Ce lieu permet d'approfondir les thèmes abordés en classe, de clarifier des points essentiels de méthodologie et d'affûter son esprit critique. Il est dédié aux esprits curieux qui ont soif de compréhension et de liberté intellectuelle.

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L'héritage scientifique grec fut-il transmis par les chrétiens ou les musulmans au moyen-âge  ?

Les syriaques1 avaient entrepris de traduire dans leur langue, dès la fin du IVe siècle, les écrits logiques d'Aristote dont ils avaient besoin pour comprendre les Pères grecs et lutter contre les arguments hérétiques. […] Le plus célèbre traducteur du VIe siècle s'appelait Sergius de Res'ayna. Il traduisit 26 ouvrages de Galien ainsi que, entre autres, les catégories d'Aristote. Au VIIe et VIIIe sous l'occupation musulmane, l’œuvre de traduction du grec en syriaque se poursuivit […] Les traductions en arabe apparaissent au VIIe pour atteindre leur apogée au IXe siècle. C'est alors que les ouvrages philosophiques, médicaux et scientifiques les plus importants de la Grèce ont été transposés en arabe, ce qui explique que l’œuvre scientifique des Arabes musulmans n'apparaisse qu'au Xe siècle. […] L'un des problèmes les plus délicats posés par la transcription en arabe était l'absence totale de termes scientifiques dans cette langue : les conquérants étaient des guerriers, des marchands, des éleveurs, non des savants ou des ingénieurs. Il fallut donc inventer un vocabulaire scientifique et technique. Des chrétiens ont ainsi forgé, de A à Z, le vocabulaire scientifique arabe. Telle fut notamment l’œuvre d'Hunayn ibn Ishaq (809-873), le véritable créateur de la terminologie médicale arabe , dont le génie consista non seulement à décalquer des mots grecs et à les « arabiser » en leur donnant une sonorité arabe (philosophia devenant falsafa) mais aussi à inventer des équivalents arabes en prenant appui sur le sens des mots : le mot «  pylore » en grec qui veut dire « gardien » a par exemple été rendu par le mot arabe « bawnwâb » (« portier »). […]

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Les califes de Bagdad s'entourèrent pendant plus de trois siècles, du VIIIe au milieu du XIe , de médecins chrétiens (nestoriens pour la plupart). A Damas , sous les Omeyades exercèrent de nombreux médecins arabes chrétiens, tels Ibn Athal, Abu Hakam qui soigna le premier calife omeyade, Mu'awiya […]. Sous la dynastie abbasside de Bagdad, les médecins nestoriens régnèrent en maîtres de leur discipline […] créant des écoles liées aux couvents et enseignant la philosophie, la médecine et la théologie, ce qui ne fut pas toujours du goût des autorités musulmanes.

Politiquement et démographiquement minoritaires ces chrétiens se valorisèrent en exerçant des professions qui assuraient estime et protection de la part des califes mais attisaient aussi la haine du peuple contre eux. Plusieurs familles se consacrèrent à la carrière médicale, de génération en génération : les Sarâfiyûn dont le plus célèbre est Yuhanna ibn Sarâfiyûn. Ces dynasties constituèrent une riche aristocratie, jalousée des musulmans mais indispensable aux califes en raison de leurs compétences. Al-Mansur en 765 utilisa la science d'un ophtalmologue chrétien. […]

C'est cette même médecine gréco-chrétienne que transmit en Occident Constantin l'Africain et que pratiquent d'ailleurs les byzantins. Certains marchands italiens, venus d'Amalfi, Venise ou Pise, qui installent leurs comptoirs dans l'Empire byzantin, apprirent aussi à la connaître dès le XIe siècle, tandis que son efficacité aurait été éprouvée par les mercenaires flamands au service de Constantinople dans la seconde moitié du XIe siècle […] C'est elle encore qu'introduisirent en Espagne musulmane les sabéens et les juifs. Dès la fin du X siècle, arrive à Tolède un sabéen originaire de Bagdad, Al-Harani, qui crée aussitôt une école de médecine. Selon les dires mêmes des chroniqueurs musulmans, les grands médecins d’Al-Andalous du Xe siècle sont des chrétiens mozarabes ou des juifs. Et c'est bien cette médecine gréco-syriaque que découvrent les croisés. En effet aux XIIe et XIIIe siècles, s'il y a désormais, et en nombre, des médecins musulmans, ils sont considérés par leurs coreligionnaires comme des praticiens de second ordre, les meilleurs étant toujours réputés être les chrétiens. […] En présence du savoir antique, l'attitude des nouveaux maîtres du Proche-Orient pouvait être quadruple : adoption, rejet, indifférence, emprunts sélectifs au moyen d'un filtre culturel et religieux. L'indifférence l'emporta souvent mais il y eut de nombreux rejets radicaux. On retint en général de l'héritage grec ce qui ne venait pas contredire l'enseignement coranique.

 

Aristote au Mont Saint-Michel, Chap. 2, Sylvain Gouguenheim, Ed. Du Seuil, 2008

 

1- Peuple du Proche-Orient (Syrie actuelle) ayant formé l'une des premières communautés chrétiennes (1er siècle ap. J-C)

ACTIVITÉ

1- Recherches: à qui correspondent les « pères grecs » ? Qui sont les « nestoriens » et les sabéens ? Les Omeyades et les Abbassides ? (2pts) 2- Rappelez la définition « d'hérétique » (1pt) 3- Quels sont les enseignements essentiels de ce document ? (3pts) Comparez-les avec la leçon du manuel sur le même sujet à la page 87 (2pts) 4- Comment expliquer la différence de point de vue avec le doc 5p83 ? (2pts) 5-Montrer dans un paragraphe d'une trentaine de lignes que ce texte témoigne de relations complexes entre civilisation musulmane et chrétienne ainsi que de l'importance de l'héritage grec. (10pts)

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