Ce lieu permet d'approfondir les thèmes abordés en classe, de clarifier des points essentiels de méthodologie et d'affûter son esprit critique. Il est dédié aux esprits curieux qui ont soif de compréhension et de liberté intellectuelle.
L'école existe bien avant l'empereur, dès l'antiquité ! L'empereur est canonisé en 1165, l'université de Paris lui attribue à la fin du XV siècle sa fondation, ce qui, en France, fait de lui le patron universel de l'enseignement... Quid de la réalité ? D'après Eginhard, l'empereur a reçu une instruction très médiocre et n'apprend qu'assez tard le latin et le grec: s'il sait à peu près lire, il n'arrivera jamais, malgré tous ses efforts, à écrire correctement. (...)
L'Europe occidentale apparaît à cette époque comme un vaste champ de ruines: les invasions barbares ont entraîné le déclin des cités et l'incendie des bibliothèques; les guerres civiles qui déchirent par la suite le monde franc ne permettent pas un véritable renouveau culturel. (...) Seule l'Eglise assure tant bien que mal le maintien de la culture antique, mais les clercs instruits qui ont appris le latin dans les écoles ecclésiastiques, ont désormais bien du mal à se faire comprendre de leurs ouailles, qui parlent des dialectes romans ou germaniques. Bien des prêtres, insuffisamment formés, ne comprennent d'ailleurs rien aux paroles sacrées en latin.(...)
Et c'est tout le sens du capitulaire général qu'édicte Charlemagne en 789. Dans ce vaste programme de réformes, un chapitre entier concerne l'école: "que les prêtres attirent vers eux non seulement les enfants de condition servile, mais aussi les fils d'hommes libres. Nous voulons que des écoles soient créées pour apprendre à lire aux enfants". Objectif fort ambitieux: il s'agit de créer un réseau d'écoles paroissiales gratuites et ouvertes, semble-t-il à tous les enfants (mâles), pour leur apprendre à lire et écrire (le latin), à compter et à chanter, dans un but religieux, mais dans l'espoir aussi de former les futurs cadres de l'empire. D'autres édits répètent ou complètent ce premier texte, ce qui laisse entendre qu'il a dû rester en partie lettre morte.
S'il n'a pas inventé l'école, Charlemagne a contribué par une politique éclairée, à sauver la culture antique et à refonder les bases intellectuelles sur lesquelles l'Europe allait se construire dans les siècles suivants.
Rodolphe Keller - Revue Historia