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Les femmes n'ont-elles jamais voté avant 1945 en France ?

Malgré les actions des militantes féministes et d'autres suffragettes, ce n'est qu'en 1944 que le droit de vote leur est accordé et en 1945 qu'elles peuvent enfin se rendre aux urnes. FAUX

C'est par l'ordonnance d'Alger du 21 avril 1944, signée par le général de Gaulle que les femmes françaises de plus de 21 ans acquièrent le droit de vote, après presque deux siècles de revendications féministes. Mais bien avant, l'histoire de France a enregistré des votes féministes à l'occasion de plusieurs scrutins.

Sous l'Ancien Régime, le vote était exercé pour élire des représentants lors de la convocation des Etats Généraux. Les femmes veuves et célibataires à cette occasion pouvaient être électrices, voire éligibles, si elles étaient assujetties à la taille à titre personnel.

Sous la révolution, les françaises se voient refuser le droit de vote par l'Assemblée nationale en décembre 1789. On les considère comme des citoyens « passifs ». Cette exclusion du corps électoral est successivement confirmée par la Constitution de 1791, puis par la Convention en juillet 1793. Pourtant, au fil des nombreux scrutins révolutionnaires, et dans la droite ligne des pratiques de l'Ancien Régime, des veuves et des filles célibataires s'acquittant de leurs devoirs de contribuables continuent de prendre part au vote dans de nombreuses municipalités. Plus significative est l'importante participation féminine enregistrée lors du vote populaire sur l'adoption de la première Constitution républicaine, à l'été 1793. Beaucoup de femmes sont présentes dans les assemblées locales débattant sur le texte constitutionnel, et leurs votes sont souvent pris en compte au même titre que ceux des hommes. On peut sans doute voir dans cet épisode le premier vote ouvert aux femmes de l'histoire de France.

Durant la première guerre mondiale, l'écrivain Maurice Barrès milite en faveur du « vote des morts » suggérant d'accorder le droit de vote aux veuves de guerre non remariées et aux mères de combattants tués par l'ennemi. Une telle mesure est adoptée en Belgique en 1918, mais elle est rejetée par les députés français à l'issue du conflit. C'est l'époque où le Canada, les États-Unis et la Grande-Bretagne, rendant hommage au rôle joué par les femmes en temps de guerre dans la vie économique et sociale, leur accordent le droit de vote.

En France, la question restera en suspens jusqu'au conflit mondial suivant. La faute au Sénat, qui rejette à plusieurs reprises les propositions faites en ce sens par les députés. Même si cela peut à première vue sembler paradoxal, c'est la majorité de gauche, constituée de radicaux et même par certains socialistes, qui emmène ce front de refus. Elle craint en effet que les femmes, influencées par le clergé, ne votent en masse pour la droite. La seconde guerre mondiale et le rôle joué par les femmes dans la Résistance auront raison de ces dernières réticences.

Charles Giol, Le Point Historia, avril 2011

 

 

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