobre /2018 20:27

Voici deux graphiques qui apportent une réponse assez claire...

 

 

 

En bleu: les ouragans les plus puissants

En jaune: les ouragans d'intensité moyenne

En gris: les tempêtes

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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 11:15
 
Des paysans sales, pauvres et ne mangeant pas à leur faim, les connaissances accumulées lors de l'Antiquité peu à peu oubliées... Les clichés sur le Moyen Âge ont la vie dure ! La faute aux humanistes de la Renaissance, dont les constructions historiques renvoyèrent cette période, pourtant longue de 1000 ans, au rang d'âge sombre. C'est d'ailleurs à eux qu'on doit l'utilisation du terme "Moyen" : ils préféraient s'imaginer leur époque comme le miroir de l'Antiquité, qu'ils tenaient en haute estime, par opposition au Moyen Âge, caricaturé comme une période ignorante et superstitieuse. 
Ces clichés, bien ancrés dans notre imaginaire, persistent encore aujourd'hui. Alors que la tour médiévale Jean Sans Peur, à Paris, consacre une exposition à la question de "L'Hygiène au Moyen Âge", petit tour d'horizon de ces idées reçues. 
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Les gens étaient sales 
C'est sans doute l'un des préjugés qui perdurent le plus, tant il a été popularisé à travers les films et récits, à l'image du personnage grotesque de Jacquouille la Fripouille dans le film Les Visiteurs. Au Moyen Âge, à en croire les clichés, les paysans étaient couverts de crasse. La réalité est pourtant tout autre : héritage des thermes romains, les bains publics et étuves existent toujours dans les villes médiévales, où l'eau est considérée comme purificatrice. Le bain y est généralement hebdomadaire, et les plus démunis se lavent dans les rivières. La toilette est quotidienne, au moins pour les mains et le visage. 
L'hygiène est notamment prise très au sérieux lorsqu'elle est liée à la nourriture : les couches sociales les plus aisées ne manquent pas de se laver les mains avant de passer à table. Le livre Les Contenances de la table, paru au XVe siècle et destiné aux enfants, conseille ainsi de s'essuyer les lèvres avant de boire, de ne pas tremper sa viande directement dans la salière et de se laver les mains après le repas (après tout, la fourchette n'est pas encore utilisée !) :
Enfant se tu bois de fort vin
Met y de leave attrempeement
Et nen boy que suffisamment
Ou il te troublera lengin
Paradoxalement, c'est pendant la Renaissance que les normes d'hygiène se dégradent. La faute aux épidémies de peste noire qui ont traumatisé les populations : on craint alors que l'eau chaude, en dilatant les pores de la peau, ne laisse passer les maladies. Les bains publics sont peu à peu abandonnés, et on préfère se parfumer pour masquer les mauvaises odeurs. 
En février 2014, dans l'émission Du Jour au lendemain, Georges Vigarello, historien et directeur d’études à l’EHESS, auteur de Le Propre et le Sale, L'Hygiène du corps depuis le Moyen Age venait raconter l'évolution des critères de propreté au fil des siècles : 
Le parfum, c'est une histoire singulière. Avec le parfum la sensibilité immédiate des hommes du temps, au XVIe, donne le sentiment que vous purifiez. On peut purifier les villes contre la peste avec des procédés qui consistent à projeter de l'arôme ! Le parfum est ainsi utilisé dans les hôpitaux pour rendre l'air plus sain, ce qui est totalement contradictoire et impensable pour des repères qui sont les nôtres, mais évident pour les repères du XVIIe.

 

Il n'y a pas eu d'avancées scientifiques
L'Antiquité a été une période si prolifique de l'Histoire sur le plan des découvertes scientifiques que les avancées technologiques et scientifiques du Moyen Âge ont tendance à passer un peu inaperçues en comparaison. Les découvreurs n'ont pourtant pas subitement cessé d'exister l'espace d'un quasi-millénaire, du Ve au XVè siècle et le Moyen Âge s'est inscrit dans la continuité de l'Antiquité. 
Les moulins à eau par exemple, qui existaient déjà, sont perfectionnés et modernisés au point de faire du meunier un personnage indispensable de la vie du village : c'est grâce à l'énergie hydraulique qu'on actionne les machines qui permettent d'écraser le grain ou d'actionner les soufflets des forges. De la même façon, la roue à filer permet de gagner en efficacité pour le tissage des vêtements. 
C'est aussi l'époque de l'invention de l'horlogerie, à partir du XIIIème siècle, et de la sidérurgie moderne. Le Moyen Âge est en réalité un âge mécanique, qui met à contribution les forces naturelles (vent, eau, système de poids) à l'aide de mécanismes complexes.
Les découvertes ne sont pas que d'ordre technique : la circulation des idées permet notamment à la médecine de se développer et de se nourrir de la médecine arabo-musulmane, au rang desquels le Canon de la médecine d'Avicenne, une encyclopédie médicale qui synthétise, en 1025, les médecines grecque, hindou et arabe. 
Dans une conférence enregistrée en mai 2017, l'historienne médieviste Danielle Jacquart rappelait qu'au XIIe siècle, la médecine fut la première à connaître son renouveau : 
S’imposa alors l’idée selon laquelle un médecin digne de ce nom devait être lettré, connaître l’anatomie, la physiologie du corps humain, et rechercher les causes des maladies pour être en mesure d’appliquer un traitement. Et si la médecine prétend être une science, c’est qu’elle recherche les causes des maladies. [...] Même si nous savons aujourd’hui que les connaissances anatomiques étaient imparfaites, que la théorie médicale était peu apte à justifier des traitements efficaces pour les maladies les plus sévères, ce choix d’une médecine savante fondée rationnellement fut capital.
 
Les paysans ne mangeaient pas à leur faim
A l'évidence, on ne trouvait pas les mêmes mets à la table d'un seigneur et à celle d'un paysan, mais contrairement aux idées reçues, les personnes en bas de l'échelle sociale n'étaient pas si mal loties. L'image du paysan affamé nous vient tout droit des représentations des famines, régulières au cours des 1000 ans qu'a duré le Moyen Âge. Après tout c'est pendant cette période qu'est apparue la prière "A fame, bello et peste, libera nos Domine" :
De la peste, de la famine et de la guerre, délivrez-nous, Seigneur.
En cas de famine, l'aristocratie et le clergé étaient évidemment mieux protégés ; mais ils ne l'étaient pas forcément des épidémies qui allaient de pair. En règle générale, l'aristocratie avait accès à des denrées de meilleure qualité et en plus grandes quantités, notamment en ce qui concerne les viandes. Les paysans, s'ils se nourrissaient principalement de légumineuses et céréales, en consommaient également, quoique plus souvent sous forme salée ou fumée. La base de leur alimentation reste cependant le pain, fabriqué à base de farine de froment ou de seigle, comme en attestent les nombreux fours à pain retrouvés lors de fouilles archéologiques. Cet aliment principal les rendait néanmoins vulnérables aux conditions climatiques, à l'origine de nombreuses disettes.
En avril dernier, dans une série d'émissions consacrée à l'histoire de la faim, La Fabrique de l'Histoire revenait sur les nombreuses crises de famines qui ont parsemé le Moyen Âge, avec l'historien Gérard Béaur : 
La disette c'est la privation relative, et la famine c'est quand les gens meurent de faim. Les contemporains ne font pas toujours la différence. Quand [l'historien] Levasseur, il y a bien longtemps, a utilisé les chroniques pour répertorier les famines et disettes qui avaient eu lieu entre le Xe siècle et 1890, il trouve un nombre de famines absolument vertigineux, on a l'impression que c'est tous les jours ! Au XIe siècle, il y aurait eu 41 famines ! Il y a eu une grande confusion entre disette et famine. Pour les contemporains c'est un peu la même chose alors qu'on parle surtout de cherté : le grain devient très cher et inabordable pour les plus pauvres. Tout cela a créé des interrogations. [...] On en est arrivé à l'idée que chaque fois qu'il y avait une mortalité c'était une famine, que la faim était le grand pourvoyeur de la mortalité. Aujourd'hui on est en train de revenir sur cette question.
 
Les femmes étaient considérées comme des objets et ne travaillaient pas
Si la condition de la femme était très difficile, elle n'était pas aussi horrible qu'on a bien voulu le croire. A tel point que l'un de des exemples les plus emblématiques de la condition de la femme, le droit de cuissage, ou "droit de première nuit", pourtant à l'origine de nombreux récits, tient de la légende urbaine (ou est-ce rurale ?) et ne fut jamais inscrit dans la loi. 
En août 2018, dans l'émission Les Têtes Chercheuses, Julie Pilorget, doctorante en histoire médiévale et spécialiste d’histoire du genre était venue repousser les idées éculées sur la femme au Moyen Âge, tout en rappelant que le statut de celle-ci se définissait avant tout par rapport aux hommes...
Les trois statuts de la femme au Moyen Âge c'est celui de vierge, d'épouse et de veuve. On pense d'abord la femme au travers du mariage. [...] Le but pour la femme est de se marier et lorsqu'elle n'y arrive pas on peut avoir l'instauration dans certaines municipalités, dans le sud de la France,  de communautés d'organismes de charité qui vont aider ce qu'on appelle "les jeunes filles à marier" afin de leur constituer une dot. 
Si on est encore loin d'une égalité de droits pour l'homme et la femme, on aurait tort d'imaginer les femmes en train de filer la laine en attendant que leur époux revienne de sa journée de travail. Les femmes participent en effet aux travaux des champs ou aux ateliers, voire les dirigent à la mort de leur époux. Certaines d'entre elles possèdent ainsi des commerces très lucratifs.  
Si le Moyen Âge est pour les femmes une période d'émancipation, il n'en reste pas moins une période de marginalisation, spécialement pour les femmes seules, poursuivait Julie Pilorget :
La femme qui vit seule est vue comme une marginale. On va souvent la dénommer d'après des termes très généraux de fille, fillette, ou de fille publique - et dans ce dernier cas clairement on la désigne comme prostituée. Il y a tout un flou autour de la désignation de ces femmes seules qui sont sujettes à des agressions. On estime de toute façon qu'une femme qui ne serait pas vierge et ne serait pas mariée, ou veuve, est une femme de mauvaise renommée, dont la virginité est de toute façon mise en cause.
Il n'y avait pas de villes
Non, le Moyen Âge en Europe ne consistait pas uniquement en des villages perdus au milieu des campagnes, encadrés par quelques châteaux forts épars. Certes, la majeure partie des habitants vivent alors dans des zones rurales, mais les pôles urbains, plus denses, ne disparaissent pas pour autant. Plus densément peuplés, ils sont des centres névralgiques de la vie quotidienne, où se concentrent les fonctions religieuses, politiques et économiques. 
C'est parce que les habitations, constituées de bois, ont disparu au fil du temps que cette image d'un Moyen Âge dénué de villes a longtemps perduré. "Cette société médiévale n'a pas été cette période noire, du terme anglais qui a trop longtemps duré "dark ages".  Elle a été au contraire un temps d'expansion, de création, dynamique", protestait Jacques Le Goff dans l'émission Les Lundis de l'Histoire en février 2012.  La ville médiévale s'organisait en particulier autour de la place du marché, comme le racontait l'historien et professeur au Collège de France, titulaire de la Chaire d’histoire des pouvoirs en Europe occidentale (XIIIe-XVIe siècles), Patrick Boucheron :
La ville est le lieu d'une foire permanente, hors la ville ce n'est rien d'autre. C'est le lieu où la foire est permanente, où l'on peut trouver la diversité des activités. Cette fonction économique, qui est une fonction essentielle de valorisation du prélèvement féodal, trouve sa forme urbaine qui est évidemment la place du marché. [...] Le plus souvent elle n'est rien d'autre qu'un carrefour un peu élargi, dégagé, un lieu où l'on se retrouve. Mais ce qui fait l'espace public ce n'est pas architectural, c'est la pratique sociale de l'espace. 
Au début du Moyen Âge, les barbares ont mis l'Europe à feu et à sang
Ce cliché a d'autant plus la vie dure qu'il a été enseigné au collège. Pourtant aujourd'hui on ne parle plus tant d'invasions barbares que de grandes migrations. Ces dernièress commencent dès le IIe siècle et s'intensifient au Ve siècle. S'il y a des épisodes violents, les migrations sont surtout dues à des crises climatiques et la plupart des installations se font de façon pacifiques : "les Francs, les Alamans, les Burgondes, les Wisigoths, passent des contrats avec Rome, qui leur accordent le droit de s’installer sur les terres romaines tout en conservant leurs lois, leurs coutumes, leurs langues, en échange de services : ils vont ­défendre la terre et la cultiver", relate l'archéologue Isabelle Catteddu dans un entretien au Monde.
Le terme "barbare" regroupe en fait les personnes qui ne sont ni grecques, ni romaines, dont l'intégration se fait de façon progressive, au fil des siècles. En décembre 2012, dans l'émission Concordance des Temps, Bruno Dumézil, maître de conférences à l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense et organisateur d’un dictionnaire intitulé Les Barbares, revenait sur ces stéréotypes, devenus de puissants moteurs de l'Histoire : 
L'armée romaine embauche en masse des barbares. Parce qu'on a une crise démographique à Rome, parce qu'on a beaucoup plus de mal à trouver des légionnaires, on fait venir des barbares jugés plus compétents, plus loyaux, plus efficaces. A tel point qu'au IVe siècle plus de la moitié de la légion dite romaine est étrangère : ce sont des mercenaires barbares qui assurent le salut de Rome, la protection des frontières contre d'autres barbares de l'étranger jugés moins romanisés, moins assimilables...
Ces grandes migrations se poursuivront jusqu'au VIe siècle et s'achèveront avec l'arrivée des Slaves dans l'Empire romain d'Orient puis des Lombards en Italie du Nord.
Par Pierre Ropert, 6 septembre 20118, France Culture
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16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 10:38
Malgré les actions des militantes féministes et d'autres suffragettes, ce n'est qu'en 1944 que le droit de vote leur est accordé et en 1945 qu'elles peuvent enfin se rendre aux urnes. FAUX

C'est par l'ordonnance d'Alger du 21 avril 1944, signée par le général de Gaulle que les femmes françaises de plus de 21 ans acquièrent le droit de vote, après presque deux siècles de revendications féministes. Mais bien avant, l'histoire de France a enregistré des votes féministes à l'occasion de plusieurs scrutins.

Sous l'Ancien Régime, le vote était exercé pour élire des représentants lors de la convocation des Etats Généraux. Les femmes veuves et célibataires à cette occasion pouvaient être électrices, voire éligibles, si elles étaient assujetties à la taille à titre personnel.

Sous la révolution, les françaises se voient refuser le droit de vote par l'Assemblée nationale en décembre 1789. On les considère comme des citoyens « passifs ». Cette exclusion du corps électoral est successivement confirmée par la Constitution de 1791, puis par la Convention en juillet 1793. Pourtant, au fil des nombreux scrutins révolutionnaires, et dans la droite ligne des pratiques de l'Ancien Régime, des veuves et des filles célibataires s'acquittant de leurs devoirs de contribuables continuent de prendre part au vote dans de nombreuses municipalités. Plus significative est l'importante participation féminine enregistrée lors du vote populaire sur l'adoption de la première Constitution républicaine, à l'été 1793. Beaucoup de femmes sont présentes dans les assemblées locales débattant sur le texte constitutionnel, et leurs votes sont souvent pris en compte au même titre que ceux des hommes. On peut sans doute voir dans cet épisode le premier vote ouvert aux femmes de l'histoire de France.

Durant la première guerre mondiale, l'écrivain Maurice Barrès milite en faveur du « vote des morts » suggérant d'accorder le droit de vote aux veuves de guerre non remariées et aux mères de combattants tués par l'ennemi. Une telle mesure est adoptée en Belgique en 1918, mais elle est rejetée par les députés français à l'issue du conflit. C'est l'époque où le Canada, les États-Unis et la Grande-Bretagne, rendant hommage au rôle joué par les femmes en temps de guerre dans la vie économique et sociale, leur accordent le droit de vote.

En France, la question restera en suspens jusqu'au conflit mondial suivant. La faute au Sénat, qui rejette à plusieurs reprises les propositions faites en ce sens par les députés. Même si cela peut à première vue sembler paradoxal, c'est la majorité de gauche, constituée de radicaux et même par certains socialistes, qui emmène ce front de refus. Elle craint en effet que les femmes, influencées par le clergé, ne votent en masse pour la droite. La seconde guerre mondiale et le rôle joué par les femmes dans la Résistance auront raison de ces dernières réticences.

Charles Giol, Le Point Historia, avril 2011

 

 

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 17:07

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 21:45

Blanche2

ON pourrait multiplier les exemples de détails fournis par l'histoire du droit et celle des moeurs attestant la dégradation de la place tenue par la femme entre les coutumes féodales (1) et le triomphe d'une législation "à la romaine" dont notre code est encore imprégné. Si bien qu'au temps où les moralistes voulaient voir "la femme au foyer", il eût été plus indiqué de renverser la proposition et d'exiger que le foyer fût à la femme.

La réaction n'est venue qu'en notre temps.  Elle est d'ailleurs disons-le, fort décevante: tout se passe comme si la femme, éperdue de satisfaction à l'idée d'avoir pénétré le monde masculin, demeurait incapable de l'effort d'imagination supplémentaire qu'il lui faudrait pour apporter à ce monde sa marque propre, celle qui précisément fait défaut à notre société. Il lui suffit d'imiter l'homme, d'être jugée capable d'exercer les mêmes métiers, d'adopter les comportements et les habitudes vestimentaires de son partenaire, sans même se poser la question de ce qui est en soi contestable et devrait être contesté. A se demander si elle n'est pas mue par une admiration inconsciente, et qu'on peut trouver excessive, d'un monde masculin qu'elle croit nécessaire et suffisant de copier avec autant d'exactitude  que possible, fût-ce en perdant elle-même son identité, en niant d'avance son originalité.

De telles constatations nous entraînent assez loin du monde féodal; elles peuvent en tout cas nous amener à souhaiter que ce monde féodal soit un peu mieux connu de celles qui croient de bonne foi que la femme "sort enfin du Moyen Age": elles ont beaucoup à faire pour retrouver la place qui fut la sienne au temps de la reine Aliénor (2) ou de la reine Blanche (3)...

Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Age, 1979

 

(1) L'auteur a multiplié les exemples montrant qu'au moyen âge, les femmes votaient (notamment dans les villes), avaient des responsabilités importantes au sein de l'Eglise (dans les monastères par exemple, où elles dirigeaient parfois les hommes), agissaient auprès des notaires (pour ouvrir un commerce) sans produire d'autorisation maritale, exerçaient des professions à priori "masculines" à l'époque: maîtresses d'école, médecins, apothicaires, plâtrières, teinturières, copites, miniaturistes, relieuses etc...

On apprend aussi que l'Eglise catholique s'est battue afin de réclamer la liberté pour ceux qui s'engageaient l'un envers l'autre, se montrant aussi indulgente pour tolérer la rupture des liens imposés de force. "Les progrès du libre choix des époux ont partout accompagné la diffusion du christianisme" (R. Pernoud)

(2) Aliénor d'Aquitaine (1122-1204) épouse de Louis VII au XIIè siècle

(3) Blanche de Castille (1188-1252), épouse de Louis VIII et mère de Louis IX.

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