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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

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"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 14:41

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Les mainmises successives de l'Etat sur le médium(1) le plus efficace expriment sa vulnérabilité à ce même médium. On n'arrête pas Voltaire ? Certes, mais Voltaire a le droit d'écrire les lettres qu'il veut depuis Ferney, mais non de faire circuler les livres qu'il veut dans le royaume, parce que l'ordre public de l'absolutisme n'est plus à la portée d'un trait d'esprit, mais éventuellement d'une diffusion inconsidérée.

Sartre peut faire circuler les livres et les journaux qu'il veut, non faire la série TV qu'il veut parce que l'ordre public libéral est hors d'atteinte d'un pamphlet en librairie ou d'une vente à la criée dans la rue, mais peut-être pas d'un rendez-vous télévisuel. Dis-moi émetteur ce à quoi on t'oblige, je te dirai ce que tu peux. Il y a des canaux où tu as le droit de tout dire ? Ce sont ceux-là où ton dire peut le moins.(...)

Comme si un thermostat secret réglait la liberté de diffusion. Lorsqu'elle cède sur le livre (1830), l'autorisation préalable se concentre sur la presse et le théâtre. Lorsqu'elle abandonne la première à l'argent (1881), et le second à son caractère inoffensif (1906-1945), cette mesure passe au cinématographe (1909); réorganisée en 1961, elle est toujours en vigueur.  Lorsque la régulation fléchit sur l'industrie du cinéma (1975), elle se durcit sur la radiodiffusion et lorsqu'elle s'y trouve contestée (par les radios périphériques), elle s'est tournée, via le monopole, vers la télévision (où le Chagrin et la pitité de Marcel Ophüls est interdit d'antenne quoique autorisé à l'écran).

(...) C'est le volume de l'audience qui mesure à chaque fois la sévérité des lois. Comme si l'abondance ici recréait là, automatiquement, la rareté; comme si chaque discrimination sociale abolie reportait un cran au-dessus la nouvelle pierre de touche entre le vulgum et l'élite, le plouc et le chic. Par exemple, la démocratisation de la parole est conquise lorsque l'accès aux moyens d'impression est devenu réglementé. Quand tout le monde a pu faire des discours dans la rue ou sous un arbre, seuls quelques-uns pouvaient imprimer les livres. La "démocratisation" de l'imprimé intervient lorsque l'accès à l'audiovisuel devient hautement sélectif.

 

Régis Debray, cours de médiologie générale, onzième leçon, 1991

 

(1) médium: support de l'échange

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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 14:27

 

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Tout se passe comme s'il y avait un jeu à somme nulle, hier, entre la librairie et le Prince, aujourd'hui entre le journaliste et le ministre. Plus le premier est puissant et sûr de lui, plus le second est humble et précaire. (…) Le système des vases communicants a eu une traduction quantitative dans le commerce de la librairie. Au XVIe siècle, explosion de l'imprimé, implosion de l'Eglise romaine. Au XVIIe siècle déflation et recul des imprimés, apogée de la royauté. Au XVIIIe, gonflement livresque et folliculaire, affaissement de la monarchie. Comme si tout ce qui se gagnait d'un côté état autant perdu de l'autre. 

A partir de son expérience radiophonique, puis à l'ORTF, au service de la recherche, Pierre Schaeffer a résumé l'affrontement Pouvoir / Communication par la formule des gaz parfaits: « P.C = constante ». A communication nulle, pouvoir infini et réciproquement.(...)

La police de la parole publique traduit le fantasme de programation absolue dont le pouvoir absolu permet de s'approcher. En Corée du Nord, on assure que le seul journal quotidien ,celui du Parti, est imprimé avec quelques jours d'avance sur le jour de sa diffusion. (…) En limitant le nombre des émetteurs d'information ou en appauvrissant l'information émise, je réduis les marges de l'imprévu, de l'anormal, de l'aléatoire. Je gouverne mieux car je prévois mieux.(...) Du XVIe au XXe siècle, l'absolutisme politique a toujours eu la hantise des multiplicateurs intellectuels. Richelieu ne voit que danger dans la multiplication des collèges, comme Colbert dans celle des imprimeries.(...) Quant à Napoléon, il disait à Eugène: "il faut imprimer un peu et le moins sera le mieux".

 

Régis Debray, cours de médiologie générale, onzième leçon, 1991

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 17:49

 

L'autoritarisme des régimes socialistes actuels a encouragé au sein de la Gauche non seulement une compréhension nouvelle de la démocratie politique, mais également la croyance grandissante qu'une "révolution culturelle" pourrait être l'élément décisif si l'on veut tenter de mettre en place une société réellement démocratique. (...) Ce concept insaisissable suppose en général que les vieilles habitudes de soumission à l'autorité tendent à réapparaître d'elles-mêmes au sein même des mouvements dont les objectifs sont démocratiques, et qu'à moins que ces habitudes soient extirpées à la racine, les mouvements révolutionnaires continueront à recréer  les conditions qu'ils cherchent précisément à abolir. 

 

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(...) Mais quoi qu'il en soit, toutes ces positions - quant à la révolution culturelle à mener - se basent sur un socle commun de postulats relatifs aux effets  dissolvants de la modernité sur les modes de pensée "traditionnels". La démocratisation de la culture, si l'on en croît cette opinion dominante, exigerait au préalable un programme éducatif ou un processus capable d'arracher les individus à leur contexte familier, et d'affaiblir les liens de parenté, les traditions locales et régionales, et toutes les formes d'enracinement dans un lieu. (...)

Ce modèle implicite d'éducation éclairée exige d'être révisé. Il est à bien des égards profondément fallacieux. Il sous-estime la solidité et la valeur des attachements traditionnels. Il donne à tort l'impression d'une stagnation intellectuelle et technologique des sociétés "traditionnelles", et il encourage par là une surestimation des réalisation de l'esprit moderne émancipé. Non seulement il exagère les effets libérateurs du déracinement, mais il défend une conception très pauvre de la liberté. Il confond, en effet, la liberté avec l'absence de contraintes. (...)

Depuis le XVIII siècle, l'offensive contre les particularismes culturels et l'autorité patriarcale, qui encourageait - tout du moins au début -  la confiance en soi et la pensée critique, s'est trouvée accompagnée de la création d'un marché universel de marchandises, dont les effets furent exactement inverses. Ces deux processus appartiennent indissolublement à la même séquence historique. Le développement d'un marché de masse qui détruit l'intimité, décourage l'esprit critique et rend les individus dépendants de la consommation, qui est supposée satisfaire leurs besoins, anéantit les possibilités d'émancipation que la suppression des anciennes contraintes pesant sur l'imagination et l'intelligence avait laissé entrevoir. En conséquence, la liberté prise par rapport à ces contraintes en vient souvent, dans la pratique, à signifier la seule liberté de choisir entre des marchandises plus ou moins similaires. L'homme ou la femme moderne, éclairé, émancipé, se révèle ainsi, lorsqu'on y regarde de plus près, n'être qu'un consommateur beaucoup moins souverain qu'on ne le croît. Loin d'assister à la démocratisation de la culture, il semble que nous soyons plutôt les témoins de son assimilation totale aux exigences du marché.

Or la confusion entre la démocratie et la libre circulation des biens de consommation est devenue si profonde que les critiques formulées contre cette industrialisation de la culture sont désormais automatiquement rejetées comme critiques de la démocratie elle-même; tandis que , d'un autre côté, la culture  de masse en vient à être défendue au nom de l'idée qu'elle permet à chacun d'accéder à un éventail de choix jadis réservés aux riches. (...)

Le trait le plus remarquable de ce débat sur la culture de masse est le fait que beaucoup de partisans de la gauche, par souci de se disculper du moindre soupçon d'élitisme, ont fini - pour défendre la culture de masse - par recourir à une variante de cette idéologie de la libre entreprise, qu'ils rejetteraient sur le champ si d'autres l'utilisaient comme un argument  destiné à soustraire le monde insdustriel aux interventions gouvernementales. (...) La "noble vision" évoquée par Whitman1 d'une culture démocratique élaborée par des intellectuels "à la fois si talentueux et si populaires qu'ils pourraient en influencer les élections" en était venue à apparaître absurde. 

Les avocats d'une culture de haut niveau se retrouvaient ainsi sur les même positions que leurs adversaires. Aucune des deux parties ne croyait plus à la possibilité d'une véritable démocratisation de la culture. (...) Les écoles  ont abandonné tout effort réel de transmettre "ce que l'on sait  et ce que l'on pense de mieux dans le monde". Elles travaillent sur la base du postulat qui veut qu'une culture de haut niveau soit intrinsèquement élitiste, que personne ne devrait être obligé d'apprendre quoi que ce soit de difficile.

Christopher Lasch, Culture de masse ou culture populaire ? (1981)

 

1- Poète et humaniste américain (1819-1892)

 

Questions

1.Résumez les critiques principales formulées par C. Lasch quant à la culture de masse

2.Expliquez la phrase soulignée dans l'extrait.

3.La vision défendue par Whitman correspond-elle à la culture de masse ? Justifiez votre réponse

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 16:38

Cliquer sur le lien ci-dessous pour visionner l'extrait vidéo:    


Extrait "des nouveaux chiens de garde" (de Gilles balbastre, 2011)

 

Relevez les questions judicieuses soulevées par le film à propos de l'indépendance des journalistes vis-à-vis du pouvoir politique.


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