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"N'oublie pas de rechercher aussi le bonheur que procure une compréhension nouvelle, apportant un lien supplémentaire entre le monde et toi. Ce devrait être l'oeuvre à laquelle tu apportes le plus grand soin, et dont tu puisses être le plus fier."

 

Albert Jacquard, A toi qui n'est pas encore né.

"On se fait généralement du progrès une idée fort élémentaire"

 

Régine Pernoud (1909-1998), historienne

"Moins d'histoire et de chronologie, ça ne va pas faire des jeunes gens modernes, ça va faire des jeunes gens amnésiques, consensuels et obéissants

Régis Debray

 

 

"Les véritables hommes de progrès ont pour point de départ un respect profond du passé"

Ernest Renan

 

 

30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 12:11

 

La mondialisation permet de créer davantage de richesses mais renforce les inégalités tant du point de vue spatial, puisque l’accentuation de la rugosité de l’espace s’observe à toutes les échelles - planétaire, régionale, nationale, locale - que sur le plan social : l’écart entre ceux qui peuvent saisir les opportunités offertes par la mondialisation et ceux qui ne trouvent pas leur place, ceux qui tirent profit de l'espace et ceux qui le subissent. Un cinquième de l’humanité seulement consomme (et produit) les quatre cinquièmes des richesses mondiales.

A- Critique du modèle libéral et de la croissance

- Depuis le début des années 90 et la fin de la guerre froide qui marque un moment clé, antimondialistes et altermondialistes, (souvent par le biais d'ONG de syndicats ou d'associations) parfois présents dans certains partis politiques (plutôt les partis dits « d'extrême-gauche ») dénoncent les excès de la mondialisation se traduisant par toute une série de problèmes aggravés qu'incarnent particulièrement les FTN:

- accroissement des inégalités sociales:

     - montée du chômage et/ou de la précarisation dans certains territoires. Des FTN sont très critiquées pour leur non respect des droits élémentaires des travailleurs (salaires, conditions d'emploi Ex: Foxconn en Chine) ; craignant de perdre des parts de marché elles mènent une guerre de l'image pour séduire les consommateurs.

     - part croissante de la richesse redistribuée aux acteurs financiers (actionnaires par le biais de dividendes) au détriment des travailleurs dont les salaires stagnent (capitalisme financier >capitalisme industriel) à cause des politiques de dérégulation et/ou de taux d'imposition dérisoires des grands groupes. L'association ATTAC par exemple propose des alternatives au modèle de développement dominant (instauration de la taxe Tobin pour aider au développement)

La pression médiatique des altermondialistes conduit à un début de mutation des comportements : l'économie sociale et solidaire compte 2 millions d'emplois en France, le microcrédit permet à plus de 200 millions de personnes pauvres dans le monde de réaliser leur projet de création d'entreprise. Le commerce équitable accroît les revenus de 2 millions de paysans des PVD (20% du café en GB).

- une pression environnementale inquiétante (épuisement des ressources – déforestation - , pollutions diverses, concurrence / eau potable dans le cas de Coca-Cola en Inde) Le règne du libre-échange et la baisse des coûts de transports conduisent à produire au loin ce que l'on pourrait fabriquer au plus près. Certains prônent le retour du commerce de proximité, la recherche de la qualité des produits notamment alimentaires (avec la remise en question de l'agriculture intensive) même s'ils sont un peu plus chers, plaident en faveur du développement des industries du recyclage, des énergies renouvelables ou des modes de transport moins énergivores (covoiturage)

- une uniformisation culturelle (world music / world food/ Hollywood) synonyme d'américanisation, que certains nomment « mac donaldisation » ou « disneylandisation » - très bien incarnée dans le téléphone mobile - et qui entraînerait une « apocalypse des traditions » selon les termes de Jean-Pierre Warnier. Mais ce processus a des effets paradoxaux. Selon le philosophe Debray on assiste à un retour en force des archaïsmes et traditions pour combler le vide d’appartenance crée par une "culture mondialisée" qui réduit de plus en plus le citoyen à une consommateur.

B- L'ambiguité croissante des frontières et de leur rôle

- Paradoxalement la mondialisation accompagne une “balkanisation” du monde et donc une multiplication des frontières étatiques (50 Etats en 1945, 195 aujourd'hui). Mais si les frontières sont plus nombreuses elles sont plus poreuses à cause du libre-échange et de la dérégulation financière.

- Ainsi les frontières deviennent davantage des interfaces (smart border entre E.-U. Et Canada) d'un point de vue économique tout en restant des régulateurs de flux migratoires dans la plupart des pays (Etats-Unis vis-à-vis du Mexique, Afrique du Sud / ses voisins du Nord , Israël et territoires occupés etc.). Une demande de frontière comme protection se fait plus vive dans de nombreux pays de la part des classes populaires (les plus faibles)."Là où il y a un faible et un fort, c'est toujours le faible qui demande une frontière. L'idéologie du sans-frontiérisme c'est l'idéologie du riche et du fort" (R.Debray)

Les frontières affaiblies à certains égards regagnent donc du crédit en lien avec un désir de souveraineté et/ ou de sécurité et gardent toute leur pertinence dans un certain nombre de domaines.

C- Les discussions autour du rôle des Etats

- Quelle doit être la place des Etats dans un système mondial qui consacre la montée en puissance d’acteurs non-étatiques ?

- UN CONSTAT : la mondialisation ne signifie pas la disparition des Etats dont l'importance dans l'économie mondiale reste à la fois stratégique et quantitativement importante (par exemple dans les échanges qui concernent les intérêts vitaux: énergies, armes, ressources alimentaires). Mais il est indéniable que l'Etat providence (« welfare state »)des pays occidentaux a été affaibli et que son incapacité à faire face aux dérèglements sociaux (délocalisations, importance accrue par la rentabilité financière) provoqués par la mondialisation est stigmatisée.

-L’IMPACT de la crise de 2008 : celle-ci a-t-elle réellement affaibli l'idéologie néolibérale dominante depuis les années 1980 ?

-L'État est à nouveau perçu comme un régulateur nécessaire des marchés et qui doit suppléer les insuffisances de l'économie voire donner des orientations et des soutiens. Mais en réalité il n'y a pas eu dans le monde des grandes "vagues" de nationalisations (sauf dans quelques pays d'Amérique du Sud comme la Bolivie ou le Venezuela) et de nombreux pays européens diminuent leurs dépenses publiques donc le rôle de l’État .

- Face à une compétition économique de plus en plus contraignante, le protectionnisme connaît un nouvel écho dans les opinions publiques des pays en difficulté (haut niveau de chômage).ex : Argentine, Brésil, Russie, Chine ou Inde. Selon l'OMC, le nombre de mesures protectionnistes initiées en 2011 s'élève à 340, contre 220 en 2010. En fait les droits de douanes n'ont jamais été aussi bas qu'actuellement.Il est vrai que les accords bilatéraux prennent le pas sur les accords multilatéraux.

- Les frontières étatiques restent structurantes même si en déclin indiscutable: l'instabilité de certaines régions et l'interdépendance accrue en font des lieux sensibles et de contrôle pour limiter l'immigration clandestine , les risques sanitaires, les trafics et la cybercriminalité ou bien sûr le terrorisme. EX : 18000 kms de frontières électroniques en 2009

D- Une gouvernance mondiale est-elle nécessaire?

- Avec le changement d'échelle des échanges donc des enjeux et des risques certains dont les altermondialistes défendent le projet de gouvernance mondiale, arguant que les états à leur niveau ne pourront pas relever seuls les défis de demain.

- L'idée n'est pas nouvelle: l'ONU crée en 1945 à la conférence de San Francisco porte en elle les principes de cette gouvernance globale où la défense de la paix et des droits de l'homme sont primordiaux. Aujourd'hui 193 états en font partie et une cinquantaine de programmes et organismes y sont liés (UNICEF, UNESCO, FMI etc.). Des conférences internationales se multiplient autour de grands thèmes comme l'environnement (Rio en 1992, Kyoto en 1997)

- Si les objectifs sont louables, l'efficacité n'est pas toujours au rendez-vous lorsqu'il s'agit d'empêcher des conflits et des massacres (génocide au Rwanda en 1994, guerre civile en Bosnie et en Haïti), ou de mieux réguler l'économie mondiale (FMI et OMC sont en panne tout comme la Cour pénale internationale). 

- Ce projet se heurte toutefois à des oppositions car il implique nécessairement des reculs de souveraineté. Les antimondialistes ou partisans de la démondialisation sont minoritaires mais gagnent du terrain: le vote du Brexit ou l'élection de Trump aux E-U rappellent que le processus de mondialisation et/ou de gouvernance globale n'est ni linéaire ni inéluctable.

 

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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 08:13

Ces peurs ne sont que l'autre face d'un mensonge qui fut propagé par ignorance, pour les uns, et par intérêt pour les autres. Non, la globalisation ou la mondialisation ne fut pas, ne fut jamais « heureuse ». Le mythe du « doux commerce » venant se substituer aux conflits guerriers a été trop propagé pour ne pas laisser quelques traces... Mais à la vérité ce n'est qu'un mythe. Toujours, le navire de guerre a précédé le navire marchand. Les puissances dominantes ont en permanence usé de leur force pour s'ouvrir des marchés et modifier comme il leur convenait les termes de l'échange.

La mondialisation que nous avons connue depuis près de 40 ans a résulté de la combinaison de la globalisation financière qui s'est mise en place avec le détricotage des accords de Bretton Woods en 1973, et de la globalisation marchande, qui s'est incarnée dans le libre-échange. A chacune de leurs étapes, ces dernières ont imposé leur lots de violences et de guerre.

Nous en voyons aujourd'hui le résultat: une marche généralisée à la régression, tant économique que sociale, qui frappe d'abord les pays dits « riches » mais qui n'épargne pas ceux que l'on désigne comme des pays « émergents ». Elle conduit à une surexploitation des ressources naturelles plongeant plus d'un milliard et demi d'être humains dans des crises écologiques qui vont chaque jour empirant. Elle a provoqué la destruction du lien social dans un grand nombre de pays et confronté là aussi des masses innombrables au spectre de la guerre de tous contre tous, au choc d'un individualisme forcené qui laisse présager d'autres régressions, bien pires encore. De cette mondialisation, il a résulté des changements majeurs, rarement positifs, d'une telle ampleur que cela a conduit à la fétichiser. De phénomène historique, elle est apparue sous la plume de ses défenseurs comme un être doté de conscience et d'omniscience, capable de réaliser le bonheur de tous. Quel mensonge et quelle dérision ! On nous a fait oublier que, produit de l'action humaine, elle était condamnée à connaître le sort es autres produits de l'action humaine, et donc à disparaîre. On a voulu la comparer à une force transcendante pour mieux masquer les intérêts qu'elle a servis. En ceci il faut voir une capitulation de la pensée.

Jacques Sapir, La démondialisation, 2012, Ed. Seuil

 

 

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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 07:02

Une réflexion profonde sur les travers d'un monde "ouvert", "sans frontières".

 
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15 septembre 2019 7 15 /09 /septembre /2019 21:38

Dans leur majorité, les migrants ne sont plus des ruraux analphabètes, comme lors des déplacements de masse des années 1960, mais des urbains scolarisés, qui ont pu accumuler un pécule (1). Autre tendance récente, nombre d'entre eux aspirent à circuler sans se sédentariser définitivement, avec une double nationalité ou des titres de séjour à entrées multiples. Plus les frontières leurs sont ouvertes et moins ils s'installent.

De nouveaux facteurs expliquent la forte hausse des migrations depuis une vingtaine d'années:

- la constitution d'un imaginaire migratoire (par le biais de la TV et du retour des migrants)

- la connaissance accrue des filières d'entrée dans les pays d'accueil

- la généralisation des passeports qui facilitent la sortie des pays d'origine

- l'existence de solidarités transnationales (diaporas)

- la baisse du coût des transports

- les besoins de main d'oeuvre dans les pays du Nord (2)

Quel que soit, cependant,  le pouvoir d'attraction que l'imaginaire libéral (et son culte de la marchandise) exerce directement sur les nouvelles classes moyennes du tiers-monde (ce que l'extrême gauche libérale appelle, pour sa part, "l'attrait d'une vie meilleure") on ne saurait négliger pour autant le rôle important que jouent, dans la construction de ces nouveaux flux migratoires, les différents réseaux capitalistes illégaux spécialisés dans l'acheminement de la main d'oeuvre clandestine en Europe. Ces réseaux afin de rentabiliser au maximum leur business n'hésitent plus désormais à organiser des "battues" dans les pays d'origine, destinées à convaincre leur "cheptel" potentiel (ce sont les termes techniques employés) d'émigrer au plus vite vers le paradis capitaliste occidental.(3)

Quant à l'idée récemment avancée par Miguel Benasayag - dans l'espoir, sans doute, de conférer ainsi une légitimité philosophique minimale aux nouvelles formes capitalistes de déplacement de la force de travail - et selon laquelle l'acte migratoire serait inscrit, comme tel, dans la nature humaine ("l'homme migre"), il est clair qu'il s'agit d'une façon particulièrement réductrice d'assimiler des processus historiques, politiques et anthropologiques qui n'ont aucun point commun.

JC Michéa, La double pensée,champ essai p185-186,2008

 

1- Ce "pécule" constitue en réalité le plus souvent une somme conséquente au regard des revenus des pays émetteurs. Cet argent est bien entendu nécessaire au paiement des divers passeurs dont les tarifs sont toujours très élevés.

2-Les nouveaux migrants de Catherine Withol de Wenden, L'histoire, janvier-mars 2008)

3- Les routes clandestines. L'Afrique des immigrés et des passeurs, Serge Daniel, Hachette 2008

 

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31 août 2019 6 31 /08 /août /2019 12:25

inegal acces a la nourriture

Les cartes (...) ne sont ni objectives ni exhaustives, elles ne sont en rien le réel, mais son interprétation. La réalisation des cartes résulte d'une longue série de choix, de lectures subjectives, d'une manière de voir, parfois manipulatrice, bien souvent approximation. Une carte est une image graphique qui doit permettre une perception instantanée et une mémorisation facile de l'information représentée. (...)

Tout projet de carte renvoie le cartographe à la disponibilité, à la qualité et à la cohérence de ses sources. Les données statistiques sont à l'image des Etats qui les produisent. Exhaustives, comparables et à jour dans les Etats développées disposant d'appareils statistiques anciens et fiables, elles sont amnésiques, indisponibles, voire falsifiées, dans les Etats autoritaires ou totalitaires; indigentes et peu fiables dans les Etats les plus pauvres ooù même l'état civil fait parfois défaut. Cette hétérogénéité est en partie corrigée par les grands organismes internationaux et les acteurs privés, éditeurs de presse ou ONG qui publient régulièrement des rapports et annuaires. (...) Plus que jamais, il est indispensable de se livrer, pour une même donnée, aux comparaisons et aux critiques des sources.

M-F Durand, Atlas de la mondialisation. Comprendre l'espace mondial contemporain, 2010

 

Questions: pourquoi doit-on constamment conserver un regard critique lorsqu'on analyse une carte d'après M-F Durand ? Cela signifie-t-il une victoire du scepticisme ?

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30 août 2019 5 30 /08 /août /2019 12:28

Globalisation-of-retail" Là où il y a un faible et un fort, c'est toujours le faible qui demande une frontière. L'idéologie du sans-frontiérisme c'est l'idéologie du riche et du fort"

Régis Debray, Les matins de France Culture, 2011

"L'abolition des frontières par la globalisation techno-économique crée un tel vide d'appartenance, un tel vertige d'anonymat que cela recrée par contre-croup et effet boomerang des traditions fantasmatiques, un culte de l'âge d'or, des origines; bref que l'hypermodernité crée de l'archaïsme à titre compensatoire. La mondialisation aboutit donc à une balkanisation politico-culturelle."

Debray, conférence sur "l'éloge des frontières" 2010

 

"L'horizon du consommateur se dilate, celui des électeurs se recroqueville. Pendant que le mantra deterritorialisation, quoique difficile à prononcer, résonne en maître dans nos colloques, le droit international "territorialise" la mer - l'ex-res-nullius - en trois zones distinctes (eaux territoriales, zone contigüe et zone économique exclusive). l'économie se globalise, le politique se provincialise. Avec le cellulaire, le GPS et l'internet, les antipodes deviennent mes voisinages, mais les voisins du township sortent les couteaux et s'entretuent de plus belle. C'est le grand écart. Rarement aura-t-on vu, dans l'histoire longue des crédulités occidentales, pareil hiatus entre notre état d'esprit et l'état des choses. Entre ce que nous tenons de souhaitable et ce qui est. Entre ce qui est dit dans l'Internationale universitaire des penseurs euro-américains, maigre substitut des Internationales ouvrières disparues, et ce qui sévit dans l'arène planétaire".

Régis Debray, Eloge des frontières, p20-21

 

 Quelles contradictions fondamentales le penseur français met-il en avant ? Quelles sont éventuellement les failles de son raisonnement ?

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19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 10:19
La mondialisation ne pourrait-elle pas faire office de nouvelle espérance ?

Réponse de Régis Debray:

Je ne vois pas trop en quoi. Les marchandises circulent mieux, les signes et les images aussi, vive la Toile et le conteneur. Mais, du même coup, les traditions, les cultures et les religions se côtoient bien davantage, se frottent l'une contre l'autre, et cela fait de l'irritation et de l'inflammation aux jointures. Des réactions allergiques, et donc des replis, des paniques identitaires ça et là.
La mondialisation techno-économique fomente une balkanisation politico-culturelle - 193 Etats à l'Onu quand il n'y en avait que 50 en 1946. Et plus les outillages progressent, plus les imaginaires régressent. Le passé revient en force, avec les fantasmes d'origine. Voyez le Moyen-Orient: les frontières modernes s'effacent, on remonte de l'Etat à l'ethnie. Le plus récent est le plus fragile. Quand il y a crise économique ou politique, ce sont les couches les plus anciennes qui affleurent: le clanique, le tribal, l'ethnique, le religieux. L'archaïsme, ce n'est pas le révolu, c'est le refoulé. Et la postmodernité, en ce sens, sera criblée d'archaïsmes. 
Pourquoi ?
Parce que le nivellement crée un déficit d'appartenance, un désarroi existentiel, d'où le besoin d'un réenracinement traditionaliste, d'un affichage de singularité. On croyait jusqu'à hier que l'évolution du niveau de vie nous débarrasserait du religieux - une école qui s'ouvre, c'est un temple qui ferme. Erreur. Les informaticiens sont plus fondamentalistes que les littéraires, en Inde comme en Islam. L'utopie libérale espérait que la carte bleue gomme les cartes d'identité, en réalité elle les fait sortir au grand jour. En somme la pacification par le doux commerce, l'OMC comme solution de l'énigme enfin trouvée, ça a beau être bardé de statistiques, cela reste le doigt dans l'oeil. Le technocrate domine à Bruxelles, mais il est à côté de la plaque. Disons qu'il n'a que la moitié du programme.
 
(...) Une frontière peut mal tourner, mais l'absence de frontières, c'est la jungle assurée, tôt ou tard.
 
Le Point, 24 septembre 2015
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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 11:38

Marxisme, personnalisme, islamisme, bouddhisme, écologisme, etc: la nidification dans un isme est un palliatif au déracinement. Ces maisons mères remplacent la maison natale. Ce sont les amers de la dérive, aux lourds effets de nasse. Les petits-enfants  en diaspora qui redécouvrent leur ascendance sont plus intolérants que ne l'étaient  chez eux leurs grands parents, dont la religion était comme une langue maternelle, qu'ils parlaient sans trop y penser. Ainsi le postmoderne, qui perd ses repères en épousant son temps,  tente-t-il se se ressourcer en remontant le temps. C'est la mémoire comme rachat et rançon d'un exil plus ou moins forcé, qui jette dans les métropoles  cette bombe humaine, le déboussolé hypermnésique. (...) Ce n'est pas parce que les religions sèment à tout vent, loin du bercail,  qu'elles se fondent gentiment dans le panorama. Elles surlignent à l'envi, comme un pied de nez, leur signalétique de défi (système pileux, niquâb, chignon, croix, trilaka etc.).

De même que dans nos conurbations, les organismes enfumés, hérissés de prothèses, exigent en dédit leur ration annuelle de soleil et de chlorophylle, les va-nu-pieds poussés vers le tourbillon des villes réclament obscurément un droit au retour, tel l'Ouzbek ou le Palestinien pourrissant dans son camp de toile et de boue. La religion sans la culture c'est pour eux une façon économique de rentrer au village, tout en restant sur place. (...) Déchiré entre sa carte d'identité (familiale, clanique, tribale) et une possible carte bleue (permutable et inodore) chaque paysan dépaysé, comme par un "schéma déclencheur inné", rééquilibre son ouverture physique au vaste par un repliement psychique sur l'ancestral. Pour ne pas devenir n'importe qui, autant dire personne.

Régis Debray, Eloge des frontières, p.51-52, Gallimard, 2010

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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 18:23

Introduction

Né dans les années 1980, le téléphone mobile a connu une diffusion très rapide. Aujourd’hui, pour une population mondiale de 7 milliards de personnes, on compte plus de 5,3 milliards d’abonnés au téléphone mobile. Ce produit d’abord réservé aux populations du nord, a séduit ensuite massivement les populations du Sud.

C’est pouquoi, on peut se demander en quoi, le téléphone mobile est représentatif du fonctionnement de la mondialisation.

En effet, le téléphone est régi par les règles de la concurrence internationale. Les FTN qui le fabriquent exploitent les potentialités de tous les territoires. Il permet aussi de saisir les tensions entre les trois piliers du développement durable.

1- Un produit qui s’inscrit dans la mondialisation

1.1 L’histoire du téléphone mobile

Le téléphone mobile n’est pas une invention en soi. C’est un objet né de l’association de plusieurs technologies. Son invention est attribuée à Martin Cooper, directeur de la recherche-développement chez Motorola. Il passe en 1973 le premier appel sur un téléphone mobile. L’usage commercial commence au Japon en 1979 avec la première génération de téléphones (la « 1G »). En 1981, les pays nordiques adoptent la 1G. En 1983, le premier réseau est lancé à Chicago. En 1991, l’entreprise Nokia lance la « 2G » en Finlande. La petite entreprise de bois, née au XIXe siècle sur la rivière Nokiavirta, devient alors un géant technologique. Les appareils se miniaturisent, ils gagnent en autonomie. Les « smartphones » apparaissent. En 2001, la « 3G » est lancée au Japon. Actuellement la « 4G » est testée en Europe et au Japon.

1.2 Une diffusion rapide

La téléphonie mobile a connu la plus forte diffusion qu’un produit ait pu connaître dans l’histoire de l’humanité. Entre 1988 et 2003, un quart de l’humanité s’équipe d’un téléphone mobile. Puis le mouvement s’accélère. En 7 ans (2004-2011), 50 % des humains (3,8 milliards de personnes) se dotent d’un téléphone mobile. En 2007-08, le nombre de lignes de téléphones fixes augmente de 6 millions (+0,5 %). En revanche, durant ces deux ans, le nombre d’abonnés au téléphone mobile s’accroît de 635 M de personnes (+18 %). En 2010, 300 M d’abonnements ont été vendus dans la seule Chine. 1.3 La variété des usages Le téléphone mobile est un produit universel. Aucun territoire ne lui échappe. Au nord, il est même devenu un produit polyvalent. Des Etats ont développé le « e-gouvernement » pour réduire les dépenses publiques et améliorer la rapidité des services publics (payer une contravention, déposer une plainte. . .). La téléphonie mobile supplante la téléphonie fixe et les réseaux internet classiques. Les infrastructures (les antennes) sont plus légères et moins coûteuses que les installations classiques ; elles sont aussi plus faciles à réparer en cas de catastrophe naturelle. Aujourd’hui, les taux de croissance sont spectaculaires dans les pays du Sud. En Afrique, le mobile est un facteur de développement. Depuis 2002, la croissance annuelle du nombre d’abonnés y est supérieure à 50 %. Pourtant, le continent souffre de nombreux handicaps. Il est difficile de recharger son téléphone quand l’électricité n’est pas partout disponible. Il n’est pas aisé d’envoyer des SMS quand on est analphabète et d’acheter des minutes avec des salaires de l’ordre de 1 à 2 euros par jour. Les nomades utilisent le téléphone pour négocier avec les sédentaires le passage de leurs troupeaux. Les agriculteurs et les communautés rurales ainsi désenclavées peuvent s’informer sur les cours mondiaux des produits agricoles. Les pêcheurs sénégalais utilisent le téléphone comme un GPS de fortune pour s’orienter.

2- Les acteurs du marché du téléphone mobile

2.1 Un marché dominé par le Nord et les pays émergents

L’Union Internationale des Télécommunications (UIT) qui régule le marché est installée à Genève (Suisse). Les principales FTN qui fabriquent les téléphones sont situées dans un petit nombre de pays : aux Etats-Unis (Apple, Motorola, RIM), en Europe (Vodafone, Sony-Ericsson, Nokia), en Asie (les coréens Samsung et LG). Les FTN recherchent des relais de croissance dans les pays émergents. Or dans ces pays, de nouveaux (et redoutables) concurrents apparaissent : en Chine (China Mobile, Huawei, ZTE. . .), au Mexique (America Movil). Ces nouveaux venus disposent d’un important marché local souvent très protégé et ils exportent aussi bien vers le Sud que vers la Triade. Ils consacrent d’importantes sommes d’argent à la R&D. Le marché de la téléphonie évolue à une très grande vitesse. Une entreprise en pointe peut perdre rapidement sa suprématie si elle n’investit pas assez ou si elle rate un virage technologique. C’est le cas de Nokia concurrencée sur le haut de gamme par Apple et Samsung et par les chinois pour les terminaux à bas coût.

2.2 Les stratégies des FTN

Les FTN utilisent la mondialisation pour maximiser leurs profits. L’entreprise Apple fondée par Steve Jobs constitue l’exemple le plus parlant de la mondialisation de cette activité. En 2007, la marque à la pomme lance le premier « IPhone ». Les différentes phases de la fabrication sont assurées par des acteurs différents situés sur des continents différents. L’entreprise Apple n’assure que certaines tâches : la conception, le marketing, la communication externe. La fabrication des composants est assurée par des soustraitants installés aux EU, en Allemagne, au Japon et en Corée du Sud. LG fournit les écrans tactiles « rétina », Sony les appareils photos et Samsung les batteries. Toutes ces pièces sont acheminées vers la Chine où le Taïwanais Foxconn assure le montage des objets dans d’immenses usines. Apple a développé une stratégie très particulière. Il a créé des boutiques (les « Applestores ») et chaque lancement de produit devient un show pour créer une frénésie dans le public. En Octobre 2011, 4 millions d’« Iphones 4S » ont été ainsi vendus en 3 jours.

2.3 L’action des Etats

De nombreux Etats soutiennent le développement des réseaux mobiles car le mobile est moins cher à installer que la téléphonie fixe. Le téléphone permet à des villages enclavés de faire venir des services de secours ou d’enclencher une dynamique de développement. La Mauritanie s’est lancée avec des partenaires privés dans la réalisation d’un réseau GSM. L’Etat a dépensé 25 M de $ pour se connecter au câble sous-marin. Il envisage de développer la fibre optique sur tout le territoire.

3- Téléphonie mobile et développement durable

3.1 La « fracture numérique »

Tous les pays ne sont pas égaux dans l’accès à la téléphonie mobile. Les pays riches ont des territoires totalement couverts par les différents opérateurs. Dans les pays émergents, les Etats investissent massivement pour connecter tous les territoires. Cependant, au niveau mondial, il existe une fracture numérique. Les pays pauvres n’ont pas toujours les moyens de financer les énormes investissements nécessaires. Leurs populations connaissent donc une « exclusion » numé- rique. Enfin, le prix d’un abonnement reste prohibitif si on le rapporte au salaire local. (D’ailleurs certains opérateurs installés à Paris proposent à leurs clients de payer en France les forfaits de la famille restée au pays natal). Les pays du Sud par la voix d’Abdoulaye Wade ont demandé l’instauration d’une taxe sur les populations des pays riches pour résorber la fracture numérique. En 2005, l’ONU a organisé à Tunis un Sommet Mondial de la Société de l’Information (SMSI). En 2006, Doha (Qatar) a accueilli la Conférence Mondiale des Télécommunications.

3.2 Les atteintes au droit du travail

Les sorties des appareils Apple donnent lieu à des scènes de liesse dans les magasins. Les milliers de journalistes accrédités multiplient les articles flatteurs et élogieux. En revanche, rares sont les enquêtes sur les conditions de travail des ouvriers des usines de téléphones mobiles. En 2010, des ouvriers chinois de Foxconn, pour dénoncer leurs conditions de travail (pressions, injures répétées...), sont montés sur le toit de leur usine et se sont jetés dans le vide. De nombreux fans des produits d’Apple, ont alors appris que le salaire des ouvriers passait dans le paiement du badge, du logement, de la nourriture et qu’ils devaient accepter de faire de très nombreuses heures supplémentaires pour pouvoir aider leurs familles restées au village. Les abonnés au téléphone mobile ne doivent pas non plus oublier que le cours des métaux rares a flambé et que des régions entières (Congo-Zaïre) connaissent des violences de la part de bandes criminelles qui veulent capter cette manne.

3.3 Un faible recyclage

Les téléphones ont une durée de vie de plus en plus limitée. Leur sophistication croissante les rend toujours plus fragiles. D’autre part, en raison des progrès techniques constants, ils sont rapidement obsolètes. Les téléphones inutilisés s’entassent dans les tiroirs. Un recyclage systématique aurait l’avantage de permettre une exploitation raisonnable des ressources naturelles et de limiter les gaspillages.

Conclusion

Le téléphone portable est actuellement le produit technologique le plus échangé au monde. Il a contribué à réduire la pauvreté et la détresse humaines. Avec l’augmentation de sa puissance, il est appelé à devenir un véritable ordinateur. Il a contribué à créer le « village global » dans lequel nous vivons. Ce succès économique et technologique a aussi son revers : il montre aussi que la mondialisation aggrave les inégalités, ponctionne les ressources naturelles et dégrade parfois l’environnement.

JACQUES EL ALAMI

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 21:02
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