Ce lieu permet d'approfondir les thèmes abordés en classe, de clarifier des points essentiels de méthodologie et d'affûter son esprit critique. Il est dédié aux esprits curieux qui ont soif de compréhension et de liberté intellectuelle.

Dans leur majorité, les migrants ne sont plus des ruraux analphabètes, comme lors des déplacements de masse des années 1960, mais des urbains scolarisés, qui ont pu accumuler un pécule (1). Autre tendance récente, nombre d'entre eux aspirent à circuler sans se sédentariser définitivement, avec une double nationalité ou des titres de séjour à entrées multiples. Plus les frontières leurs sont ouvertes et moins ils s'installent.
De nouveaux facteurs expliquent la forte hausse des migrations depuis une vingtaine d'années:
- la constitution d'un imaginaire migratoire (par le biais de la TV et du retour des migrants)
- la connaissance accrue des filières d'entrée dans les pays d'accueil
- la généralisation des passeports qui facilitent la sortie des pays d'origine
- l'existence de solidarités transnationales (diaporas)
- la baisse du coût des transports
- les besoins de main d'oeuvre dans les pays du Nord (2)
Quel que soit, cependant, le pouvoir d'attraction que l'imaginaire libéral (et son culte de la marchandise) exerce directement sur les nouvelles classes moyennes du tiers-monde (ce que l'extrême gauche libérale appelle, pour sa part, "l'attrait d'une vie meilleure") on ne saurait négliger pour autant le rôle important que jouent, dans la construction de ces nouveaux flux migratoires, les différents réseaux capitalistes illégaux spécialisés dans l'acheminement de la main d'oeuvre clandestine en Europe. Ces réseaux afin de rentabiliser au maximum leur business n'hésitent plus désormais à organiser des "battues" dans les pays d'origine, destinées à convaincre leur "cheptel" potentiel (ce sont les termes techniques employés) d'émigrer au plus vite vers le paradis capitaliste occidental.(3)
Quant à l'idée récemment avancée par Miguel Benasayag - dans l'espoir, sans doute, de conférer ainsi une légitimité philosophique minimale aux nouvelles formes capitalistes de déplacement de la force de travail - et selon laquelle l'acte migratoire serait inscrit, comme tel, dans la nature humaine ("l'homme migre"), il est clair qu'il s'agit d'une façon particulièrement réductrice d'assimiler des processus historiques, politiques et anthropologiques qui n'ont aucun point commun.
JC Michéa, La double pensée,champ essai p185-186,2008
1- Ce "pécule" constitue en réalité le plus souvent une somme conséquente au regard des revenus des pays émetteurs. Cet argent est bien entendu nécessaire au paiement des divers passeurs dont les tarifs sont toujours très élevés.
2-Les nouveaux migrants de Catherine Withol de Wenden, L'histoire, janvier-mars 2008)
3- Les routes clandestines. L'Afrique des immigrés et des passeurs, Serge Daniel, Hachette 2008