Ce lieu permet d'approfondir les thèmes abordés en classe, de clarifier des points essentiels de méthodologie et d'affûter son esprit critique. Il est dédié aux esprits curieux qui ont soif de compréhension et de liberté intellectuelle.
En fait depuis le rétablissement provisoire de la monarchie en 1815, le nom de "gauche" n'a plus jamais cessé de couvrir, pour l'essentiel, le simple refus philosophique (et psychologique) de toute tentation "conservatrice" ou "réactionnaire" ainsi que l'exhortation perpétuelle des individus et des peuples à faire "table rase" de leur encombrant passé (ou à défaut, à ne pas devoir s'en souvenir que sur le mode religieux de la "repentance").
Or il est évident que les premiers théoriciens socialistes partageaient bien avec les libéraux un même refus révolutionnaire de l'ancien monde des castes et des aristocraties - celui des communautés agraires traditionnelles fondées sur l'inégalité de naissance, la famille patriarcale et la domination d'un pouvoir guerrier et religieux - il est non moins évident, en revanche qu'ils n'entendaient nullement remettre en question le fait communautaire lui-même.(...)
Il faut dire que pour les libéraux, il ne peut effectivement exister de processus d'émancipation véritable que sous la condition d'une rupture intégrale (sur le modèle de la révolte de l'adolescent) avec l'ensemble des contraintes et des obligations communautaires traditionnelles auxquelles l'existence de chaque être humain se trouve initialement soumise. Pour un libéral toujours soucieux, par définition, de garantir à chacun la possibilité de "jouir paisiblement de son indépendance privée" (Benjamin Constant), il va en effet de soi que toutes les formes d'appartenance ou d'identité qui n'ont pas été librement choisies par un sujet sont potentiellement oppressives et "discriminantes". C'est la raison pour laquelle aucun libéral authentique ne pourra jamais se reconnaître d'autre "patrie" que celle désormais constituée par le marché mondial sans frontière. (...) Dans la doctrine libérale, le marché se présente toujours, en effet, comme la seule instance de "socialisation" qui soit intégralement compatible avec la liberté individuelle dans la mesure où il n'exige, de la part des individus qu'il met en relation, aucun engagement moral ou affectif particulier ni, à fortiori, aucun contre-don. Or c'est justement cette représentation fantasmatique d'un sujet supposé n'accéder à la liberté authentique qu'à partir du moment où s'étant définitivement arraché à toutes ses "racines" et à toutes ses déterminations originaires il va pouvoir enfin travailler à se reconstruire "librement" et dans son intégralité.
Jean-Claude Michéa, Les mystères de la gauche
Questions
1- Qu'est-ce qui pour l'auteur est le fondement de l'appartenance à la gauche ?
2- Au XIXè siècle montrer qu'être de gauche signifie forcément être libéral.
3- En quoi s'opposer au libéralisme aujourd'hui apparaît-il comme réactionnaire ?