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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

histoire géo einstein

"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 21:45

Blanche2

ON pourrait multiplier les exemples de détails fournis par l'histoire du droit et celle des moeurs attestant la dégradation de la place tenue par la femme entre les coutumes féodales (1) et le triomphe d'une législation "à la romaine" dont notre code est encore imprégné. Si bien qu'au temps où les moralistes voulaient voir "la femme au foyer", il eût été plus indiqué de renverser la proposition et d'exiger que le foyer fût à la femme.

La réaction n'est venue qu'en notre temps.  Elle est d'ailleurs disons-le, fort décevante: tout se passe comme si la femme, éperdue de satisfaction à l'idée d'avoir pénétré le monde masculin, demeurait incapable de l'effort d'imagination supplémentaire qu'il lui faudrait pour apporter à ce monde sa marque propre, celle qui précisément fait défaut à notre société. Il lui suffit d'imiter l'homme, d'être jugée capable d'exercer les mêmes métiers, d'adopter les comportements et les habitudes vestimentaires de son partenaire, sans même se poser la question de ce qui est en soi contestable et devrait être contesté. A se demander si elle n'est pas mue par une admiration inconsciente, et qu'on peut trouver excessive, d'un monde masculin qu'elle croit nécessaire et suffisant de copier avec autant d'exactitude  que possible, fût-ce en perdant elle-même son identité, en niant d'avance son originalité.

De telles constatations nous entraînent assez loin du monde féodal; elles peuvent en tout cas nous amener à souhaiter que ce monde féodal soit un peu mieux connu de celles qui croient de bonne foi que la femme "sort enfin du Moyen Age": elles ont beaucoup à faire pour retrouver la place qui fut la sienne au temps de la reine Aliénor (2) ou de la reine Blanche (3)...

Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Age, 1979

 

(1) L'auteur a multiplié les exemples montrant qu'au moyen âge, les femmes votaient (notamment dans les villes), avaient des responsabilités importantes au sein de l'Eglise (dans les monastères par exemple, où elles dirigeaient parfois les hommes), agissaient auprès des notaires (pour ouvrir un commerce) sans produire d'autorisation maritale, exerçaient des professions à priori "masculines" à l'époque: maîtresses d'école, médecins, apothicaires, plâtrières, teinturières, copites, miniaturistes, relieuses etc...

On apprend aussi que l'Eglise catholique s'est battue afin de réclamer la liberté pour ceux qui s'engageaient l'un envers l'autre, se montrant aussi indulgente pour tolérer la rupture des liens imposés de force. "Les progrès du libre choix des époux ont partout accompagné la diffusion du christianisme" (R. Pernoud)

(2) Aliénor d'Aquitaine (1122-1204) épouse de Louis VII au XIIè siècle

(3) Blanche de Castille (1188-1252), épouse de Louis VIII et mère de Louis IX.

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 12:19

1er mai 2011 Femmes 1859-4b61a

 

Les comparatifs de salaires entre hommes et femmes font, globalement, ressortir un avantage en faveur des hommes. Il faut toutefois noter de sensibles contradictions entre ces comparatifs, autant quantitatives que qualitatives, et surtout, il convient de s'interroger sur les méthodes utilisées. Elles ignorent tout ou partie des points suivants :

  • le temps partiel est beaucoup plus pratiqué par les femmes, d'où un revenu féminin global moindre ; à cet égard, il conviendrait de baser les comparatifs sur les salaires horaires, et non mensuels ; le graphique ci-dessous montre que, tous secteurs confondus, les hommes occupent 57% des emplois ;

 

  

 

  • les hommes sont répartis sur beaucoup plus de corps de métiers que les femmes, ou, inversement, de nombreuses catégories sont à forte dominante masculine (en 2013, 92% des ouvriers sont des hommes) ; le graphique ci-dessus montre que 11 secteurs d'activité sur 17 (soit 65%) sont majoritairement masculins (hommes présents à plus de 50%) ; il montre aussi que, dans le secteur le plus féminisé (éducation, santé, action sociale), les hommes représentent 24%, alors que dans le secteur le plus masculinisé (construction), les femmes ne représentent que 7% ;

  • la population active est particulièrement contrastée entre les sexes : en 2011, 61,8% des hommes y sont présents, contre 51,7% pour les femmes [2]. Cet écart de 19,5% entre les représentativités des deux sexes, pourtant notable, n'est pas intégré dans les habituels comparatifs de salaires hommes-femmes. En ce troisième millénaire déjà bien entamé, peu de personnes s'interrogent sur cette disparité, tant on considère encore normal que l'homme soit un pourvoyeur ;

  • l'INSEE le confirme : les écarts de salaires dépendent en fait plus des catégories socioprofessionnelles que du sexe[3] ; il est même certaines catégories "réservées" aux hommes (éboueur, égoutier, voirie...) ; L'INSEE ajoute  : les femmes sont plus présentes dans les professions où les salaires sont plus faibles.

  • les hommes assument les métiers les plus difficiles, qui ne sont pas nécessairement les plus physiques ; il s'agit de métiers pénibles, rudes, salissants, dangereux, voire mortels : construction, voirie, égouts, garagiste, pêche en mer, extraction de minerais/pétrole/gaz, entretien de lignes à haute tension... Ces métiers, indispensables à la société, sont masculins, et à une écrasante majorité. Pourquoi cette discrimination ? Et pourquoi est-elle totalement ignorée dans les débats sur la parité ?

  • les hommes assument aussi des métiers à niveau de risque élevé : chirurgie, pilote de ligne ou de navire, pompier, sécurité... ;

  • quant à la sécurité du travail, l'INSEE relève que à durée d'exposition égale, les hommes ont deux fois plus d'accidents du travail que les femmes [4] ;

  • plus grave encore, l'Agence Nationale pour l'Amélioration des Conditions de Travail relève que les hommes sont 15 fois plus touchés que les femmes par les accidents mortels d’origine professionnelle : pour les hommes, le taux de mortalité pour 100.000 salariés s’établit à 6,0, pour les femmes, il est de 0,4 pour 100 000 [5]; 

  • selon l'observatoire des inégalités, en 2010, les hommes consacrent 47,8% de plus de temps professionnel que les femmes : 3h55 pour les hommes contre 2h39 pour les femmes, moyennes par jour, y compris samedi, dimanche et vacances) [6] ; ici, la persistance du maintien de l'homme dans un rôle de pourvoyeur est particulièrement flagrante ;

  • l'entreprenariat s'avère peu prisé par les femmes : en 2010, 28% des entreprises ont été créées par des femmes. Elles ont pourtant accès à des aides financières réservées aux femmes tel que le FGIF. Elles sont également 34,2% à être aidées par leur conjoint, contre 16,9% d'hommes aidés par leur conjointe. Enfin, elles y investissent moins d'argent que les hommes, ce qui est souvent un frein à la progression de l'entreprise [7]. Pourtant, s'il est un domaine égalitaire par excellence, c'est bien la création d'entreprise : partir d'une idée, y investir du temps, concevoir des produits ou services, développer une clientèle, administrer, développer... et tout ceci sans le "barrage fait par les hommes", si souvent invoqué pour expliquer les différences de salaire ou de carrière ;

  • la notion d'homme au foyer est quasi absente de la société : en 2004, 0,5% d'hommes au foyer contre 14,5% pour les femmes ou, autrement dit, 97% des personnes au foyer sont des femmes. Il convient donc de considérer cette très forte disparité, qui défavorise les hommes toujours autant emprisonnés dans leur rôle de pourvoyeur, et dans le principe que la place de l'homme est hors de la maison, et que son devoir est de tout faire, et tout supporter, pour y ramener son salaire ;

  • les congés parentaux sont un exemple caractéristique des disparités ; hommes et femmes y cotisent paritairement, mais les prestations ne sont absolument pas paritaires

    • ni en durée et montant : 11 à 18 jours calendaires pour les hommes, de 16 à 46 semaines calendaires pour les femmes, soit de 10 à 18 fois plus que pour les hommes ;

    • ni en proportion : 97% des congés parentaux sont aujourd'hui pris par les femmes déclare en 2013 la ministre des Droits des femmes [8] ;

  • enfin, ces contraintes pesant sur les hommes sont probablement un facteur contribuant à une cruelle disparité : la longévité moindre des hommes ; en 2010, 78,1 ans pour les hommes et 84,8 ans pour les femmes [9].

A la lecture de ces informations, le lecteur pourra s'interroger : les disparités sont elles fidèlement et objectivement présentées dans les médias ? La situation est-elle - globalement - à l'avantage des hommes, comme les médias en question semblent vouloir le laisser penser ?

Ces faits montrent en outre qu'il serait juste de rééquilibrer ce traditionnel débat de chiffres en y intégrant des aspects comme l'égalité face au choix socioprofessionnel, face à la répartition du temps famille-travail, face aux congés parentaux, face aux aides familiales, face au passage à temps partiel, face à la durée de vie... aspects qui sont nettement à l'avantage des femmes.


Remarque complémentaire

 - 83% des SDF français sont des hommes selon l'INSEE

 

Sources :

  1. INSEE - Taux de féminisation par secteur d'activité

  2. INSEE - Population active et taux d'activité selon le sexe et l'âge

  3. INSEE - Peu d'écart de salaire entre hommes et femmes

  4. INSEE - Les accidents du travail

  5. ANACT - Les salariés hommes principales victimes des accidents mortels

  6. Observatoire des inégalités - Durée moyenne des activités au cours d'une journée

  7. Ministère des Affaires sociales et de la santé- L'entreprenariat féminin

  8. Ministre des Droits des femmes - Congé parental

  9. INSEE - Espérance de vie 

 


 

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 13:08

 document avec lien pour site html m44b306b0   

Mais c'est Aristarque de Samos (vers 310-230 av J-C) l'un des derniers savants ioniens, qui a révolutionné notre conception du monde en avançant le premier que nous ne sommes que des habitants ordinaires de l'Univers et non des être spéciaux qui vivraient en son centre. Un seul de ses caculs est parvenu jusqu'à nous, une analyse géométrique complexe réalisée à partir d'observations minutieuses qui lui ont permis de déterminer la taille de l'ombre de portée de la Terre pendant une éclipse de Lune.

methode-aristarqueIl en a conclu que le soleil devait être beaucoup plus grand que la Terre. Considérant sans doute que les petits objets doivent tourner autour des gros et non l'inverse, il a été le premier à soutenir que la Terre, loin d'être le centre de notre système planétaire, n'est qu'une des planètes orbitant autour du soleil, beaucoup plus imposant. Même s'il y avait encore un pas pour passer de cette idée à celle d'un soleil qui n'aurait quant à lui non plus rien de particulier, cela n'a pas empêché Aristarque de suspecter que les autres étoiles qui brillaient dans la nuit n'étaient en fait que des soleils lointains.

 

 

Stephen Hawking, Y a-t-il un grand architecte dans l'Univers ? , Odile Jacob, 2011

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 16:31

 GlobeBehaim

On savait dès l'Antiquité que la Terre était ronde.

Au début de la civilisation grecque certains l'imaginaient comme un disque plat posé sur l'eau dont les mouvements expliqueraient les tremblements de terre. Anaximandre (610-547 av J-C) supposa une terre cylindrique. C'est l'école pythagoricienne et surtout le philosophe Parménide qui affirmèrent au Vè siècle av J-C la sphéricité de la Terre. Platon, Aristote et la plupart des grands philosophes grecs adoptèrent cette représentation sphérique du monde qui devint le postulat de base de toute recherche scientifique.

Avec la chute de l'Empire romain et les grandes invasions, l'étude des sciences recula.  Les penseurs chrétiens ne donnèrent plus de crédit aux "théories païennes" et les premiers d'entre eux revinrent à une représentation plate. (...) Cependant la plupart des théologiens du haut Moyen Âge continuent à privilégier la vision sphérique de notre planète. Isidore de Séville (560-636) compare la Terre à une balle. (...) La conquête musulmane à partir du VIIe siècle ne remet pas cela en cause. (...) Au XIII siècle sous l'impulsion du dominicain Albert le Grand, maître de St Thomas d'Aquin, ou du franciscain anglais Roger Bacon, les universités occidentales s'ouvrent aux sciences arabes et grecques ainsi qu'aux philosophes Aristote et Platon. L'image de la Terre comme sphère n'est plus sérieusement remise en cause. Dès le XIV siècle l'intuition et le désir de pouvoir en faire le tour mûrit. Le livre des Merveilles du monde écrit entre 1355 et 1357 par l'explorateur Jean de Mandeville après un voyage de 34 ans en Extrême-Orient laissait entendre la possibilité d'une circumnavigation.

Dès cette époque des missions dominicaines et fransciscaines atteignent l'Orient, des marchands l'Afrique, et Marco Polo la Chine en 1275. Le temps des découvertes débute. Le premier globe terrestre est réalisé par le navigateur allemand Martin Behaim en 1491 (voir photo ci-dessus). Vasco de Gama, Christophe Colomb et Magellan n'ont plus qu'à lancer l'exploration de la Terre et à en faire le tour.

                                            Olivier Tosseri, 150 idées reçues sur l'Histoire

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 11:57

 femme-travail

Deux facteurs essentiels ont contribué à la promotion des femmes dans le monde du travail.

D'une part leur accès de plus en plus général aux études supérieures. Aux Etats-Unis, entre 2006 et 2008, 32.7% des femmes de la catégorie 25-34 ans possédaient déjà un niveau de diplôme égal ou supérieur au baccalauréat, contre seulement 25.8% des hommes. Dans tous les pays développés, les femmes sont aujourd'hui majoritaires dans les universités: 58.9% des diplômes délivrés par les universités européennes le sont à des femmes. 

L'autre facteur, sans doute plus important, a été le passage d'une société industrielle dominée par l'automobile et le bâtiment à une économie de services , qui donne de moins en moins d'importance à la force physique. On est en d'autres termes passés d'une société où les emplois industriels occupaient une place prépondérante à une société où la première place revient au secteur tertiaire et aux emplois de service (secrétariat, communication, aide à la personne etc.), lesquels sont le plus souvent occupés par des femmes. Treize des quinze catégories professionnelles dont il est prévu qu'elles prendront de plus en plus d'importance dans les années qui viennent emploient majoritairement des femmes. L'économie industrielle était une économie surtout masculine, l'économie post-industrielle devient une économie féminine. "Celle-ci souligne Hanna Rosin, favorise les compétences comme l'intelligence sociale, les communications, la concentration. Des valeurs auxquelles les femmes semblent être plus à l'aise que les hommes".

(...)

Mais la participation des femmes aux différents secteurs professionnels n'en reste pas moins largement sexuée: un très grand nombre de femmes dans l'enseignement, la magistrature et les professions de justice, les relations publiques, les services aux personnes, la puériculture, les professions de santé, qui sont aussi les secteurs les plus en expansion, un très petit nombre dans les métiers manuels, le bâtiment, l'informatique, l'ingéniérie, le personnel pénitentiaire, la haute finance. L'ouverture massive du marché du travail aux femmes a donc indirectement confirmé les différences entre les hommes et les femmes en matière d'orientations et de comportements.

Contrairement aux hommes, qui se dirigent majoritairement vers les métiers impliquant un haut degré de compétition et une relation aux objets, les femmes se sont orientées massivement vers les métiers impliquant un haut degré de coopération et une relation à autrui. Même dans les sociétés qui se veulent les plus "égalitaires", certains métiers restent essentiellement masculins, d'autres essentiellement féminins, non pas tant parce que certains métiers sont "interdits aux femmes" (ce qui peut arriver occasionnellement) que parce que le choix de ces métiers répond à des affinités, des goûts, des orientations propres à chaque sexe. En Norvège, pays réputé le plus égalitaire en matière de relations entre les sexes, 90% des infirmiers sont des femmes, et 90% des ingénieurs sont des hommes.

Alain de Benoist, Les démons du bien, 2014

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 16:23

 

 

 

Juifs français

Juifs étrangers

Population en 1940

190000

140000

Victimes en déportation

21000

55000

% ayant échappé à la mort

89,00%

61,00%

 

Source: étude de Serge Klarsfeld (écrivain, historien et avocat de la cause des déportés de France)

 

A titre de comparaison en Belgique 40% des juifs ont échappé à la mort, 15% aux Pays-Bas et 10% seulement en Pologne. Que dire des 65000 déportés politiques et de droit commun de France dont aucun livre d'histoire ne parle ? Des 47000 "malgré-nous" (alsaciens-lorrains enrôlés de force dans l'armée allemande) disparus sur le front de l'Est ?

Selon Serge Klarsfeld si les trois quart des juifs de France ont été sauvés, c'est grâce à « la sympathie sincère de l'ensemble des français, ainsi qu'à la solidarité agissante... »

D'après André Kaspi qui déclarait dans la revue L'Histoire (octobre 1991, p52): "Vichy a sacrifié les juifs étrangers pour mieux protéger les juifs français, mais sans Pétain, les juifs de France auraient subi le même sort que ceux de Belgique, des Pays-Bas ou de Pologne. Pendant deux ans, ils ont d'une certaine manière bénéficié de l'existence de l'Etat français..."

Il serait salutaire de rappeler cette vérité historique aux propagandistes actuels qui exagèrent le rôle collaborationniste des français dans ce domaine et centrent leur attention exclusivement sur une souffrance particulière. La réalité c'est que 90% des juifs français sont restés en vie, ce qui constitue un record dans l'Europe occupée par les nazis.

L'Histoire doit rester ce qu'elle est et ne pas céder autant que faire se peut aux pressions communautaires ou politiciennes...

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 12:24

 

inquisition

 

Viennent immédiatement à l'esprit, dès que ce mot est prononcé, des aveux extirpés sous la torture, une justice expéditive, un bûcher... L'Inquisition c'est avant tout un tribunal de l'Eglise catholique romaine relevant du droit canonique et chargé de statuer sur les cas de non-conformité avec le dogme qui lui sont soumis. Cette juridiction exceptionnelle représente l'autorité du pape lorsque les tribunaux ecclésiastiques s'avèrent inadaptés (...) la procédure inquisitoire est d'abord mise en place au XIIè et XIIIè siècles à des fins de discipline ecclésiastique. L'Eglise s'en sert ensuite pour lutter contre les hérésies. Concernant les peines, la papauté se contente de reprendre celles émises par les pouvoirs temporels - qui se chargent le plus souvent de condamner et brûler les hérétiques, sorcières ou sodomites, sans elle. Dans une société où la foi est prépondérante, les pouvoirs civils veulent avant tout préserver l'ordre social. (...)

Généralement c'est l'évêque qui est chargé du procès mais le pape peut déléguer son autorité à un inquisiteur, la plupart du temps choisi parmi les franciscains ou les dominicains. Les procédures religieuses sont tout aussi rudimentaires que celles de l'autorité civile de l'époque. Quelquefois plus progressistes: un notaire transcrit tous les débats, les accusés ne sont pas incarcérés durant toute la procédure et peuvent récuser un juge ou faire appel à Rome. Ceux qui confessent leurs fautes reçoivent une pénitence religieuse -la fustigation publique au cours d'une messe, l'entretien d'un pauvre, la confiscation des biens ou l'exil, le pèlerinage; dans le cas contraire ils sont excommuniés.

L'usage de la torture ou question, massivement utilisée par les tribunaux séculiers, n'est pas l'apanage de l'Inquisition qui n'y recourt que rarement ou de manière exceptionnelle (moins de 10% des cas)/ Un ecclésiastique ne pouvant verser le sang, les avuex obtenus sous la torture ne sont pas recevables. Dans l'ensemble, le tribunal inquisitoire condamne peu. 

Alors si la justice inquisitoriale s'est montrée beaucoup moins expéditive que la civile, pourquoi cette légende noire ? La mémoire collective a retenu la répression contre les albigeois lors d'une croisade menée de 1208 à 1249 par les grands barons du nord de la France. Mais c'est surout le fanatisme de l'inquisiteur espagnol; Torquemada (XVè siècle) qui a marqué durablement les esprits. La contre-réforme protestante au XVIè siècle, l'antipapisme de l'Eglise anglicane, Voltaire luttant contre l'obscurantisme et, au final, une IIIè République anticléricale: un ensemble de mutations qui va ancrer durablement la vision erronée mais qui convient mieux aux mentalités de notre siècle.

Olivier Tosseri, revue Historia

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 16:47

VOLTAI~3La légende dorée de Voltaire est "enseignée" aux élèves du secondaire à qui l'on apprend que la "tolérance" était le leitmotiv du philosophe des Lumières. Mais une lecture plus minitieuse nous fait saisir la complexité de la pensée de cet auteur qui ne s'émancipa guère, dans certains domaines, de la pensée dominante . Ainsi, tour à tour, Voltaire exprime sa condamnation puis son soutien à l'esclavage et des propos clairement racistes et antisémites.  

Il ne s'agit évidemment pas ici de condamner le philosophe à postériori, usant de repères moraux différents de ceux du XVIIIè siècle (le travail de l'historien ne consiste ni à encenser ni à condamner, plutôt à COMPRENDRE) mais d'apporter quelques nuances qui permettront de reconsidérer les Lumières avec plus de finesse. 

Toute lumière produit sa part d'ombre...

 

Voici quelques extraits de "l'Essai sur les moeurs" de 1756 pour mesurer le degré de tolérance du grand Voltaire

"Les Samoïèdes, les Lappons, les habitants du nord de la Sibérie, ceux du Kamshatka, sont encore moins avancés que les peuples de l'Amérique. La plupart des Nègres, tous les Cafres, sont plongés dans la même stupidité, et y croupiront longtemps." (Tome 1)

  "Si nous lisions l'histoire des Juifs écrite par un auteur d'une autre nation, nous aurions peine à croire qu'il y ait eu en effet un peuple fugitif d'Egypte qui soit venu par ordre exprès de Dieu immoler sept ou huit petites nations qu'il ne connaissait pas ; égorger sans miséricorde les femmes, les vieillards et les enfants à la mamelle, et ne réserver que les petites filles ; que ce peuple saint ait été puni de son Dieu quand il avait été assez criminel pour épargner un seul homme dévoué à l'anathème. Nous ne croirions pas qu'un peuple si abominable (les Juifs) eut pu exister sur la terre. Mais comme cette nation elle-même nous rapporte tous ses faits dans ses livres saints, il faut la croire." (tome 1)


   "Si Dieu avait exaucé toutes les prières de son peuple, il ne serait restés que des Juifs sur la terre ; car ils détestaient toutes les nations, ils en étaient détestés ; et, en demandant sans cesse que Dieu exterminât tous ceux qu'ils haïssaient, ils semblaient demander la ruine de la terre entière." (tome 1)


 " N'est-il pas clair (humainement parlant, en ne considérant que les causes secondes) que si les Juifs, qui espéraient la conquête du monde, ont été presque toujours asservis, ce fut leur faute ? Et si les Romains dominèrent, ne le méritèrent-ils pas par leur courage et par leur prudence ? Je demande très humblement pardon aux Romains de les comparer un moment avec les Juifs." (tome 1)

 

" Nous n'achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l'acheteur. Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir." (tome 8)

 A propos des Tziganes " Il y avait alors une petite nation, aussi vagabonde, aussi méprisée que les Juifs, et adonnée à une autre espèce de rapine ; c'était un ramas de gens inconnus, qu'on nommait Bohèmes en France, et ailleurs Egyptiens, Giptes ou Gipsis, ou Syriens (...). Cette race a commencé à disparaître de la face de la terre depuis que, dans nos derniers temps, les hommes ont été désinfatués des sortilèges, des talismans, des prédictions et des possessions." (Tome 5)


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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 23:17

Qu'on permette à une sociologue habituée à analyser les prises d'opinion de pointer quelques arguments non valides dans le débat sur le "mariage pour tous". Je procéderai pour cela du plus consensuel - l'homosexualité - au plus controversé - la filiation.

1. L'expression "mariage pour tous" est impropre : le mariage reste interdit aux mineurs, et n'a par ailleurs jamais été interdit aux homosexuels, qui de tout temps ont pu contracter mariage avec une personne de l'autre sexe. Ce qui leur a toujours été impossible - et qui est revendiqué aujourd'hui - est de se marier avec une personne de même sexe, c'est-à-dire d'accorder leur statut matrimonial avec leur sexualité (si tant est que celle-ci soit exclusivement homosexuelle).

2. L'opposition au dit "mariage pour tous", ou plutôt, donc, "mariage homosexuel", ne peut être réduite à de l'homophobie, même si celle-ci existe chez certains opposants. Tout d'abord, parce qu'il existe des homosexuels opposés à ce projet, par fidélité à une certaine conception de l'identité homosexuelle. Ensuite, parce qu'il n'est pas acceptable de réduire une position aux motivations supposées de ses défendeurs, pas plus qu'à leurs caractéristiques (l'on aurait telle opinion parce qu'on serait hétérosexuel ou homosexuel, de droite ou de gauche, etc.) : même si une corrélation existe, factuellement, entre identité et opinion, refuser celle-ci au nom de celle-là revient à esquiver le débat, c'est-à-dire l'échange d'arguments rationnels. Cette attitude n'est pas digne du débat démocratique.

3. Il est faux d'affirmer que le mariage est non seulement l'institution organisant la filiation mais aussi celle reconnaissant une "communauté de vie" : si c'était le cas, maints pères pourraient se marier avec leur fille, maintes mères avec leur fils, maints frères avec leur soeur, puisque nombreuses sont les familles où existe une telle communauté de vie. Ce que reconnaît l'institution du mariage, c'est l'existence d'un rapport sexuel dans une communauté de vie, ouvrant donc à la possibilité d'une filiation.

4. Dans ces conditions, prétendre ne revendiquer le mariage homosexuel que pour la reconnaissance d'un lien amoureux, et non pas pour la filiation, revient àexiger de l'Etat qu'il ait un droit de regard sur la sexualité des personnes (ce que, soit dit en passant, les mouvements de défense des homosexuels ont longtemps combattu, du temps où existaient des lois condamnant l'homosexualité). Faut-ilaccepter, au nom de l'égalité, que la sexualité entre adultes consentants devienne, pour tous - hétérosexuels comme homosexuels -, une affaire d'Etat ? C'est là une conséquence majeure de l'actuel projet de loi, qui mériterait d'être, pour le moins, discutée.

5. Concernant, justement, l'argument de l'égalité : il est faux d'affirmer que le mariage homosexuel serait conforme à l'exigence d'égalité de tous les citoyens, car une telle exigence n'a jamais existé, en démocratie, que sur le plan des droits civiques - le droit de vote en particulier.

Le "droit à l'enfant", lui, n'existe pas, sauf à considérer l'enfant comme un bien appropriable : il ne peut exister, en la matière, que des devoirs envers les enfants. Quant aux droits sociaux, non seulement ils ne reposent pas sur l'égalité, mais ils y sont opposés, puisqu'ils consistent justement à traiter inégalement les personnes de façon à compenser des inégalités existantes (c'est le principe de l'équité).

Le principe méritocratique est, lui aussi, fondamentalement opposé à l'égalité, puisqu'il consiste à récompenser les personnes de façon inégale, en fonction de leurs contributions respectives (tout notre système scolaire, notamment, repose sur ce fonctionnement inégalitaire mais équitable). Faut-il alors étendre l'exigence d'égalité aux droits civils ?

C'est la question posée aujourd'hui.

Mais l'on ne peut y répondre correctement qu'en considérant que l'égalité n'a de sens qu'entre personnes de statut équivalent : l'on n'a jamais exigé, par exemple, qu'au nom de l'égalité les enfants soient autorisés à voter. Reste donc la question : les homosexuels ont-ils le même statut que les hétérosexuels du point de vue de l'état civil ? La réponse est clairement oui, puisque la République ne reconnaît que des citoyens, sans considération de religion ni de pratiques sexuelles : il n'y a donc pas à changer quoi que ce soit du point de vue matrimonial - sauf à accepter, là encore, que le mariage soit la reconnaissance légale de l'exercice de la sexualité.

6. Reste la question de la parentalité : là, le statut des homosexuels n'est pas équivalent à celui des hétérosexuels, puisque leur sexualité rend problématique l'engendrement, sauf à pratiquer la bisexualité ou à recourir à des techniques artificielles. Nos institutions juridiques ont-elles pour vocation de compenser les conséquences problématiques que peuvent avoir pour des individus leur refus derecourir à des arrangements avec l'autre sexe, en dissociant plaisir sexuel et procréation ? Là encore, le saut logique et éthique est considérable. Certes, l'on peut toujours modifier une institution. Mais est-ce parce qu'une modification est possible, ou parce qu'elle est souhaitée par certains, qu'elle doit être imposée à tous, au prix de bouleversements dont les implications n'ont pas été réellement discutées, faute justement de réel débat ou d'arguments sérieux ?

7. En l'état de nos institutions, il faut donc admettre que le mariage homosexuel ne prend sens que dans une revendication de filiation : ce qui est d'ailleurs le fondement de l'institution du mariage, qui consiste initialement (même si cette fonction a été historiquement élargie par diverses réformes) à donner des parents légaux (donc une généalogie) à des êtres de chair. Et en effet, autoriser le mariage homosexuel, c'est ouvrir automatiquement le droit à l'adoption pour les couples homosexuels.

La question qui doit se poser alors n'est plus celle des droits des adultes, mais des devoirs envers les enfants ; et précisément : quel sera leur état civil ? Auront-ils accès à l'identité de leurs géniteurs ? Leur propre identité sera-t-elle inscrite dans la différence des sexes qui a présidé à leur engendrement, ou bien y aura-t-il déni de cette réalité originaire ?

Sachant l'importance des troubles (parfois psychotiques) liés au secret ou au déni de l'origine, il serait irresponsable de s'engager dans une ouverture du mariage, donc de la filiation, aux couples de même sexe, sans réponse claire à ces questions - principe de précaution oblige. Et ne parlons même pas ici des problèmes posés par la procréation médicalement assistée (PMA) ou la gestation pour autrui (GPA), qui ne manqueront pas d'être exigés, toujours au nom de l'égalité.

Si le pacs avait été créé en son temps, c'était pour éviter que ces questions ne soient ouvertes avec l'accès au mariage. Une dissociation claire entre droits sociaux (ouverts aux concubins quels qu'ils soient), droits civils et droits civiques aurait permis à l'époque de résoudre, sans modifications institutionnelles majeures, les problèmes qui sont du ressort de l'Etat. Peut-être est-il encore temps de réfléchir à cette distinction, et aux limites à apporter au contrôle juridique sur la vie privée des personnes ?

8. Il est faux d'affirmer, comme le font certains opposants au projet de loi, que la filiation par un père et une mère serait "naturelle" : seul l'engendrement biologique peut être dit tel, alors que la filiation est, elle, avant tout symbolique, passant donc par des mots. En ce sens, elle est tout entière sociale - et c'est cela, justement, qui fait sa force. Là encore, il convient de distinguer ces trois formes de parenté que sont la parenté biologique (un ovule, un spermatozoïde), la parenté symbolique (les noms du père et de la mère inscrits sur l'état civil), et la parenté d'éducation (les personnes ayant la garde effective de l'enfant).

Il est aussi dénué de fondement d'affirmer que des homosexuels seraient de mauvais éducateurs que d'affirmer qu'il serait sans conséquence négative pour un enfant de se croire né d'un père et d'un père, ou d'une mère et d'une mère (les psychoses ne se déclenchent parfois qu'à l'âge adulte, voire à la génération suivante).

Le refus du déni sur la parenté biologique, l'obligation d'offrir à tout enfant une filiation symbolique ne reposant pas sur le déni ou le secret, et la latitude donnée à tout citoyen d'élever un enfant quelle que soit sa sexualité : voilà qui devrait conférer un socle de réflexion moins discutable que le sont les nombreux sophismes entendus sur cette question délicate.

 

Le Monde, le 29 janvier 2013 par Nathalie Heinich, sociologue et directrice de recherche au CNRS

 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/29/mariage-gay-halte-aux-sophismes_1823018_3232.html

 

Nathalie Heinich a travaillé sur le statut d'artiste et d'auteur ("La Gloire de VanGogh, 1991", "Le Triple Jeu de l'art contemporain", 1998 , "Etre écrivain" 2001) ; les identités en crise ("Etats de femme" 1996, "Les Ambivalences de l'émancipation féminine", 2003) ; l'histoire de la sociologie ("La Sociologie de Norbert Elias", 1997, "Pourquoi Bourdieu", 2007, "Le Bêtisier du sociologue", 2009). Son dernier ouvrage paru s'intitule "Maisons perdues" (éd. Thierry Marchaisse, 126 p.,14,90 €).

 

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 22:58

Bien que vivant dans une société dominée par les hommes, les femmes jouent un rôle important au moyen Age, et ce dans toutes les couches sociales, à la ville comme à la campagne.

Le modèle chrétien du mariage, édifié sur l'idée d'une union entre deux être égaux, unis de manière indissoluble et liés par des devoirs réciproques, est déjà en soi une amélioration de la situation de la femme dans un couple par rapport à l'Antiquité. "Nec domina, nec ancilla, sed socia", ni maîtresse, ni servante, mais compagne, a-t-on coutume de dire aux temps féodaux. La femme n'est plus une perpétuelle mineure, passant de la tutelle d'un père à celle d'un mari, comme l'exigeait le droit romain.  Dès le VIIè siècle, le consentement des parents, c'est à dire du père et de la mère, n'est plus, aux yeux de l'Eglise, indispensable à la validité du mariage. Une véritable révolution.

A partir du XIIIè siècle, les intérêts financiers de la femme mariée sont préservés. Majeures très jeunes, dès 12 ans dans la plupart des coutumes, les femmes restent propriétaires de leurs biens propres. Les maris en ont l'usage appelé saisine, mais ils ne peuvent, eux, en disposer. A l'inverse en cas de don ou de vente des biens propres au mari, le consentement de la femme doit toujours être mentionné. Les juristes protègent ainsi la future veuve des éventuelles prodgalités de l'époux et des contestations soulevées en cas de décès par les enfants ou les collatéraux. Par ailleurs si la femme apporte une dot, le mari doit lui constituer un douaire, une sorte d'assurance décès. En effet, si l'époux meurt, la femme a la jouissance d'une partie des biens de celui-ci, à la hauteur de la moitié dans les familles roturières et du tiers chez les nobles. Ce droit au douaire a pour but d'assurer sa subsistance au cas où elle ne se remarierait pas, car une femme dotée ne peut plus figurer au partage successoral avec ses frères. L'épouse peut également remplacer son mari absent ou empêché, à plus forte raison en cas de décès, et nombre de châtelaines, devenues chefs de famille, administrent seules les domaines. 

Enfin en ville comme à la campagne, les femmes participent activement à la vie économique. Beaucoup tiennent, avec  leurs maris, des boutiques et des ateliers. Mais une grande partie d'entre elles, célibataires ou veuves, exercent un métier en toute indépendance. D'ailleurs, une commerçante a le droit de témoigner en justice pour tout ce qui concerne son commerce.

Jusqu'à la fin du XVè siècle, les femmes bénéficient de la "capacité juridique", une expression signifiant que l'épouse peut agir sans l'autorisation de son mari. A partir du XVIè siècle, celle-ci va devenir peu à peu juridiquement incapable, c'est-à-dire que ses actes, sans autorisation de son époux seront nuls. Au fil des siècles, le contrôle marital va devenir de plus en plus pesant. Le point culminant de ce long processus aboutira au XIXè siècle, aux mesures du Code Napoléon faisant à nouveau des femmes d'éternelles mineures.

 

Véronique Dumas, revue Historia

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