Ce lieu permet d'approfondir les thèmes abordés en classe, de clarifier des points essentiels de méthodologie et d'affûter son esprit critique. Il est dédié aux esprits curieux qui ont soif de compréhension et de liberté intellectuelle.
Introduction
Au début du XXè siècle, l'expression politique et syndicale du socialisme allemand est une référence pour de nombreux pays européens, tant ces mouvements y sont puissants et influents. Puisant leur idées dans les œuvres de Marx et Engels, notamment le "Manifeste du parti communiste" (1848), les socialistes allemands veulent rompre avec la logique capitaliste et la domination bourgeoise pour que s'épanouisse une société plus fraternelle et plus juste. D'inspiration révolutionnaire le socialisme entend refonder le modèle économique en refusant le marché et la confiscation des richesses par une minorité; pour cela, le prolétariat doit parvenir à prendre le pouvoir.
Toutefois les crises douloureuses subies par le pays ainsi que l'évolution du contexte géopolitique tout au long du XXè siècle doivent interroger l'unité du socialisme allemand en lien avec le mouvement ouvrier : quelles en furent les crises et les mutations profondes ?
Nous verrons dans un premier temps que la Grande Guerre a joué un rôle majeur dans le divorce entre socialistes et communistes, puis que l'entre deux-guerres a vu successivement la montée en puissance de la social-démocratie puis du national-socialisme, enfin qu'après 1945, la guerre froide puis la mondialisation ont conditionné des transformations profondes du mouvement ouvrier.
1- La grande guerre (1914-1918) : de l'union sacrée à la révolution spartakiste
A- Une union sacrée fragile
- L'union sacrée = le patriotisme avant la lutte des classes
- Des courants socialistes qui s'éloignent au sein même du SDP (révisionnisme Bernstein) depuis les dernières années du XIXè siècle: Berstein ("les réformes pour une révolution") / Luxembourg ("la révolution pour faire les réformes").
B- La fin de l'Empire et le mouvement spartakiste 1918-1919)
- Les socialistes en première ligne pour conduire à l'abdication de Guillaume II (grèves, mouvements sociaux, conseils d'ouvriers), mais la création du KPD (parti communiste allemand) marque une rupture.
- Naissance de la République de Weimar / accords Stinnes-Liegen = compromis entre grand patronat et monde ouvrier défendu par le SPD (progrès social indéniable avec la journée de travail de 8h par exemple). La vision réformiste de Bernstein triomphe.
- R. Luxembourg et K. Liebknecht créent le mouvement spartakiste et tentent une révolution sur le modèle russe de 1917 : « la semaine sanglante » (janvier 1919) voit la répression du mouvement par le gouvernement modéré (dont faisait partie le SPD) : la rupture est consommée. Jamais les communistes n'oublieront et ne pardonneront aux socialistes modérés.
2- l'entre deux guerre : épanouissement et déclin des sociaux-démocrates
A- Le SPD axe majeur de la vie politique allemande
(voir cours)
B- La crise économique remet en cause l'équilibre républicain
- Une crise sociale sans précédent : 6 millions de chômeurs et une économie en récession.
- Le SPD décline au profit du KPD et surtout des nationaux-socialistes (NSDAP) qui gagnent les élections législatives en novembre 1932 et ont pu compter sur les divisions entre leurs adversaires.
C- Le national-socialisme : un recul des mouvements socialiste et ouvrier
- Le III Reich des nazis remplace les lutte des classes défendu par les sociaux-démocrates et communiste par la lutte des races et défend l'unité du peuple allemand.
- Le parti communiste est le premier parti interdit (prétexte de l'incendie du Reichstag), puis ce sont les autres formations politiques dont le SPD qui a refusé de voter les pleins pouvoirs à Hitler. Les opposants politiques socialistes furent les premières victimes des camps de concentration nazis.
- Si le chômage se résorbe par une politique de grands travaux et la remilitarisation du pays, les conditions salariales et de travail des ouvriers régressent. Le Front du travail entend remplacer tous les syndicats.
3- Les socialismes allemands et l'adaptation à la mondialisation
A- RFA et RDA deux visions du socialisme
- Le contexte de la guerre froide marque profondément l'Allemagne qui se voit scindée en 2 en 1949.
- La RDA avec un parti unique, le SED, s'oriente vers un socialisme autoritaire qui ressemble à celui appliqué en Union soviétique : la collectivisation est mise en place, l'économie dirigée par l'Etat. De fait le parti soumis aux injonctions de Moscou devient le chantre d'un totalitarisme qui encadre le mouvement ouvrier.
- En RFA le contexte géopolitique conduit à marginaliser le parti communiste ce qui permet au SPD de renouer avec le pouvoir dans les années 60 (W. Brandt / H. Schmidt) après avoir opéré une profonde transformation lors du congrès de Bad-Godesberg en 1959. En effet le parti social-démocrate renonce au communisme ainsi qu'à la lutte des classes et accepte l'économie de marché. Par ailleurs le système de cogestion (recherche de compromis entre le patronat et les mouvements ouvriers) s'est affirmé et consolidé dès les années 50, devenant un modèle européen de progrès social dans le cadre des Trente Glorieuses.
B- Réunification, mondialisation et mutation de la social-démocratie
La chute du mur de Berlin en novembre 1989 conduit à la réunification de l'Allemagne en 1990 dans un contexte de mondialisation croissante de l'économie.
Cela a des effets considérables : quasi-disparition des communistes, recul du taux de syndicalisation et surtout nouvelle transformation du SPD sous l'impulsion de Schröeder qui devient chancelier en 1998. En effet l'agenda 2010 marque une volonté des sociaux-démocrates d'entériner une acceptation du libéralisme dans le cadre d'une guerre économique de plus en plus globalisée. Ces réformes qui seront saluées par la droite libérale ont conduit à de nombreuses manifestations qui resteront sans effet. Les renoncements du SPD ont conduit à l'émergence du parti de gauche « Die Linke » , bien plus radical dans sa critique du capitalisme.
CONCLUSION
L'idéal socialiste théorisé par Marx et Engels a donc, en Allemagne, été « retraité » de bien des manières en fonction du contexte national et international. Au cours du XXè siècle, ce pays a été un véritable laboratoire d'expériences diverses liées aux idées socialistes par le biais de partis (SPD et parti communiste surtout) ou de syndicats. De réelles avancées sociales ont ainsi été rendues possibles, notamment avec le système de la cogestion, même si parfois le socialisme – comme en RDA - a pu se retourner contre les intérêts des travailleurs.
Toutefois l'effondrement du bloc communiste et l'accélération de la mise en concurrence des travailleurs du monde entier ont fragilisé les acquis sociaux et remis en question les bases idéologiques des mouvements socialistes allemands.